La Grande-Guerre. 191'i-191S. simple récit
l’obligation et la durée du service : elles dépendent du chilïre de soldats que l’on veut atteindre, et, ce chiffre étant fixé, de la valeur du contingent annuel ; elles dépendent aussi du degré de force combative qu’on veut réaliser pour le jour de la mobilisation, cette force étant proportionnelle, dans une très large mesure, à la durée du service actif, et le système brutal de la « levée en masse » étant évidemment condamné à l'impuissance en face du système des armées régulières et permanentes. — La loi des cadres établit l’ossature de l’armée, et l’on sait que la valeur morale, professionnelle et numérique des officiers et sous-officiers commande la valeur de l’armée elle-même. — Les lois sur la constitution des corps répartissent les contingents entre les différentes armes et services : Infanterie, Cavalerie, Artillerie, Génie, État-Major, Administration, etc., et règlent leur organisation intérieure. — Nous ne pouvons donner qu’une bien rapide et bien faible idée des lumières répandues sur ces graves questions, à la tribune du Parlement et dans la presse, par Émile Keller.
Le service actif de cinq ans fut établi par la première grande loi sur le recrutement des 23 avril, 22 juin et 27 juillet 1872. En attendant son vote et son application, il fallait utiliser les lois existantes. Le 4 septembre 1871, Émile Keller proposa de laisser sous les drapeaux la totalité du contingent de 1870, au lieu de l’abaisser au-dessous de 140.000 hommes comme le demandait la Commission. « Je supplie le ministre de la Guerre, concluait-il, de ne pas céder à la tentation de plaire à l’Assemblée et je supplie l’Assemblée de ne pas céder à la tentation de plaire à ses électeurs »; et comme de vives protestations s’élevaient au centre et à droite : « Ne voyons ici que les grands intérêts du pays ! » L’Assemblée ne le suivit pas et maintint les remplacements autorisés par la loi de 1832 : « Après les événements auxquels nous avons assisté, observa-t-il, il me semble que le mot de remplacement ne devrait plus être prononcé en France ! »
La loi sur le recrutement de 1872 supprima les remplacements, institua le service militaire personnel et obligatoire, et fixa la durée du service actif à cinq années. Mais, indépendamment des nombreux cas d’exemptions, de dispenses et de
ÉMILE KELLER
sursis d’appel, la loi spécifiait que le ministre de la Guerre fixerait chaque année le nombre des jeunes soldats qui, après une année de service, seraient maintenus sous les drapeaux ; en cas d’instruction militaire jugée suffisante, le Ministre pouvait même réduire à six mois leur service actif. Les Français étaient donc fort arbitrairement divisés en deux catégories : ceux qui feraient cinq ans, et ceux qui feraient un an ou six mois.
Se plaçant au double point de vue de la justice et de la défense du pays, Émile Relier combattit avec énergie un système basé sur l’inégalité et « un arbitraire sans limites ». La latitude laissée au Ministre ferait que les parlementaires « auraient bientôt à leurs trousses tous les soldats de leur département », et le remplacement rentrerait dans nos lois si l’on ne savait pas « fermer la fissure par laquelle l’égoïsme cherchait à rentrer dans la place qu’il avait perdue ». Il fallait avant tout relever l’esprit du pays qui « pénètre, façonne, inspire l’esprit de l’armée », donner à chacun le sentiment de son devoir et de sa responsabilité, « imprimer à la loi ce caractère de justice et d’égalité par lequel on répondrait à ce que le pays et l’armée attendaient ».
L’orateur proposait, en conséquence, le service actif — et réel — de trois ans, avec sept ans dans la réserve et deux dans l'armée territoriale. Avec les 120.000 hommes de la partie permanente de l’armée, trois classes entières fourniraient les 460.000 hommes de l’effectif et le maximum d’hommes bien instruits. Ce serait le service obligatoire, effectif, loyal, réel x.
La Chambre ne se rendit pas à ces arguments, et par la suite il se produisit ce qu’Émile Relier avait prévu : le Gouvernement tendit à régler les effectifs, non d’après les besoins réels du service, mais d’après des considérations d’équilibre budgétaire. Notre puissance militaire, privée de garantie légale, manquait de stabilité. Attentif à ce qui se passait en Allemagne, Émile Relier ne se lassa pas de dénoncer le péril et de poursuivre les moyens d’y remédier.
Pour rappeler en 1874 sous les drapeaux la deuxième partie