L' « OUVRIER LIBRE
SOMMAIRE
Emile Relier veut réduire la dette publique et équilibrer le budget. — Etudes approfondies sur les gaspillages financiers. — En 1887, Relier propose un plan d'économies atteignant annuellement 500 millions. — Il flétrit les financiers véreux : Aftaire de Panama.
Le rachat des chemins de fer et les travaux publics : Relier en montre les dangers. — Au sujet des traités de commerce qui favorisent l’industrie étrangère, il réclame « plus de patriotisme économique ». — Il défend les intérêts de nos vingt millions d agriculteurs.
Lois sociales : en 1873 Relier entend protéger efficacement le travail des enfants dans les manufactures et le "travail nocturne des femmes. — En 1879 il réclame le repos dominical et son extension à tous les fonctionnaires et employés. — Répudiant l'individualisme révolutionnaire, il demande la liberté complète d’association.
En 1898, il résumera sa doctrine dans un admirable manuel : L'Ouvrier Libre.
Émile Keller avait une politique financière et économique, comme il avait une politique militaire.
Il voulait gérer la fortune de la France « en bon père de famille », et d’abord liquider les dettes nées de la guerre : dès 1873, il proposa de ramener, par de prévoyantes opérations, de 870 à 300 millions la dette du Gouvernement envers la Banque, et d’affecter la somme que ces opérations auraient rendue disponible dans les budgets suivants, aux dépenses de
réorganisation de l’armée, à l’amortissement de la Dette publique ou à la réduction des impôts *.
Mais on sait à quel point la Troisième République s’écarta d’aussi sages économies, et à quelle imprévoyance, à quelles surenchères, à quel gaspillage nos finances furent bientôt livrées. Émile Relier dénonça le péril avec son énergie coutumière, et, de 1882 à 1886, il consacra dans Le Monde, à la critique des budgets annuels, une série d’articles d’opposition extrêmement sévères.
En déposant le budget de 1883, le ministre des Finances Allain-Targé avait déclaré que son projet était inspiré par « le parti pris d’assurer à la politique démocratique et progressive une base financière inébranlable ». Relier n’eut pas de peine à démontrer comment cette politique était, en effet, progressive : en huit ans, les dépenses ordinaires avaient augmenté trois fois plus vite que les recettes, et les crédits supplémentaires avaient plus que quadruplé ; en quatre ans, les seules dépenses extraordinaires avaient dévoré près de deux milliards et demi. Léon Say, successeur d’Allain-Targé, avait, dit-on, un plan financier qui allait tout sauver ; mais ce plan n’était que mirages, la dette flottante atteindrait bientôt le chiffre écrasant de trois milliards, et 1’ « orgie » continuait, alors qu’ « aux vaches grasses de la République allaient succéder les vaches maigres ». Le budget ordinaire dépassait trois milliards, auxquels s’ajoutaient 416 millions de « dépenses sur ressources spéciales » et 529 millions de dépenses extraordinaires : au total, près de quatre milliards ! Nous allions à un « Sedan financier ».
Pour le budget de 1884, M. Tirard annonçait enfin « un esprit de stricte économie » : « Il est indispensable, avouait le nouveau ministre, de mettre un terme aux entraînements auxquels on n’a que trop cédé depuis quelques années. » Mais, en réalité, le gouffre se creusait toujours : de 100 millions en 1882, de 200 millions en 1883, le déficit atteindrait en 1884 au moins 300 millions. Les économies annoncées n’étaient qu’apparentes, ou bien elles consisteraient à réduire le budget