‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 95 sur 189 · Extrait du Correspondant de · texte numérisé non relu

Extrait du Correspondant de

ÉMILE KELLER

zin on offre chaque année au Tonkin, à la grande joie des Allemands ? »

Le Gouvernement ne paraissait pas se soucier de telles ressources ; et il décrétait « une réduction permanente de 60.000 à 70.000 hommes », tandis que la nouvelle loi militaire allemande augmentait de 100.000 hommes l’effectif de paix de nos voisins.

« En 1870, rappelait Keller, le Ministère du 10 janvier avait également voulu signaler son avènement par une diminution notable du contingent. C’était au lendemain de Sadowa. La Prusse victorieuse était pleine d’arrogance ; elle avait pris en Europe la place de la France, et était prête à défendre sa suprématie les armes à la main. Je rencontrai au Corps Législatif le général Lebœuf, alors ministre de la guerre : « Mon général, « lui dis-je, vous sentez bien comme moi que la guerre est inévi- « table ? — Oui, me répondit-il. — Et vous venez nous proposer « la réduction de nos forces militaires 1 — Que voulez-vous, me « dit-il, il faut bien que le nouveau Ministère se rende populaire. » Quelques mois plus tard, je retrouvai le même général à Versailles : sous le poids de nos malheurs, il avait vieilli de vingt ans... »

Si le renouvellement de ces malheurs fut évité, — malgré les fautes du Gouvernement, — il est clair qu’on le doit aux hommes qui firent ainsi retentir, sans se lasser, les cris d’alarme de leur patriotisme. Que dire alors de la révocation qui, en 1880, avait frappé Keller comme colonel de l’armée territoriale, après tant de services déjà rendus à la France ?

« Vous représentez à mes yeux, — lui écrivait un jour le général des Garets, — un des plus nobles et des plus sagaces défenseurs de l’armée. Je voudrais vous voir ministre de la Guerre. Vous connaissez et comprenez admirablement l’armée. » Sa correspondance abonde en semblables témoignages, mais ce qui les justifiait attirait aussi la haine de certains politiciens.

En 1879, il avait défendu — en vain — à la tribune de la Chambre son ami le sénateur Joseph de Carayon la Tour, nommé en 1870 par Gambetta lieutenant-colonel des mobiles de la Gironde, décoré de la Légion d’honneur pour son héroïsme au combat de Nuits, maintenant cassé de son grade de lieute-

nant-colonel de territoriale pour avoir célébré en réunion privée l’anniversaire de la naissance du Comte de Chambord.

Le 1er juin 1880, Émile Keller était, à son tour, jugé indigne de conserver ses fonctions de lieutenant-colonel...

Ces fonctions, il les avait remplies avec une admirable conscience. Malgré tant de travaux, il s’était mis en relations, à Paris, avec les colonels du Guiny et de Boisdenemets *, et il avait étudié avec eux, à la caserne et sur le terrain, le métier de chef de corps. En 1875, profitant des vacances parlementaires, il avait suivi les grandes manœuvres avec l’état-major du Duc d’Aumale. 11 avait préparé de très près la mobilisation de son nouveau régiment, et apporté à l’instruction de sa troupe une méthode, une persévérance qui lui avaient valu les unanimes éloges de ses chefs. — Ajoutons qu’il avait étroitement collaboré à l’organisation delà défense de Belfort, suivant dans leurs reconnaissances le ministre de la Guerre de Cissey, le Duc d’Aumale et le général Lanty.

Lorsqu’il fut frappé, il se contenta d’adresser deux Ordres au 49e régiment territorial. Dans l’Ordre n° 1, il reproduisait une lettre du ministre de la Guerre, général Farre, le félicitant — deux mois plus tôt — d’avoir développé l’instruction du tir dans son régiment et lui exprimant, à lui et à ses officiers, « toute sa satisfaction ». Dans l’Ordre n° 2, il annonçait la nouvelle décision ministérielle :

« Cette décision, observait-il, me prive de la seule satisfaction que j’ambitionnais, celle de marcher à votre tête au jour de la revanche... Si, dans nos courtes réunions, unis par un commun patriotisme, nous sommes parvenus à former une famille vraiment militaire, c’est, vous le savez, en interdisant d'une manière absolue à la politique de pénétrer dans nos rangs... Suivez la voie que je vous ai tracée, vous rappelant que vous êtes à l’avant-garde sur notre terre Alsacienne, et ainsi vous serez un régiment digne de la France qui attend le jour où elle pourra laver la tache de ses défaites. »

1 Futurs commandants de Corps d Armée.

ACTION PARLEMENTAIRE (Suite)

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