Conversation de Bordone avec de Lupé
2. Ce mouvement était mené par Cluseret, ancien colonel garibaldien, ancien général américain, alors à Lyon
ÉMILE KELLER
dire en prison. Crouzat me fit prévenir, au moment où j’allais reprendre le chemin de fer pour Trévoux. »
De Trévoux, il fut envoyé à Montbrison où — par une singulière revanche — sa troupe fut appelée par le général Lavoye, commandant la subdivision de la Loire, à réprimer la révolte des « communards » de Saint-Étienne. Le commandant de Lupé, parti en reconnaissance, vit le drapeau rouge flotter sur l’Hôtel de Ville et pénétra dans la salle ensanglantée où le préfet de l’Espée venait d’être assassiné. Mais déjà l’émeute était apaisée et le Bataillon n’eut pas à intervenir.
Émile Relier venait d’apprendre son élection à l’Assemblée Nationale, réunie à Bordeaux le 12 février. — Il alla y faire entendre la protestation sublime de l’Alsace et de la Lorraine, « séparées de la famille commune » ; puis, après le 1er mars, ayant sacrifié volontairement son mandat de député, mais refusé de briser son épée, il se retrouva colonel et songea à assurer le sort de ses braves soldats.
Le 19 mars, — lendemain de la proclamation de la Commune parisienne, — il était à Versailles et offrait au général Le Flô le débris de son bataillon pour défendre l’Assemblée. Le ministre de la Guerre refusa, « craignant, dit Relier, que notre qualité d’Alsaciens ne lui causât des difficultés avec nos vainqueurs ». — Émile Relier rejoignit alors sa « famille militaire » et prit à Paris un train qui fut visité par les Communards, mais on le laissa partir.
A Bordeaux, il avait réclamé les récompenses méritées par ses Volontaires : croix, médailles militaires, emplois civils. Il obtint, en particulier, pour son aumônier, l’abbé de Dartein x, la croix que tous les officiers du Bataillon s’étaient unis pour solliciter — alors qu’au début certains d’entre eux avaient vu l’aumônier « d’un assez mauvais œil »1 2. — Lui-même fut nommé chevalier de la Légion d’honneur. Par une faveur exceptionnelle, on accorda aux officiers qui la désireraient