Le P. Stumpf
2. Plus de deux millions de francs réunis par les souscriptions de l’Union, de l’Univers et du Monde.
de Saint-Pierre, organiser l’assistance aux blessés et parer à toutes éventualités.
Il s’embarqua à Marseille le 31 octobre avec plusieurs amis 1 2 et un personnel sanitaire composé du docteur Ozanam, de trois internes des hôpitaux, de trois Filles de la Charité, dirigées par une ancienne supérieure de l’hôpital d’Alger, et de plusieurs Filles de Marie, infirmières en costume laïc dirigées par Mlle Delmas. — Sur le même bateau, se trouvait un personnage de haute taille, à la physionomie grave et recueillie, aux manières prévenantes et réservées, à la conversation pleine de charme : le duc de Luynes. Bien qu’il fît ses délices de V Imitation de Jésus-Christ, ce grand seigneur lettré et artiste ne croyait pas : il allait à Rome, non pas en chrétien, mais en honnête homme et mû par le seul sentiment de l’honneur ; d’une parfaite loyauté, il se flattait simplement d’être « de ceux qui espèrent être des gens de bien », et il avouait avec mélancolie : « Je n’irai pas voir le Pape : il m’appellerait son fds, et je ne pourrais lui répondre : mon Père ! s »... On croisa un paquebot sur lequel devait se trouver son petit-fils, le duc de Chevreuse, engagé aux zouaves pontificaux, et qui devait tomber, en 1870, mortellement frappé.
La petite troupe arriva à Rome le 2 novembre et se mit aussitôt au service du général Kanzler, pro-ministre des armes. Le lendemain, Garibaldi était vaincu à Mentana par les zouaves pontificaux du colonel de Charette et la Division française du général de Failly : car, à Toulon, le vice-amiral de Gueydon avait résolument levé l'ancre pour échapper aux obstinés contre-ordres du Gouvernement, et il était arrivé à Civita- Vecchia juste à temps pour permettre à nos troupes de sauver Rome.
Émile Keller était resté dans la ville pour organiser ses ambulances. Il s’occupa ensuite de l’enrôlement des volontaires qui accouraient du monde entier, — en particulier de l’Irlande
1. Comte Mayol de Lupé, baron Augustin Benoist d'Azy, Itené du Pré de Saint-Maur, Paul Vrignault. Un spirituel journaliste, .Iules Richard, rédacteur au Figaro , les accompagnait.
2. Lettre à Emile Keller du 4 novembre 1867. Le duc de Luynes avait versé 30 000 francs au Comité de Saint-Pierre.
EMILE KELLER
et du Canada, — pour renforcer les zouaves ; puis, du plan de défense de la Ville Éternelle 1 et des armements à acheter avec les fonds du Comité de Saint-Pierre. Pie IX l’ayant renvoyé à ce sujet au cardinal Antonelli, et le cardinal au ministre des armes, il fallut déjouer les aigrefins 2 qui circonvenaient le général Kanzler et lui recommandaient de détestables opérations. Grâce au cordial concours des délégués belges 3 4 et britanniques \ Émile Iveller amena Kanzler à adopter le fusil Remington à défaut des chassepots, qui avaient « fait merveille » à Mentana, mais qui ne pouvaient être livrés avant une année : 12.000 Remington furent ainsi fournis 5 6, auxquels s’ajoutèrent 5.000 « carabines transformées » proposées par notre Ministère de la Guerre. Celui-ci se montra d’ailleurs fort bienveillant : pour les opérations de vérification des armes, il avait assuré son entier concours ; les officiers du Comité d’artillerie avaient été autorisés à éclairer de leurs conseils les représentants du Comité de Saint-Pierre, et à les guider dans leurs enquêtes en France et à l’étranger.
Tant de complaisance provenait du mot d’ordre donné par le maréchal Niel en personne. Le ministre de la Guerre avait en effet reconnu « le très grand intérêt qui aurait existé dans les événements antérieurs et qui existait encore aujourd’hui à renouveler l’armement » des troupes romaines : « Le gouvernement français, — avait déclaré en son nom son chef de cabinet, le colonel Colson, — est très fier de ce qu’a fait l’armée pontificale... La Légion d’Antibes nous a bien donné certaines peines que nous ne regrettons pas ; on l’a vue à l’œuvre : ces gens-là se sont battus comme des lions. Les zouaves... je ne m’en inquiétais pas, c’était nous, — et il prononça fortement ces mots en mettant fortement la main sur son cœur. I! »
1. Un mémoire militaire très détaillé lui fut adressé à ce sujet le 29 novembre 1867.
2. En particulier le nommé Mulius au sujet duquel les papiers de Relier renferment des documents très précis ; A. de Benoist d’Azy écrivait que ce personnage avait été « trouvé en quelque sorte la main dans le sac ».
3. MM. de Hemptinne, d'Alcantara de Villermont et de Gerlache.