‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 62 sur 189 · Comprenant 45 articles à ratifier en bloc · texte numérisé non relu

Comprenant 45 articles à ratifier en bloc

LE DÉPUTÉ PATRIOTE

si la révolution grandit, si elle semble près d’éclater, c’est qu’elle a été couvée depuis dix ans par une mauvaise politique.

« Que ferez-vous donc ? Si vous ne voulez ni révolution ni réaction, ni émeutes, ni coups d’État, abstenez-vous, restez chez vous, assistez en spectateurs au dialogue passionné des césariens et des révolutionnaires... »

Les « Césariens » comptèrent plus de 7.336.434 oui, contre 1.560.709 non... « Voter oui, c’est voter la paix », avait affirmé le Président du Conseil : deux mois après, le Gouvernement était acculé à une guerre qui se présentait dans les pires conditions. Émile Keller n’avait-il pas, avec raison, conseillé à ses électeurs de rester à l’écart d’une pareille politique et de refuser leur confiance aux hommes néfastes qui avaient abusé à ce point de la crédulité populaire ?

Quant aux révolutionnaires, il suffirait de rappeler leurs complicités italiennes et prussiennes, leur opposition systématique aux mesures destinées à armer la France et leurs doctrines d’émeutiers pour établir leur part de responsabilité dans les prochains désastres.

Émile Keller résume ainsi, dans ses Souvenirs, la genèse de ’ « orage » qui éclata en 1870 et dont il s’était efforcé, avec tant de clairvoyante énergie, de combattre les causes :

« En travaillant à l’écrasement de l’Autriche et à l’unité de l’Italie, Napoléon III avait suscité les convoitises de la Prusse et préparé à son profit l’unité de l’Allemagne. Il n’avait pas même su faire payer à M. de Bismarck le prix de sa neutralité, ni prendre, au lendemain de Sadowa, la rive gauche du Rhin, compensation nécessaire des agrandissements de la maison de Brandebourg. Victime d’une politique insensée, la France tombait ainsi du coup au rang de puissance de second ordre, si elle ne faisait pas un puissant effort pour reconquérir sa prépondérance. Cet effort nécessaire, c’était la guerre sur le Rhin h Elle me semblait inévitable dès le mois de janvier 1870, et comme je m’étonnais auprès du maréchal Lebœuf que, dans ce péril immi-

1. La guerre de 1914-1919 ne fut qu’une suite de cet « effort nécessaire », et si Emile Keller avait encore vécu, il aurait sans nul doute réclamé « la rive gauche du Rhin » pour assurer enfin la paix européenne.

ÉMILE KELLER

lient, il nous proposât une réduction du contingent : Vous avez raison, me répondit-il, la guerre est inévitable, mais il faut que le nouveau ministère se rende populaire. «

Le 3 juin, lors de la discussion de ce même contingent, Émile Ollivier assurait que le maintien de la paix en Europe n’avait été à aucune époque plus assuré... Un mois après, on apprenait à Paris que le prince Léopold de Hohenzollern acceptait la candidature au trône d’Espagne et notre diplomatie, faisant le jeu de Bismarck, se montrait aussi belliqueuse que les conseils de l’Empereur indécis et affolés. Le 12 juillet, relate Émile Keller, « on était à la paix à 9 heures du matin, à la guerre à 11 heures, à la paix à 2 heures ». Le 14, les ministres décident d’annoncer, dans un Manifeste au Corps Législatif, le projet d’un Congrès, puis, à 11 heures du soir, décident que ce Manifeste annoncera la guerre. Le 15, Émile Ollivier prononce la phrase célèbre : « Nous acceptons notre responsabilité d’un cœur léger »; et comme les protestations retentissent : « Je veux dire d’un cœur confiant, que n’alourdit pas le remords. » Mais Thiers réclama communication des dépêches diplomatiques, notamment de la «Dépêche d’Ems », fondement de la déclaration de guerre ; le duc de Gramont refusa une satisfaction aussi essentielle, — qui pouvait encore suspendre la catastrophe. Émile Keller était, avec Chesnelong, parmi les 84 députés 1 qui voulaient ces éclaircissements :

« C’est avec cette légèreté sans nom, écrivait-il, que l’on prépara et que l’on déclara la guerre. Le jour où le Corps Législatif fut appelé à la voter, j’étais si effrayé de l’imprévoyance du Gouvernement et de la disproportion de nos forces que, bien qu’étant par nature un des plus belliqueux de l’Assemblée, je refusai de m’associer à une résolution qui nous menait à la défaite. A part Émile Ollivier, les membres du cabinet étaient sous le poids des plus noirs pressentiments, et, sans mesurer l’étendue de nos désastres, tous les hommes sensés les entrevoyaient déjà avec terreur. »

Une fois la guerre déclarée, la patrie était en danger, et tout bon Français n’avait plus qu’à travailler à son salut. Émile

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