‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 78 sur 189 · ACTION ÉLECTORALE ET PARLEMENTAIRE · texte numérisé non relu

ACTION ÉLECTORALE ET PARLEMENTAIRE

SOMMAIRE

Election du 2 juillet 1871 : « Alsacien avant tout. » — Election du 20 février 1876 : « Terrain légal et constitutionnel. » — Réélection de 1877 : « La lutte est entre le Maréchal et la Révolution. » — Echec de 1881. — Election de 1885 : enquête sur les opérations électorales. — Relier renonce à se présenter en 1889 pour ne pas être « une cause de division » : la presse de gauche elle-même reconnaît sa haute autorité.

Interventions parlementaires en faveur des Alsaciens : autonomie du territoire de Belfort ; fonctionnaires sans traitement : villages algériens : lois sur la nationalité.

Correspondance avec l’ahbé Winterer, curé de Mulhouse et député au Reichstag : le Kulturkampf en Alsace.

Plusieurs départements, en particulier l’Ain et le Doubs, proposèrent à Émile Relier de le renvoyer à la Chambre à la faveur d’élections complémentaires : il déclara rester « Alsacien avant toul » et ne vouloir être élu que « pour représenter à la Chambre cette province éminemment française qui n’avait plus d’électeurs, dont la voix était étouffée par la force ».

Une fraction de l'Alsace, cependant, faisait exception : le Territoire de Belfort, sa terre natale, la marche alsacienne dont il avait si heureusement contribué à élargir les frontières, et dont les Prussiens lui interdisaient encore l’accès. C’était sa véritable circonscription; puisqu’elle avait à élire — le 2 juillet 1871 — un député, il écarta donc toute autre candidature

ÉMILE KELLER

et lança, le 23 juin, aux électeurs du Haut-Rhin, la brève proclamation renfermant ces mots :

« ...Nous sommes les seuls enfants de l’Alsace conservés à la France. Ce privilège nous impose des devoirs sacrés. C’est à nous d’offrir à nos frères moins heureux, mais non moins Français que nous, un appui, un secours de tous les instants, un asile inviolable, une invincible espérance...

« Notre département mutilé, mais debout, doit rappeler sans cesse à la France que, si elle ne veut pas descendre au rang des nations déchues, il lui faut rétablir au plus tôt sou intégrité territoriale, que rien ne saurait la distraire de cette obligation à laquelle nous serions impardonnables de ne pas sacrifier nos préférences et nos divisions.

« ... Que votre député, unanimement élu, soit, non seulement votre représentant, mais celui de l’Alsace entière ; qu’il soit la revendication vivante et perpétuelle de notre unité nationale. »

Au cours de vingt années de législature — interrompues de 1881 à 1885 — Émile Keller remplira, avant tout, ces « devoirs sacrés » : les yeux fixés sur l’Alsace asservie, il travaillera à la délivrer, et à rendre la France plus forte ; les ennemis de la patrie seront ses seuls ennemis irréconciliables ; bientôt, sans doute, les adversaires de l’Église le forceront à prendre parti contre eux ; mais leur œuvre de division intérieure, en soulevant les plus légitimes révoltes, en portant atteinte aux droits les plus inaliénables et à l’intégrité de l’âme nationale elle-même, ne lui eût-elle pas dicté la résistance même si sa conscience de catholique — inséparable de son patriotisme alsacien — ne lui en avait fait le premier des devoirs ?

Il fut élu, le 2 juillet, par 6.461 voix, sur 9.294 votants J. Le colonel Denfert-Rochereau, son principal concurrent, n’en avait obtenu que 2.7201 2

A la fin de 1875, ses collègues de l’Assemblée Nationale lui offrirent un siège de sénateur inamovible : se considérant «comme appartenant toujours à Belfort et par Belfort à l’Al-

Page 1