‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 38 sur 189 · Mort à la fin de · texte numérisé non relu

Mort à la fin de

3. Parue en 1863 Voir Saint-René Taillandier. Histoire de la philosophie religieuse, p. 2.

des Conseillers trop « compromettants ». M. de Guinaumont, pour être allé saluer à Frohsdorf le comte de Chambord, avait déjà dû démissionner. Le 19 novembre, M. Paul Decaux, désigné pour diriger les Conférences de Paris durant cette crise, — et forcé lui-même de renoncer à sa collaboration au Correspondant, — adressa à Émile Keller la lettre suivante 1 :

« Mon très honorable confrère et ami,

« ...Par suite de la position qui m’est faite, je dois éprouver et j’éprouve plus que qui que ce soit le désir, le besoin, la nécessité du Conseil Général; plus que tout autre, dès lors, j’ai mission de travailler à cette fin. Dans ce but, je viens près de vous aujourd’hui faire une démarche sur laquelle votre cœur si excellent et votre esprit supérieur ne sauraient se méprendre.

« Ainsi que tous mes confrères, je professe pour vous la plus haute estime et la plus vive affection ; ce que je vais dire et faire en est une preuve nouvelle.

« Lors des entrevues qui ont eu lieu entre plusieurs de nos confrères et les représentants les plus élevés du Pouvoir, il a été dit que le Gouvernement n’était pas éloigné d’autoriser la reconstitution du Conseil Général, mais sous la condition que certains noms ne figureraient pas sur la liste ; le vôtre a été prononcé.

« C’est la reconnaissance de votre mérite éminent, c’est la récompense de vos éclatants services.

« Que cette reconnaissance et cette récompense vous suffisent, ou plutôt agrandissez-les par un sacrifice. Renoncez à faire partie du Conseil Général à venir ; envoyez votre démission. Une demande officielle eût pu vous ombrager, une demande officieuse ne peut vous déplaire. Cette demande toutefois, je vous l’affirme, est tacitement iormulée par une grande partie de nos confrères.

« Depuis longtemps, vous vivez éloigné de nous ; aujourd’hui, ce n’est pas l’cloignement, mais la séparation qui est nécessaire.

" J’ignore si, à mon ouverture, vous avez des objections ; mais je me demande quelles objections ne pourraient céder à ces trois pensées ;

« 1° La majorité de vos confrères, officieusement, vous le demande ;

« 2° Le Conseil mort revivra plus facilement, c’est incontestable, si vous n’en faites pas partie ;

1. Inédile comme les autres lettres reproduites ici. Par une lettre du 20 juin 1920, M. le vicomte d Hendecourt, président actuel, a d'ailleurs affirmé que les archives de la Société de Saint-Vincent-de-Paul ne conservaient pas trace de l'incident que nous exposons.

ÉMILE KELLER

« 3° Quels que puissent être vos plans et vues, vous sentezvous assez fort, assez sûr dans vos plans et vues, pour assumer, devant Dieu et devant les hommes, les plus graves, les plus funestes conséquences ?

« Allons, mon ami, votre part d’action est dans d’autres régions, dans des sphères plus élevées. La nôtre est dans des œuvres pauvres, obscures, oubliées. Gardez la vôtre, laissez-nous la nôtre. Ne restons pas dans une union qui nous compromet.

« Vous en dire davantage serait vous faire injure. Au bonheur d’avoir de vos nouvelles. Je vous prie de me répondre dans le plus bref délai. La chose est urgente... »

Ainsi donc c’était « la majorité de ses confrères » qui, cédant aux conditions imposées par « les représentants les plus élevés du Pouvoir », affirmaient l’incompatibilité d’ « éclatants services » rendus à l’Eglise avec les « œuvres pauvres, obscures, oubliées » des disciples du Père des Pauvres... Émile Keller pouvait-il comprendre ainsi son devoir ? Il consentit au sacrifice personnel exigé de lui, mais non sans donner aux partisans d’une telle abdication la plus haute des leçons de courage civique :

« Je crains, — observa-t-il à M. Baudon ’, — qu’il n’y ait là une question plus grave, et que les raisons développées par le bon M. Decaux ne lui voilent à lui-même l’abandon d’un principe vital pour notre Société et pour toutes les œuvres chrétiennes. En effet, ce qui est vrai, et ce que chacun, n’en doutez pas, saura bientôt, c’est que vous me retranchez de votre sein, non point parce que je m’étais éloigné de vous, mais parce que j’ai eu l’honneur, assurément fort immérité, de prendre la défense de l’Église et la vôtre. Dans la Société de Saint-Vincent-de-Paul, et en dehors d’elle, on se dira que désormais l’exercice de la charité et le dévouement actif au Saint-Siège sont incompatibles, tandis que la circulaire du 16 octobre aurait dû rétablir, ou du moins resserrer l’étroite et entière solidarité de ces deux causes...

« N’est-il pas évident qu’à l’épuration officielle du Conseil Général succédera celle des Conseils centraux et de toutes les conférences, à celle de notre Société celle des autres œuvres et des ordres religieux. Ayant l’honneur d’être frappés à l’avantgarde, ne fallait-il pas songer à tous ceux que nous découvrons par notre soumission, et n’était-ce pas le cas de donner l’exemple

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