‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 92 sur 189 · mai · texte numérisé non relu

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la sécurité morale qui seraient la juste récompense de son dévouement » ; le ministre de la Guerre seul pourrait, en cas d’inconduite, casser le rengagé de son grade après avis d’un conseil de discipline. Sauf en ce qui concerne ce dernier point, — jugé contraire à « l’esprit de subordination », — le projet de loi présenté en 1877 par le général Berthaut, ministre de la guerre, donnait satisfaction au projet Keller. La loi de 1878 sur les rengagements restant fort incomplète, Émile Keller dut renouveler ses amendements, puis, en juin 1881, combattre les dispositions de la nouvelle loi qui prolongeait jusqu’à 47 ans le maintien sous les drapeaux des sous-officiers commissionnés et admettait que le nombre des sous-ofïiciers ou commissionnés pourrait atteindre les deux tiers de l’effectif normal : il estimait en effet que, dans ces conditions, il serait impossible de trouver, le jour de la mobilisation, les 70.000 sous-ofïiciers nécessaires à l’encadrement des troupes, puisqu'il n’en sortirait plus de l’armée que 4 à 5.000 par an au lieu de 12.000. Mieux valait ne conserver que des jeunes gens vigoureux, leur donner une solide instruction dans des écoles spéciales et leur réserver un capital qui leur permît de se créer à 35 ans une honorable carrière civile. — Il ne fut pas écouté, mais les idées justes qu’il avait lancées devaient vaincre peu à peu l’inertie bureaucratique et le dédain parlementaire.

La constitution rationnelle des corps ne le préoccupait pas moins et il en comprenait toute l’importance technique.

« Après des éludes longues et consciencieuses faites auprès d’hommes compétents de tous les grades, — déclarait-il le 19 janvier 1875 à propos de la division du bataillon en 4 ou en 6 compagnies, — je me suis confirmé de plus en plus avec cette pensée que nous ne pouvons pas trancher ici, nous législateurs, nous députés, une question de tactique et de science militaire. » Il n’était donc pas homme à abuser de l'incompétence du Parlement. Mais ses collègues étant souvent contraints « à sortir de celle sage réserve», il voulait du moins éclairer leur opinion, et il le faisait avec beaucoup de poids.

Son grand souci était de préserver l’infanterie, — restée « la reine des batailles », — de toute déchéance. En 1874, il

ÉMILE KELLER

voulut faire fixer par la loi la constitution des cadres, l’effectif normal de l’infanterie — 300.000 hommes — et sa composition organique : 144 régiments de ligne à 3 bataillons, 30 bataillons de chasseurs à pied, 4 régiments de zouaves et 4 de tirailleurs algériens à 4 bataillons, 1 légion étrangère h — Il eut souvent à revenir sur la question des effectifs, la loi de 1875 qui les réglait étant sans cesse violée. En 1879, il démontrait que les renvois anticipés et les congés multipliés abaissaient de 50.000 hommes fa « moyenne budgétaire » ; il signalait avec angoisse à quel point le service de place, incombant à la seule infanterie, dégarnissait le régiment, « forteresse vivante qui se déplace en temps de guerre, qui prend l’offensive et qui revient sur ses pas si la fortune ne lui est pas favorable 1 2 ». En 1880, il constatait que l’infanterie était toujours sacrifiée : elle était la plus mal payée ; à l’exercice, ses effectifs n’atteignaient pas le quart de l’effectif de guerre ; son instruction était dédaignée, et le ministre de la Guerre (général Farre) se vantait des vingt millions d’économies dues à la suppression des manœuvres 3 ! En 1885, encore, il rappelait qu’avant 1870 le maréchal Niel avait flétri d’aussi fatales économies, et il opposait aux progrès réalisés en Allemagne les atteintes portées « à la portion la plus sacrée de notre armée 4 ».

En 1875, alors que la Commission de l’armée proposait de réduire les chasseurs à pied, il avait fait porter de 18 à 30 le nombre de leurs bataillons 5. Les officiers les plus remarquables, rappelait-il, les avaient commandés : tels Ladmirault, Mac-Mahon, Canrobert. Le duc d’Aumale avait reconnu en eux une « parfaite infanterie légère ». L’Europe entière avait cherché à en copier le type. Il fallait se garder de porter atteinte à leur esprit de corps, « sorte de flamme qui anime et élève les hommes au-dessus d’eux-mêmes ». Il fallait résister au regrettable penchant qui porte « à tailler des divisions de soldats comme on taille des blocs de pierre, en leur donnant

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