Séance du 15 janvier
devoir n’est pas de parler, mais d’agir, ajoutait-il. Oubliez, Messieurs, que c’est un député de la Droite qui vous adresse cet appel, peut-être pour la dernière fois. Il y va de l’avenir de nos régiments ; il y va peut-être du salut du pays. 1 2 »
C’était, en effet, son dernier discours parlementaire. Son amendement fut, comme les précédents, repoussé : mais si la llamme du patriotisme, qu’il avait nourrie avec tant de persévérance, paraissait alors obscurcie, elle ne devait s’éteindre ni dans le pays ni dans l’armée.
Émile Keller avait dans les vertus guerrières du peuple français et dans la valeur de nos officiers une absolue confiance.
Le 10 juin 1872, comme M. Thiers vantait la docilité du peuple allemand et les lumières de l’aristocratie qui l’encadrait :
« Y a-t-il au monde, répondit Keller au Président de la République, un soldat plus soumis et plus docile que le soldat français ? Quant aux cadres, aurions-nous quelque chose à envier à la noblesse allemande ? Non, non, la noblesse française n’est pas dégénérée... Et nos enfants du peuple ne savent-ils pas aussi être nobles par le cœur, par l’intelligence, par le patriotisme ? La force de notre armée ne consiste-t-elle pas précisément en ce que toutes les forces vives du pays y sont réunies, en ce que toutes les classes y concourent, en ce que tout homme peut devenir officier par son courage, par son intelligence ? »
Mais, pour permettre semblable ascension et faire de la carrière militaire une carrière enviable, il fallait d’abord la rétribuer convenablement. Émile Keller réclama donc à maintes reprises l’accroissement des soldes et leur unification. Un commandant d’artillerie ou du génie, par exemple, recevait alors mille francs de plus qu’un commandant d’infanterie
Il fallait aussi régler l’avancement en tenant compte des intérêts de l’armée, et non du seul principe d’ancienneté. Contre ce principe stupidement égalitaire, fixé en 1881 à la fois par un général ministre de la Guerre (le général Campenon) et par les « grandes barbes » de l’ extrême-gauche, Keller écrivit un réquisitoire aussi serré que virulent :