‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 94 sur 189 · Officiel du 20 mai LH · texte numérisé non relu

Officiel du 20 mai LH

Eu 1846, malgré tous les obstacles, Lamoricière avait définitivement jeté les bases de la France africaine dans le « triangle de colonisation » Oran-Mostaganem-Mascara. Il avait fallu, pour cela, que ce capitaine consommé ajoutât à sa science militaire de longues et minutieuses études historiques et sociales. — En 1880, au bout d’un demi-siècle, la pacification n’était pas encore achevée ; l’esprit averti d’Émile Keller saisissait tout ce qu’entraînerait une œuvre semblable en Tunisie et en Extrême-Orient : comment, dès lors, lui reprocherait-on d’avoir regretté des « aventures » susceptibles de nous faire oublier la frontière de l’Est ?

Il fallait d’abord donner à l’instrument immédiat de la revanche, — à l’armée métropolitaine, — toute sa précision et toute sa puissance. Dans le Combat de l’Infanterie L, Keller analysa avec sagacité les conditions du combat moderne et la psychologie de la « Reine des batailles ». Dans Jeunes et vieux Soldats 1 2, il exposa la nécessité de demander aux « militaires éprouvés », aux rengagés, « non seulement un accroissement numérique, mais surtout un élément de force et de cohésion ». Pourquoi ne pas utiliser, dans ce but, les jeunes Alsaciens « que leur patriotisme mettait à la merci du gouvernement français ? »

« Chaque année, écrivait-il, deux à trois mille jeunes gens qui ne veulent pas être soldats prussiens s’exposent à tous les ennuis, à tous les sacrifices, à tous les dangers, pour servir la France... Si le soldat français revient en cachette au foyer paternel et s’il est signalé au gendarme ennemi, on tire sur lui comme sur une bête fauve. Que ne devrait-on pas faire pour honorer, pour encourager, pour récompenser un tel patriotisme ? Hélas !... L’Alsacien-Lorrain qui arrive au bureau de recrutement est traité comme un déserteur italien ou allemand... Au lieu de gaspiller d’un cœur dur et sec de tels trésors, la France y trouverait, si elle le voulait, de précieuses ressources... Un contingent annuel de 2.500 annexés, conservé pendant vingt ans dans notre armée, lui fournirait une élite de 30 à 40.000 anciens soldats, ayant donné des gages assez solides de leur dévouement pour qu’on pût compter sur eux. Cela ne vaudrait-il pas mieux que les 500 ou 600 sacrifices humains, qu’à l'exemple de Behan-

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