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Ministre de l'Intérieur à la chute de Thiers

la Déclaration de M. Relier et de ses collègues, s’en remet à la sagesse et au patriotisme de ses négociateurs. »

Quelques minutes après, à la presque unanimité, Thiers était élu chef du Pouvoir exécutif de la République française. Relier avait observé que sa Déclaration était « un élément nécessaire des négociations qui allaient s’ouvrir, puisqu’elle était l’expression de la volonté des populations ». Malgré cet « élément », et la « vive sympathie » de l’Assemblée, Thiers dut signer, le 26 février, les Préliminaires de Versailles qui cédaient à l’Empire allemand l’Alsace (sauf Belfort) et la Lorraine « allemande ».

Le 1er mars, l’Assemblée Nationale prononça la déchéance de Napoléon III et de sa dynastie, puis fut appelée à ratifier les préliminaires de paix.

Pour les Alsaciens-Lorrains, les illusions n’étaient plus permises, mais ils devaient exhaler leur impuissante douleur et dire à la France un solennel « au revoir ». Le physiologiste Émile Ivüss, maire de Strasbourg depuis septembre 1870, doyen de la députation, se mourait alors de douleur à Bordeaux. Émile Relier s’excusa de prendre la parole à la place de celui « dont l'agonie était le plus éloquent des discours », et il laissa sortir, de son cœur brisé, ces cris d’indignation :

« ... Il ne me suffît pas que notre honneur alsacien soit intact, et je viens réclamer ici ma part de l’honneur français... On nous a dit que la paix était nécessaire, mais qu’elle ne serait acceptée que si elle était honorable. Est-elle honorable, Messieurs ? — Voix à gauche : Non ! — AI. Thiers, chef du pouvoir exécutif : Elle est malheureuse... — Ah ! je comprends qu’on livre des [lierres, des forteresses, des vaisseaux ; mais que diriez-vous si, sur ces vaisseaux, qui ne sont que du bois et du fer, vous livriez les équipages, et si vous forciez nos matelots à devenir des matelots prussiens, à faire la guerre à la France ?... Vous pensez que l’Alsace est française. Vous la voulez reconquérir le plus tôt possible... et je défie qui que ce soit de dire le contraire. Et cependant, dans votre traité, vous venez de dire que vous cédez à perpétuité la propriété et la souveraineté de l’Alsace : ce traité est donc un mensonge, et un mensonge, c’est un déshonneur. Au nom du pays, je proteste contre ce mensonge et contre ce déshonneur. — Al. Thiers : Indiquez-nous une rédaction ! —

... Je n’ai plus, à l’heure qu’il est, la prétention de changer les dispositions arrêtées dans un grand nombre d’esprits..., mais, d’avance, j’en appelle à Dieu, vengeur des justes causes ; j’en appelle à la postérité qui nous jugera les uns et les autres ; j’en appelle à tous les peuples qui ne peuvent pas indéfiniment se laisser vendre comme un vil bétail ; j’en appelle enfin à l’épée de tous les gens de cœur qui, le plus tôt possible, déchireront ce détestable traité 1 2 ! »

L’Assemblée, confiante en M. Thiers, vota les préliminaires de paix par 546 voix contre 107. Mais le fer, une fois encore, fut retourné dans la plaie par les touchants adieux qu’ Émile Relier avait lui-même rédigés -, que vingt-huit députés avaient signés, et que Jules Grosjean, député et ancien préfet du Haut- Rhin, vint lire à la tribune :

« Nous déclarons encore une fois nul et non avenu un pacte qui dispose de nous sans notre consentement. ( Très bien ! Très bien /)

« La revendication de nos droits reste à jamais ouverte à tous et à chacun dans la forme et dans la mesure que notre conscience nous dictera.

« Au moment de quitter cette enceinte où notre dignité ne nous permet plus de siéger, et malgré l’amertume de notre douleur, la pensée suprême que nous trouvons au fond de nos cœurs est une pensée de reconnaissance pour ceux qui, pendant six mois, n’ont pas cessé de nous défendre, et d’inaltérable attachement à la patrie dont nous sommes violemment arrachés. ( Vive émotion et applaudissements unanimes.)

« Nos frères d’Alsace et de Lorraine, séparés en ce moment de la famille commune, conserveront à la France, absente de leurs foyers, une affection filiale jusqu’au jour où elle viendra y reprendre sa place. » ( Nouveaux applaudissements.)

Ce texte sublime, dont les brefs paragraphes sont comme coupés par des sanglots, avait enfin rallié f « unanimité » des cœurs meurtris. Mais Relier, abîmé dans son désespoir, n’entendit même pas les acclamations de ses, collègues. Tout lui parut morne, silencieux, sépulcral : « L’Assemblée, écrit-il, nous écouta dans un silence de mort, et quand, après le vote

1. Le procès-verbal note toujours des applaudissements « à gauche »

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