‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 9 sur 189 · déforme sociale, t lit. p. 644 et t. I. p · texte numérisé non relu

déforme sociale, t lit. p. 644 et t. I. p

ÉMILE KELLER

regretter le « grand vide » où il se débattait : « Serait-il donc vrai que l’homme, lorsqu’il n’est pas conduit par les autres, ou forcé par la nécessité, n’est capable de rien ? Cela est vrai pour moi ; aussi ai-je un grand désir d’être conduit. Malheureusement, les avis sont d’ordinaire aussi contradictoires que les voix du clocher de Rabelais. » Il passait des heures « à contempler la couverture de ses livres », — une Bible, un Béranger, un Virgile, un Pouillet, du droit, de l’histoire, de l’agriculture, de la musique, — et la molle rêverie, le far niente qui s’ensuivaient, lui semblaient annoncer « quelqu’un qui ne ferait jamais rien » (novembre 1850). — En réalité, il travaillait intensément, et avec une austère discipline ; il était avare de son temps, « monnaie précieuse avec laquelle il faut acheter paisiblement le plus petit brin de science » ; s’il avait de la fortune, il n’oubliait pas « que le pain que l’on n’a pas gagné est amer ». L’indécision dont il s’accusait n’était qu’un besoin de vérité inassouvie ou une conséquence de la désorientation générale des esprits. Il se défiait de son jugement, et cherchait — à travers tant de contradictions — une autorité solide sur laquelle s’appuyer ; mais quand il croyait avoir saisi la vérité, il s’y attachait avec une inébranlable énergie.

Cet homme de cœur, — qui déclarait « pouvoir vivre sans bouquins, mais non pas sans échanger de douces causeries avec ceux qu’il aimait », — manifestait, à vingt ans, un courage civique dont les lignes suivantes donneront une idée :

« La plaie de notre époque, c’est cette foule indifférente qui « applaudit tous les triomphes, qui flatte et qui sert tous les « pouvoirs... Vous vous plaignez que Paris mène la province, « tranche les révolutions, s’érige en dictateur ; mais si la proie vince se sent assez de courage, assez d’énergie, qu’elle se lève en « masse ! Il est des jours où tout est mis en question : alors « chacun doit avoir son opinion, chacun doit être prêt à la '< défendre jusqu’à la mort ; les autres n’ont pas le droit de se K plaindre. A tous les prophètes de malheur, à tous les visages « désolés, il n’y a qu’une réponse à faire : le 23 et le 24 février ’, « ils auraient dû prendre un fusil et descendre dans la rue... Les « provinciaux se laisseront toujours mener comme des moutons ;

1 . Journées révolutionnaires qui aboutirent à 1 abdication de Louis -Phi lippe.

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