M. Juteau. troisième candidat, eut 113 voix
LE DÉPUTÉ DE BELFORT 205
sace », il refusa d’aller chercher au Sénat un refuge contre le jugement de ses électeurs l.
Le 29 janvier 1876, à la veille des élections sénatoriales qui devaient avoir lieu à Belfort, il se rallia à la candidature de Thiers et engagea ses amis à voter, comme lui, pour l'ancien Président, « cet engagement, observait-il, enlevant à l’élection de demain toute signification politique pour lui laisser le caractère d’un témoignage de reconnaissance belfortain 2 ».
Plus caractéristique encore fut sa profession de foi pour les élections législatives du 20 février 1876 :
« Le principe de la République étant légalement établi, déclarait-il, nous devons en faire l’application sincère, mais en le préservant des passions anarchiques et anti-religieuses qui seraient sa condamnation. Les lois constitutionnelles doivent être respectées de tous. — Je n’ai pas cessé de soutenir le gouvernement du maréchal de Mac-Mahon, Président de la République, à l’appel duquel vous répondrez comme moi, car il nous garantit l’ordre et la paix. Je suis prêt à le défendre contre les radicaux et les bonapartistes (pii sont ses ennemis et les nôtres... Ne faisons rien (pii puisse troubler la paix. Soutenons les libertés religieuses et les principes conservateurs sans lesquels aucun gouvernement ne saurait durer. — Quoi qu’il arrive, nous serons toujours d’accord pour aimer la France et l’Alsace, pour servir, pour défendre notre pays... »
Emile Keller acceptait donc « le terrain légal et constitutionnel de la République du 25 février » !, comme il avait jadis accepté l’Empire : car pour lui les intérêts de la religion et de la patrie remportaient sur toute préférence politique. Mais il conservait à l’égard de la République la même indépendance que jadis à l’égard de l’Empire, et lorsqu’il estimera le principe du régime condamné par le déchaînement de néfastes passions, il pourra, sans aucun illogisme, lui retirer son concours. C’est l’expérience, et nullement l’obstination qui fera alors la force de sa fidélité monarchique.