décembre
ÉMILE KELLER
Le 6e Bataillon des Mobiles du Haut-Rhin cessait d’être une troupe de partisans. Rattaché à la première division du XXe Corps, il fit d’abord partie de l’armée de la Loire, gagna Beaune-la-Rolande, prit constamment les avant-postes, fut engagé à Boiscommun, Saint-Loup-les-Vignes, la Vacheresse, Mofïans et protégea à Pont-aux-Moines, sur le canal d’Orléans, la retraite précipitée de la 3e division. Ramené ensuite de la Beauce et du Gâtinais en Franche-Comté, il prit part à la campagne de l’Est : c’est alors, à Héricourt, que le rejoindra Émile Relier navré de n’avoir pu, comme « chef de partisans », mieux défendre son Alsace, mais satisfait « d’avoir amené à l’armée régulière un beau bataillon qui y ferait bonne figure ».
Condamné au repos forcé, il avait espéré se guérir plus tôt parmi les siens. Parvenu à Dieppe, il apprit, le soir de son arrivée, l’approche des Prussiens ; il n’eut que le temps de repartir dans la nuit, avec son fils Prosper L, et se dirigea sur Bordeaux.
Il désirait voir par lui-même comment était conduite la défense du pays. A Bordeaux, où il arriva le 25 décembre, il fut de nouveau reçu par Gambetta qui, à sa demande, accueillit courtoisement et nomma général le colonel pontifical Castella. Chez le ministre Crémieux, il rencontra Thiers : « Jeune homme, dit le vieux juif à Prosper Relier, tâchez de ressembler à votre père. — - Prenez garde, s’écrie Thiers, c’est un inf aillibiliste ! — Peu importe, réplique Crémieux, c’est un bel exemple à suivre. » Émile Relier ne manquait pas de justice pour Gambetta, « se mettant en quatre pour continuer la guerre », mais il faisait de tristes constatations : « Quand on avait vu, notait-il, l’antichambre et les bureaux de Gambetta, les silhouettes de Crémieux et de Glais-Bizoin, et le sourire sceptique de M. Thiers sur la marche de cette pitoyable machine, on ne pouvait que prévoir de nouveaux désastres. » Ces désastres allaient maintenant lui apparaître sous leurs aspects les plus sanglants et les plus variés.