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ÉMILE KELLER
repris là d’un coup la grande situation que vous aviez conquise dès l’abord dans l’ancien Corps Législatif, et votre lettre fera le pendant de votre premier et mémorable discours » (2 août 1869).
Ravi comme Falloux, Montalembert, « le grand malade de la Roche-en-Brény », trouvait un surcroît de satisfaction dans la mauvaise humeur du journal de Louis Veuillot : « C’est incontestablement ce qui a paru de plus remarquable depuis la nouvelle crise où nous sommes entrés, disait-il du manifeste d’Émile Relier. Les critiques acrimonieuses de Y Univers ont imprimé à cette œuvre vraiment magistrale ce je ne sais quoi d'achevé que l’antipathie de nos ultramontains actuels ajoute à la vérité et à l’honneur l. »
U Univers reprochait en effet au député du Haut-Rhin, autrefois candidat officiel, de s’être rendu aux réunions de la Gauche, et de sonner « un banle-bas d’opposition » : « Tout cela, déclarait Y Univers, semblera bien vif, et cette vivacité n’est peut-être pas assez justifiée par les méfaits politiques de ces dernières semaines. La cause religieuse, que M. Relier tient surtout à servir, n’a rien à gagner à ces grondements d’opposition extrême 2. »
Émile Relier avait écrit lui-même à sa femme le 29 juin : « Je me promets de beaucoup parler avec les démocrates qui ont plus d’esprit que les Arcadiens 3 », et il avait tenu promesse. Adversaire du libéralisme, il ne l’était pas de la liberté. Défenseur des doctrines romaines, il ne l’était à aucun degré du césarisme. Compromettait-il, avec la cause religieuse, le principe d’autorité ? En assistant aux réunions de la Gauche, présidées par Thiers, l’antagoniste de Jules Favre ne risquait pas de s’y laisser absorber en raison précisément de ses inébranlables doctrines. La France imaginait qu’ « il pensait comme M. Veuillot et écrivait comme M. Janicot » : il agissait surtout comme un homme politique à larges vues qui, ayant admis la nécessité d’une opposition, comprenait aussi que
1. Paroles de Montalembert rapportées dans la lettre de Léon Lavedan du 2 août. Augustin Cochin s'associait à ces éloges.