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Nous continuons à suivre les Souvenirs d’Emile Keller

LE DÉPUTÉ PATRIOTE

Émile Kellcr court chez le général Trochu, « espérant y trouver une volonté et une force pour empêcher l’anarchie » : il y rencontre l’amiral Jurien de la Gravière, en train de raconter comment l’Impératrice a dû fuir les Tuileries, abandonnée de tous, sauf de son dentiste. Il réclame l’appui du Gouverneur pour le Corps Législatif : mais le général est « fort embarrassé » et « beaucoup plus attiré » vers l’Hôtel de Ville où la République va être proclamée.

La foule ayant subi la même attirance, le retour au Palais-Bourbon fut facile. Les députés s’étaient réunis dans un salon de la Présidence : M. Schneider étant encore « sous l’impression des coups qu’il avait reçus », M. Thiers avait pris sa place, et l’on se demandait que faire. Finalement on proposa d’envoyer six délégués à l’Hôtel de Ville pour s’informer des dispositions du Gouvernement provisoire ; et comme « chacun cherchait à se défiler », Emile Keller s’offrit « comme sixième » et monta dans un milord entre Garnier-Pagès et Barthélemy Saint-Hilaire. — A l'Hôtel de Ville, les six délégués annoncèrent à Jules Favre et à ses amis « que le Corps Législatif était prêt à voter toutes les mesures nécessaires à la défense nationale, et que, dans ce péril extrême, il fallait maintenir l’union de tous les élus du pays ». Jules Favre répondit qu'il allait en délibérer avec ses collègues et que leur réponse serait apportée à huit heures du soir.

A l’heure dite, les députés attendaient à la Présidence. Jules Favre y arriva avec Jules Simon, « fort ému comme lui et tout tremblant » : la réponse était que les députés de Paris s’étaient constitués en Gouvernement de la Défense Nationale, sous la présidence du général Trochu et que les Chambres étaient dissoutes. Thiers invita les députés à se séparer pacifiquement et à se rendre dans leurs départements pour y seconder la défense du pays : « Il ne songea pas un instant à réclamer le rôle auquel semblaient l’appeler son expérience, sa notoriété et la confiance de ses collègues ». Quant au général Trochu, « il croyait nécessaire d’abriter son commandement derrière la popularité et la prétendue force morale des députés de la Gauche » ; le 4 septembre et les jours suivants, « il perdit des

ÉMILE KELLER

heures précieuses à haranguer les innombrables députations qui venaient l’acclamer ».

« La Chambre dissoute, ajoute Émile Keller, il n’y avait plus qu’une chose à faire, défendre son pays les armes à la main. » — Sa femme qu’il alla consulter à Dieppe fut la première à l’approuver : elle n’aurait pu supporter qu’une fois relevé de ses fonctions parlementaires, « il fût au repos pendant que le pays était au péril ».

LE COLONEL DE FRANCS-TIREURS

LE 6e BATAILLON DE MOBILES DU HAUT-RHIN (Septembre 1870-Mars 1871.)

SOMMAIRE

Démarches auprès de Trochu et Gambetta. — Relier retourne en Alsace pour mobiliser ses électeurs : Appel à la « Guerre à outrance ». — Le chef militaire

Les Francs-Tireurs du Haut-Rhin : leur composition hétérogène : leur esprit, leurs officiers. — La situation critique de Belfort : Emile Relier en rend compte à Gambetta qui envoie le général Cambriels. — Il est nommé colonel.

Campagne des Vosges. — Les francs-tireurs se concentrent à Thann. — Opérations vers le col de la Schlucht (4 7 octobre) . — llepli forcé sur Thann et Guebwiller. — Vertige de guerre de la population. — Dénonciations de Scheurer-Keslner auprès de Gambetta Relier refuse de servir sous les ordres de Garibaldi. — Conversation à Besançon avec Gambetta. • — Retour à Thann (l“r novembre).

