Ecarté par un ordre du jour de confiance
ÉMILE ICELLER
mise en péril par les traités de commerce. Sous l’influence d’une politique sans principes, les moeurs et les caractères se sont visiblement abaissés...
« Un instant, nous avons eu l’espoir d’être entendus, et nous avons salué avec bonheur l’arrivée aux affaires d’un ministère d’honnêtes gens. Ce ministère, nous l’avons soutenu de nos votes 1 2 jusqu’au jour où le plébiscite a amené sa dislocation.
« Par le sénatus-consulte du 20 avril -, la porte se ferme à tout progrès régulier...
« Par les articles 13 et 14, l’Empereur seul conserve la possibilité de vous placer, comme il le fait aujourd’hui, entre une révolution et des décisions que ni vous ni vos représentants ne pourrez discuter. Par les articles 11 et 23, l’Empereur continue à nommer les sénateurs, et il confie la moitié de notre pouvoir législatif à une assemblée qui n’offre pas de garanties d’indépendance.
« Enfin, à entendre M. le Garde des sceaux, il n’est nullement question de réforme électorale, et le Gouvernement paraît bien décidé à ne pas rendre aux conseils municipaux le droit de choisir leurs maires.
« Ainsi maires, préfets, sénateurs, majorité composée de candidats officiels, rien n’est changé. Il n’y a de nouveau que l’étiquette parlementaire dont on revêt le même personnel, la même politique, le même système de centralisation et d’omnipotence administrative.
« Voilà ce qu’on vous engage à ratifier...
« Si vous ne dites pas oui, on vous déclare que c’est la révolution, le bouleversement général, la république sociale.
« Vous ne pouvez pas accepter cette alternative...
« S’il était donc vrai que non fût le drapeau des ennemis de l’ordre, je vous engagerais à ne pas voter avec eux.
« Mais, d’un autre côté, voyez, étudiez, pesez les noms de ceux qui vous poussent à dire oui. Vous inspirent-ils plus de confiance ? Sauf d’honorables exceptions, ne sont-ce pas précisément les hommes qui ont eu sur nos destinées une influence néfaste, et qu’une réforme efficace devrait à jamais faire rentrer dans l’ombre ? Ne sont-ce pas ceux qui ont inauguré *dans toutes nos affaires extérieures et intérieures ce matérialisme, ce culte du succès et du fait accompli qui est le grand péril de notre temps ?
« Placé sous leurs auspices, le oui est aussi révolutionnaire que le non. Car c’est la continuation du même système, et,
1. On voit ce qu'il en était, en réalité, de « l'opposition extrême » d’Emile Keller.