Ils disparurent bientôt en masse
ÉMILE KELLER
même amené à soumettre à leurs votes de graves décisions : « Tous les ordres, note Relier, étaient discutés avant d’être exécutés. »
L’armée active ayant pris les hommes de 21 à 35 ans, il ne restait pour constituer les cadres que de tout jeunes gens ou des recrues d’un certain âge. Le vicomte de Mayol de Lupé, qui avait fait ses preuves de bravoure en Italie au service du Pape et du roi de Naples, fut nommé chef de bataillon, et assura par la suite, avec beaucoup d’énergie et de talent, toute la responsabilité du commandement en l’absence d’Émile Relier ; Léon Lefébure qui avait organisé lui-même une compagnie, commanda l’autre bataillon 1 2 ; Gustave Renault, ingénieur des ponts et chaussées, servit de capitaine adjudantmajor ; Camille et Robert Saglio, d’officier d’habillement et de trésorier. Le capitaine retraité Guillemin fut le doyen des commandants de compagnie : malgré ses soixante ans passés, il resta durant toute la campagne le plus infatigable et le plus intrépide. Parmi les autres, citons Priant, officier de gendarmerie d’Alsace, laissé sans emploi par l’invasion; Louis Juster, qui commanda le dépôt de Belfort ; d’anciens sous-officiers et de grands chasseurs habitués au maniement des armes. — Chaque compagnie, à peine formée, allait faire du tir à la cible et du service en campagne dans une vallée des Vosges.
A Belfort, la situation était alors très tendue. La garnison, composée de mobiles à peine vêtus et encore moins armés, était commandée au début de septembre par un très digne mais très vieil officier général qui ne pouvait plus monter à cheval ni faire une course à pied, et n’exerçait « qu’une ombre d’autorité ». On savait l’ennemi à Colmar et aucun préparatif sérieux n’était fait pour lui résister : la population civile et militaire en était fortement émue. Par dépêche chiffrée, Émile Relier signala la situation à Gambetta, - — chargé à Tours du ministère de la Guerre, — qui envoya aussitôt le général Cambriels, « chef vivant, actif, plein d’initiative et d’entrain » -.
1. Léon Lefébure se retira quand la colonne quitta le sol alsacien.
2. Sauf indications contraires, nos citations sont empruntées aux Souvenirs manuscrits d Emile Relier.
LE COLONEL DE FRANCS-TIREURS
Ce général de division du XIIe corps l, échappé de Sedan, avait encore dans le crâne les parcelles de plomb d’un éclat d’obus et cette grave blessure produisait une inflammation qui l’obligera, à la fin de janvier 1871, à quitter le commandement supérieur régional de l’Est. Mais il se mit à l’œuvre avec ardeur, plaça sous les ordres du colonel Denfert les troupes nécessaires à la défense de Belfort, divisa les autres en deux brigades — colonels Crouzat et Thornton — et les envoya dans les Vosges à la rencontre de l’ennemi. 11 nomma Relier colonel, lui subordonna les bandes venues de diverses régions dont nous avons parlé, ratifia les grades déjà distribués, donna aux officiers des commissions régulières et établit pour les volontaires la qualité de « belligérants » au titre de la Mobile du Haut-Rhin, — ce qui n’empêcha pas les Prussiens de pendre tous ceux (pii leur tombèrent entre les mains et de mettre à prix la tête du colonel.
La campagne d’Émile Relier allait commencer.
Il s’agissait d’empêcher l'investissement de Belfort. Tandis que Cambriels prendrait à l’ouest des Vosges le commandement de ses deux brigades de marche, le colonel Relier devait opérer un mouvement parallèle sur le versant alsacien. Il prescrivit en conséquence à ses compagnies détachées de se concentrer à Thann, partit lui-même de Belfort avec celles qui s’y trouvaient encore, traversa Limbach — oii son ami I lumberger, vieux capitaine de partisans de 1814, passa la troupe en revue et la régala de son généreux vin blanc, — et arriva le soir à Thann. Quelques rails du chemin de fer de Mulhouse furent enlevés pour éviter une visite inopinée de l’ennemi.
A Thann, grande émotion : la présence des troupes ne peut-elle pas « attirer l’ennemi ! » Le Conseil municipal, aussitôt réuni, prie Émile Relier « d’aller guerroyer plus loin ». Le colonel répond simplement à ses électeurs qu’il n’est plus en ce moment leur député, mais un chef militaire obligé d’exécuter des ordres ; qu’il doit recevoir le lendemain un bataillon de mobiles de Saône-et-Loire chargé d’appuyer sa reconnais-