Investissement de Belfort. — Messages de Denfert-Rochereau. — Reconnaissance vers Rougemont. — Retraite sur Saint-Maurice : désespoir des volontaires alsaciens. — Le régiment, réduit, échappe à l’ennemi. — Les débris de la colonne Perrin — L'Isle-sur-le-Doubs, Clerval. — Relier, malade, doit s’éloigner (7 novembre). — A Salins, le bataillon commandé par de Lupé refuse de passer sous les ordres de Garibaldi et est rattaché au 20° corps d armée. — La campagne de la Loire.

Emile Relier passe à Bordeaux où il voit Gambetta, Thiers et Crémieux. — Il rejoint sa troupe (15 janvier 1871). — L'armée de Bourbaki. — Les avantpostes de Byans sur la Lisaine. — La bataille d'Héricourt (16-19 janvier) : meurtrière attaque du cimetière fortifié de Saint-Valbert. — Echec du général Glinchant (20" corps). — Retraite sur Baume-les-Dames. — Réduit à 120 hommes, le bataillon, au lieu de se réfugier en Suisse, traverse les défilés du Jura et arrive à Bourg, puis à Trévoux.

Emile Relier à Lyon : il cherche à recruter de nouveaux volontaires alsaciens. Le préfet Challemel-Lacour menace de le faire arrêter. — A Montbrison, le bataillon est appelé à réprimer les « communards » de Saint-Etienne . — Relier, réélu, va siéger à 1 Assemblée Nationale. — Après la Protestation, il retourne à Montbrison pour régler le sort de ses soldats. — Les généraux reconnaissent les services rendus par son « bataillon d élite ».

ÉMILE KELLER

Dès le 6 septembre 1870, Émile Relier, revenu de Dieppe, offrit au général Trocliu « le concours de sa bonne volonté » ; mais, durant une semaine, ce singulier chef de gouvernement lui répéta « qu'il n'y avait rien à faire à Paris, que dans quinze jours les Prussiens y seraient entrés, cpie la résistance serait impossible... » Il résolut alors d’aller « organiser des volontaires à la frontière », demanda à Trocliu une lettre pour le général commandant à Besançon, à Gambetta une lettre pour les préfets et les trésoriers-généraux de l’Est, et il prit l’un des derniers trains partis de la gare de Lyon.

Après avoir fait régulariser ses pouvoirs à Besançon, il gagna en toute hâte Belfort, puis Mulhouse et Guebwiller où il voulait reprendre contact avec « ses plus fidèles électeurs » et voir sur qui il pourrait compter.

Les fabricants étaient fort émus à la pensée des Prussiens qui déjà occupaient Colmar. Les ouvriers, prêts à se soulever, réclamaient à grands cris des armes : Émile Relier envoya chercher des fusils à Belfort et conseilla l’organisation d’une garde nationale. Mais, en dehors de cette « force accessoire », il était pressé d’avoir de « vrais soldats, engagés pour la durée de la guerre et complètement mobilisés » ; il adressa donc à ses compatriotes un appel 1 dont voici quelques lignes :

« ... L’ennemi ne mettant plus de bornes à son insolence ose exiger l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine...

« ... Il n’y a qu’une réponse à faire : avec le gouvernement de la Défense nationale, répétons : Guerre à outrance !

« ... Dans le péril suprême où nous sommes,... chaque citoyen doit être soldat. Quant à moi, je vous distribuerai des armes et je me mets à votre tête pour marcher avec vous... Il ne nous faut que des hommes d’élite... Que l’Alsace entière se lève, que son indomptable attitude prouve à la face du monde qu’elle est et qu’elle veut rester française.

« ... Que Dieu, qui ne saurait laisser périr notre pays, que la Vierge patronne de Strasbourg et de la France, protègent notre drapeau et nous aident à sauver la patrie ! »

Au bout de quelques jours, le chef politique devenu chef militaire avait quatre compagnies recrutées à Guebwiller,

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