Officiel du 9 mars
des tarifs qui pesaient sur le travail national et demandant la révision de ceux qui favorisaient le travail étranger
Émile Relier avait déjà protesté, en 1879 et en 1880, lors de la prorogation des traités de commerce, contre un pareil mépris des intérêts français. La crise agricole et industrielle exigeait une solution prochaine et précise. L’Angleterre, qui avait diminué ses impôts de 700 millions tandis que nous augmentions les nôtres d’autant, nous faisait une concurrence industrielle menaçante ; les blés américains arrivaient en France à 12 ou 13 francs l’hectolitre, alors que les nôtres coûtaient environ 22 francs ; la balance du commerce se traduisait par une perte annuelle de 700 millions ; pour lutter dans de telles conditions, nos ouvriers devaient travailler 66 à 72 heures par semaine, alors que les ouvriers anglais se contentaient de 57 heures et les ouvriers américains de 48. Des « droits compensateurs » étaient donc absolument indispensables, et il fallait se hâter de traiter sur de nouvelles bases avec les puissances étrangères
Le tarif général des douanes fut en effet révisé, et le projet défendu par M. Malezieu, rapporteur général, fut soumis aux Chambres en février 1880. Mais Émile Relier lui reprocha d’avoir « absolument sacrifié » l’agriculture, notre industrie principale, puisqu’elle fournissait 12 milliards sur une production de 20 à 24 milliards. La clause de « la nation la plus favorisée » abaissait successivement tous nos tarifs, et nous n’avions pas de « politique économique française ». Notre bétail avait perdu, depuis 1860, un dixième de sa valeur. Il fallait dégrever l’agriculture, et pour cela trouver en sa faveur une centaine de millions dans le relèvement des tarifs des douanes : sinon, le revenu de la terre continuerait à baisser et nos petits propriétaires, dont les biens représentaient cent milliards, verraient leur fortune — la fortune de la France — diminuer de 25 à 30 p. 100. Le suffrage universel, qu’invoquait M. Rouvier, était d’ailleurs surtout représenté par nos vingt millions d’agriculteurs, et il importait d’assurer leur existence,