‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 48 sur 189 · Ma vocation sociale, p · texte numérisé non relu

Ma vocation sociale, p

3 Association catholique, année 1882, I, p. 246.

ÉMILE KELLER

Dernier fait bien digne de remarque : la vérité religieuse avait mené tout droit Émile Keller, non seulement à la vérité historique, mais encore à la notion la plus saine de nos grands intérêts nationaux. Dans son ouvrage sur le Syllabus, il avait maudit les résultats des guerres de la Révolution et de l’Empire qui, au prix de plusieurs millions de vies humaines, avaient consacré l'essor de la Prusse et laissé les puissances catholiques, non seulement amoindries, mais encore plus divisées et plus désunies que jamais. Alors qu’Edmond About exprimait l'intelligence politique des écrivains courtisans par des phrases de ce genre : « Nous ne craignons pas un royaume de vingtsix millions d’Italiens; nous ne craindrions pas davantage trente millions d' Allemands sur la frontière orientale » S Émile Keller voyait le Rhin menacé et, d’accord avec Thiers, opposait aux dénégations bruyantes et passionnées « cette vérité de simple bon sens qu’à l’heure qu’il était, quoi qu’on en dise, il n’y avait d'alliance vraiment française que l’alliance autrichienne)). — Cela lui valut du reste les « réserves » de l’archevêque de Mayence qui, tout en louant sa « claire, profonde et brillante exposition de toutes les grandes questions actuelles », regrettait pour le public allemand comme une sorte d’invitation à l'abandon des pays du Rhin : « La convoitise française, déclarait fort germaniquement M=r Ketteler, se porta sur les pays du Rhin qui sont pourtant, comme pas une autre partie de l’Allemagne, tout à fait allemands par leurs coutumes et leur langue... Chaque Allemand doit, par simple sentiment du devoir, travailler avant tout autre chose à la bonne entente de l’Autriche, de la Prusse et de tous les princes allemands » — Un an après, la Prusse écrasait l’Autriche à Sadowa et songeait dès lors à reconstituer l’Empire de Charles-Quint... Le sentimentalisme incohérent de Napoléon III nous menait aux fatales catastrophes où il perdrait sa couronne, en même temps que Pie IX le patrimoine de Saint-Pierre, — tandis que le « Député du Pape » ne serait plus qu’un patriote défendant, les armes à la main, sa frontière envahie.

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