‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 85 sur 189 · janvier · texte numérisé non relu

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ÉMILE ICELLER

que la France soit assez forte pour ne pas pouvoir être surprise ! » Émile Relier recueillait ces cris d’alarme, et consacrait, comme député, à la restauration de notre puissance militaire, la plus admirable des ténacités. Entre ces deux députés du Haut-Rhin, l’un au Reichstag, l’autre au Parlement français, s’était ainsi établie et prolongée une affectueuse et ardente collaboration qui incarnait en eux la fidélité alsacienne et permet de les confondre dans la reconnaissance due aux meilleurs artisans de la future Victoire.

ACTION PARLEMENTAIRE (Suite)

SOMMAIRE

Emile Keller devient à la Chambre l'un des meilleurs spécialistes en matière militaire. — Lois sur le recrutement : dès 1872. Keller ne cesse de combattre l'écart entre 1' « effectif légal » et 1’ « effectif réel ». — En 1881, il repousse le service de trois ans comme inopportun. — De 1881 à 1885, il poursuit dans le Monde sa campagne pour 1 armée en mettant en lumière les progrès de l’armée allemande. — De 1887 à 1889, il combat les projets illusoires du général Boulanger, propose le service de quatre ans et s'élève contre l’arbitraire ministériel.

Lois sur les cadres : Keller réclame le relèvement des soldes. — Il combat le principe trop exclusif et nuisible aux intérêts de l’armée de l'avancement à 1 ancienneté. • — L’aumônerie militaire. — L’amélioration du sort des sous-officiers et le renforcement des cadres inférieurs.

Lois sur la constitution des corps : Keller défend vigoureusement 1 Infanterie et dévoile les ruineuses économies dont elle est la victime. — Le maintien des Chasseurs à pied. — Le service d Etat-Major et de l'Ecole supérieure de Guerre.

La politique coloniale : Keller veut avant tout assurer la revanche sur la frontière de l'Est et réclame la création d'une arjnée coloniale qui laisse intacte l’armée métropolitaine.

Etudes militaires : La Moricière et la France africaine ; le Combat d Infanterie ; Jeunes et vieux soldats.

En 1880, Keller est révoqué de son grade de lieutenant-colonel de territoriale : ordre du jour au 49° régiment.

Dans son étude sur la Guerre franco-allemande de 1870, le maréchal Focli a démontré, avec une souveraine clarté, que l’infériorité lamentable de notre puissance militaire avait rendu vaines les fautes de l’état-major prussien : le nôtre n’avait rien étudié, ni préparé, ni prévu de sérieux ; tandis tpie l’adversaire avait « usiné » la guerre de masses et acquis

ÉMILE KELLER

une écrasante supériorité en effectifs et en matériel, nous en étions réduits à l’inféconde défensive et au gaspillage de l’héroïsme. — In memoriam in spcm! conclut pourtant le Maréchal : c’est que l’expérience de tant de fautes pouvait et devait conduire à la victoire.

Profitant elle-même de la leçon d’Iéna, la Prusse avait adopté depuis longtemps le service militaire obligatoire et universel. Le système de la « paix armée » est anormal, ruineux, barbare si l’on veut ; mais du moment qu’une grande nation l’applique, ses voisines sont bien forcées de l’imiter — sous peine de mort.

Nous y fûmes conduits après 1871.

Que nous restait-il ? Des débris de régiments de ligne ; 200.000 hommes de régiments de marche ; 14.000 marins ou soldats d’infanterie de marine ; 34.000 artilleurs ; 20.000 cavaliers. Il fallait tout refondre, tout reconstituer, et fermer notre frontière béante.

Ce fut désormais le grand souci d’Émile Relier. Jusqu’en 1889, et surtout de 1871 à 1880, il se consacra aux problèmes militaires, les scruta profondément, intervint dans toutes les discussions parlementaires les concernant, et cela avec une compétence qu’admiraient les techniciens les plus éminents. Peut-être n’est-ce pas trop dire qu’il acquit, sur ce terrain, une autorité comparable à celle de Thiers sur le terrain financier. — Le général Niox reprochait récemment 1 au Parlement d’avant 1914 d’avoir discuté « les questions techniques les plus spéciales » et de les avoir résolues souvent « avec incompétence par le succès de quelque habileté oratoire » : la lecture des discours militaires du Député de Belfort montre qu’il ne méritait pas ce reproche et que, chez lui, l’information la plus étendue et la plus sûre éclairait un patriotisme détaché de toute passion politique.

Les lois sur l’organisation de l’armée concernent soit le recrutement, soit les cadres et l’avancement, soit la constitution des corps. — Les lois sur le recrutement déterminent

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