‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 93 sur 189 · Officiel du 1er décembre · texte numérisé non relu

Officiel du 1er décembre

5. Amendement du 15 janvier 1875 adopté par 335 voix contre 288.

identiquement le même nombre d'hommes, le même nombre de chevaux, le même nombre de canons » ; les soldats qu’on veut « aligner au cordeau » ont une âme, et « c’est en faisant appel à toutes les libres de cette âme qu’on obtiendra d’eux des prodiges d’abnégation ». La Chambre se rendit à ces bonnes raisons ; mais la manie de l’uniformité y réapparut treize ans plus tard, en 1888, et Relier, d’accord, il est vrai, avec huit membres sur onze du Conseil supérieur de la guerre, dut défendre de nouveau contre le Ministre (général Logerot) et la Commission de l’armée, le maintien des chasseurs, de leur nom, de leur uniforme spécial, de leur glorieux patrimoine. Cette fois, la cause était gagnée, et le nom de Relier resta, chez les chasseurs à pied, en grande vénération.

En 1877, il avait pris une part importante à la discussion de la loi sur le service d’État-Major : il avait demandé que seuls les élèves de l’École supérieure de guerre reçussent le brevet d’État-Major, — alors que le projet le rendait accessible aux capitaines et officiers supérieurs ne sortant pas de l'École. Rappelant que l’ancien État-Major, mal recruté et mal formé, n'avait pas eu d’État-Major général constitué, il avait exposé la nécessité de former des spécialistes prenant contact avec la troupe — au lieu de rester confinés dans les bureaux, — entrant jeunes à l’École, capables de diriger les formidables armées qui se concentrent désormais en quelques jours pour livrer bataille : « L'État-Major, concluait-il, en 1879, est le ciment de l’édifice militaire, et de sa force de cohésion dépend la solidité de l’édifice. Messieurs, je vous engage à faire un ciment avec lequel on puisse construire un édifice solide et non pas à donner à M. le Ministre de la Guerre du sable et de la poussière avec lesquels on ne puisse rien bâtir 1 ».

Cet édifice était, avant tout, dans son esprit, l’instrument de la revanche : aussi s’éleva-t-il avec violence contre la politique coloniale, en particulier contre l’occupation de la Tunisie et contre les « fantaisies tonkinoises » qui nous coûtaient des centaines de millions et ajoutaient -10.000 hommes aux 45.000 déjà nécessaires pour garder l’Algérie : « En temps de guerre,

1 Officiel du 20 mai 1879.

ÉMILE KELLER

observait-il, de quel poids ne seraient pas sur les champs de bataille ces 40.000 hommes d’élite, la fleur de notre armée, occupés à monter la garde sur des plages malsaines ou désertes ? Pour nous, nous estimons que tout écu distrait, sans nécessité absolue, de la grande partie qui peut et qui doit se jouer sur notre frontière occidentale, est une fantaisie coupable, interdite à un peuple vaincu et mutilé. 1 » 11 réclamait, en tous cas, la création d'une armée coloniale, avec un « réservoir d’hommes » spécial qui dispensât de porter atteinte à l’armée métropolitaine. Sur ce dernier point, il prévoyait juste; sur le reste, l’événement devait, par bonheur, lui donner tort : mais que serait-il arrivé si l’épée de Damoclès eût joué trente ans plus tôt ?

En dehors de ses discours parlementaires et de ses articles de journaux, Émile Relier consacra aux questions militaires des études fort remarquées des spécialistes.

Le premier volume de la Vie de La Moricière avait été consacré au rôle colonisateur d’une année dont l’ancien colonel de zouaves incarna si bien l’âme héroïque ; et de cet ouvrage, aussi fortement documenté que noblement écrit, s’étaient dégagées les plus hautes leçons.

De la prise d’Alger à la capture d’Abd-el-Kader, de 1830 à 1848, Lamoricière avait parcouru le dur et glorieux chemin menant aux étoiles. Il avait poursuivi « cette lutte de la civilisation contre la barbarie avec laquelle renaissait la grandeur militaire de la France ». Lutte que la civilisation soutint souvent bien mal ! Lamoricière avait le droit d’en juger, et son historien explique avec lui comment l’activité de nos soldats, l’intelligence, le génie, « qui auraient si bien pu faire de grandes choses », avaient été entravés par « le mauvais vouloir d’Alger et l’apathie de Paris, et sans cesse à la veille de périr ». A Paris, « le Ministère n’osait rien demander, rien refuser ouvertement au maréchal Bugeaud ; mais n’ayant par lui-même aucun plan de colonisation qu’il eût le courage de soumettre aux Chambres, il laissait les députés se livrer sur l’Algérie à des déclarations sans portée ».

Page 1