‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 43 sur 189 · En particulier par Mia0 Emile Keller · texte numérisé non relu

En particulier par Mia0 Emile Keller

2. Le P. Pététot en resta président ; Anatole Lemercier, vice-président : Kolb-Bernard, trésorier. — Les membres, outre ceux déjà nommés, en furent les députés comte de Boigne, marquis de Juigné et comte de La Tour, baron Augustin Benoist d Azy, P. Berlier de Vauplane, J. Bourgeois, comte de La Bouillerie, duc de La Rochel'oucauld-Bisaccia, vicomte Henri Ma3'ol de Lupé, comte de Mortemart.

présentaient en foule au Comité, « les uns pleins de cœur et de dévouement, note Émile Keller, les autres poussés par le besoin ou attirés par le goût des aventures ». Un triage sévère s’imposait. « Nous éliminons tous ceux qui, au physique ou au moral, sont inaptes à ce service ; nous installons un petit Conseil de révision composé du docteur Ozanam et de notre ami Fiot. Ils déshabillent et confessent les recrues et prononcent sans appel sur leur sort, nous déchargeant ainsi d’une lourde responsabilité. Ce Conseil a fonctionné, pendant dix ans, avec une admirable régularité, rendant à l’armée pontificale le plus signalé service, en arrêtant au passage tous les mauvais éléments qui l’auraient corrompue ou affaiblie. »

Une partie des ressources fut consacrée à habiller, à nourrir, à caserner et à armer ces recrues ; une autre à doter les troupes du Saint-Siège de tout ce qui leur manquait. Émile Keller fut, dans ce but, délégué à Rome.

En 1860, l’armée pontificale comptait à peine sept à huit mille hommes, mal vêtus, mal équipés, médiocrement commandés ; son matériel de guerre n’existait pas ou était tellement démodé qu’il n’eût plus convenu qu’à un musée h Le duc de La Rochefoucauld-Bisaccia lui ayant donné une batterie de grosses pièces, les artilleurs français se trouvèrent au début trop peu nombreux pour la servir, et il fallut se contenter de petits obusiers de montagne

Malgré son génie d’organisation, en face des 45.000 hommes et des canons de Cialdini, Lamoricière n’avait pu que livrer le combat « de l’homme qui se bat, à cinquante pas, avec un pistolet, contre un adversaire armé d’une carabine ».

En octobre 1860, après avoir vu le général, Émile Keller alla donc sur place pour se rendre compte de la situation et des moyens d’y remédier. Il était en même temps chargé d’établir des relations régulières avec le Saint-Siège par les

1. P. de La Gorce. Histoire du Second Empire, l. III. p. 3(59.

2. Lettre de G. de Palaiseau, brigadier dans l’armée pontificale, Ferentino, 2(5 mars 18(51.

ÉMILE KELLER

soins d’un correspondant permanent cpii fut d’abord le Supérieur du Séminaire français 5

Au cours des années suivantes se déroulèrent les inévitables conséquences de la politique de Napoléon III. Par la convention du 15 septembre 1864, la France s’était engagée à retirer ses troupes de Rome à mesure que l’armée du Saint- Père serait organisée avec des volontaires catholiques et dans un délai de deux années ; l’ Italie, dont Florence devenait la capitale, avait promis de ne pas attaquer le territoire actuel du Saint-Père et même d’empêcher qu’il fût attaqué : mais l’Empereur seul pouvait encore se faire illusion sur l’efficacité de semblables accords. Après avoir approuvé l’alliance italoprussienne de 1866 et transféré lui-même la Vénétie à l’Italie, pourtant battue par l’ Autriche à Custozza et à Lissa (juinjuillet) ; après avoir ainsi réalisé l’unité royale en face du Pape désarmé et abandonné par les troupes françaises (4 décembre), Napoléon III dut faire lever, pour donner quelque poids à la protection morale dont il continuait à couvrir Rome, la Légion d’Antibes (1867). Les unitaires italiens crièrent, naturellement, à la trahison ; le premier ministre Rattazzi (avril 1867) acheva de confisquer les biens ecclésiastiques, ranima les passions antiromaines et laissa Garibaldi parcourir la Vénétie, le Piémont, la Toscane, pour enrôler les « patriotes » contre le pouvoir pontifical : en septembre, à Genève, au Congrès international pour la Paix, le condottiere proclamait la nécessité de supprimer le régime romain, « honte et plaie de l’Italie » ; à Pérouse, la nécessité « de marcher sur Rome pour écraser ce nid de vipères ».

Sur les protestations de la France, Garibaldi fut enfermé à Alexandrie (24 septembre), mais il s’en échappa, gagna Florence et enleva Monte-Rotondo avec 4.000 hommes (26 octobre).

C’est dans ces tragiques conjonctures, au moment où allaient se livrer les suprêmes combats, qu’Émile Keller repartit pour Rome. Il allait offrir au Saint-Père les ressources 1 2 du Comité

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