‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 63 sur 189 · Contre · texte numérisé non relu

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LE DÉPUTÉ PATRIOTE

Relier ne fera plus d'opposition au Gouvernement que dans la mesure même où ce salut suprême l’exigera, ou plutôt il sera pour toutes les mesures destinées à la défense nationale — qui seules désormais l’absorberont — le plus passionné des collaborateurs. Il adressa dans ce sens, le 4 août, à Émile Ollivier, au nom des catholiques, une déclaration d’ « union sacrée », — comme nous dirions aujourd’hui, — déclaration d’autant plus significative qu’elle terminait sa protestation au sujet de l’abandon de Rome aux bandes garibaldiennes :

« ... A l’heure où je vous écris, l’émotion est grande dans tous les cœurs chrétiens. Toutefois, soyez sans inquiétude : quelques appréhensions, quelques tristesses qu’on leur inflige, ils donneront toujours l’exemple du patriotisme. Ils seront les premiers à prodiguer non seulement leurs dons et leurs soins pour les blessés, mais encore leur sang et leur vie sur les champs de bataille.

« En apprenant à aimer l’Église, ils n’ont pas désappris à aimer leur pays. Pour eux, ces deux sentiments n’en font qu’un ; car ils savent que, malgré des déviations momentanées, la France est toujours la première nation catholique ; que, tôt ou tard, elle reprendra la mission traditionnelle à laquelle sont liés son avenir et sa grandeur, et qu’après avoir pris sa revanche de Sadowa, le jour viendra où elle voudra remonter à la source du mal et réparer Castelfidardo. Pour moi, je retourne en Alsace, n’oubliant pas que le département que j’ai l’honneur de représenter est un des premiers exposés aux convoitises et aux coups de l’ennemi, mais qu’il est aussi un des plus fiers, un des plus jaloux de son titre de Français. Et, autant vous me trouvez déterminé à protester, au nom de ma conscience et de mon patriotisme, contre l’abandon d’un intérêt catholique et national, autant vous me trouverez résolu à consacrer toutes mes forces à la défense de mon pays. »

Les événements se succédèrent avec une si malheureuse rapidité que le député du Haut-Rhin put à peine paraître en Alsace, envahie aussitôt après les défaites du 6 août (Frœschwiller et Forbach), et dut rester au Corps Législatif pour y suivre de près la dislocation gouvernementale. Le 9, le Ministère devait se retirer et le général Cousin-Montauban, comte de Palikao, successeur d’Émile Ollivier, choisissait ses collaborateurs parmi les membres de la droite qui avaient

ÉMILE IvELLER

accepté la guerre avec la plus imprévoyante confiance. Émile Keller redoutait leur impéritie ; il avait signé la proposition du comte de La Tour du Moulin 1 demandant que la présidence du Conseil fût confiée au général Trochu ; puis la proposition de Jules Favre sollicitant la Chambre d’ « arrêter qu'un Comité de 15 membres, choisi dans son sein, fût investi des pleins pouvoirs de gouvernement pour repousser l’invasion étrangère » : devant cette proposition, repoussée par 190 voix contre 53, le président Schneider prononça le mot de « Révolution », mais les nouvelles batailles (14-18 août) et la retraite sous Metz du maréchal Bazaine, nommé le 12 août commandant en chef, démontreront combien s’imposaient d’extraordinaires mesures.

« A mes yeux, s’écria le 16 août Émile Keller, nous serions des Bysantins, si nous avions le courage de discuter en un pareil moment. » Il fallait pourtant bien constituer d’abord un Gouvernement capable de parer aux événements et, en cas de défaillance du Pouvoir, d’y suppléer. C’était là le devoir des députés, qui avaient en conséquence le droit d’être renseignés. Or le rôle du ministère Palikao consista surtout à dissimuler les mauvaises nouvelles et à annoncer des succès qu’il était ensuite réduit à démentir : Émile Keller s’attacha à dévoiler la vérité.

Dès le 10 août, il convia le nouveau Ministère — qui ajourna cette obligation — à fournir à la Chambre des nouvelles de l’armée. Le 12, il réclama l’ouverture au Ministère de la Guerre du Bureau chargé de renseigner les familles sur le sort des combattants. Le 16, il pressa le ministre de donner des nouvelles décisives sur l’armée qui, depuis trois jours, livrait bataille : « Il n'y a pas eu, se contenta d’affirmer Palikao, ce qu’on peut appeler une bataille, mais seulement des engagements partiels... Il est incontestable pour tout homme qui a le sens militaire que les Prussiens n’ont pas subi un grand échec ; ce n’est pas une victoire pour nous ; mais ils ont été obligés d’abandonner la ligne de retraite de l’armée française. » Comme Keller parlait « d’espérance mêlée d’anxiété », M. Cochery, député du Loiret,

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