CASIMIR-PÉRIER
rent, et furent suivies de violences contre les personnes et contre les propriétés. On rendait la nation tout entière responsable de l'attentat d'un misérable instrument des sociétés secrètes.
Le 2/ juin, l'Assemblée nationale, réunie à Versailles, nomma au premier tour de scrutin, par quatre cent cinquante et une voix sur huit cent cinquante-trois votants, Casimir-Périer, président de la République.
Le ministère donna sa démission, et, sur l'invitation du nouveau président, revint aux affaires.
Dans son message au Parlement, Casimir-Périer se présente comme
le champion de « l'ordre public et de la paix sociale ». Il se déclare résolu à ne laisser, ni méconnaître, ni prescrire les droits que lui confère la Constitution. Ni ses prédécesseurs, ni ses successeurs n'en ont usé. Il s'est peut-être brisé lui-même contre cette sage et légitime prétention. Il semblerait, dès lors, que certaines prérogatives ne sont inscrites dans les lois constitutionnelles que pour n'être pas exercées.
Le 8 septembre, mourut à Stoven-House M. le comte de Paris, fils du duc d'Orléans, petit-fils de Louis- Philippe ; il fut banni de France en 1830, y rentra après la chute de l'Empire, et dut reprendre le chemin de l'exil à la suite d'une nouvelle loi de proscription. Écrivain distingué, il a raconté la guerre de la sécession, à laquelle il avait pris part aux Etats- Unis. Ses études sur les associations ouvrières témoignent d'un grand esprit d'observation et d'une vive sollicitude pour les intérêts des travailleurs. Il avait loyalement reconnu, en 1873, les droits de M. le comte de Chambord, qui l'accueillit avec la charité d'un chrétien et l'effusion du représentant d'un grand principe. Sa participation à l'aventure du général Boulanger fut regardée, après l'insuccès, comme une imprudence. Il en revendiqua noblement toute la responsabilité. Ses sentiments religieux ont été sa force dans l'exil, et sa consolation dans la douleur qu'il ressentait des maux de la patrie.
La Chambre favorisa les compagnies immobilières qui créaient des habitations ouvrières à bon marché. Elle les dispensa des droits de timbre, d'enregistrement, de revenu et de patente. Leurs maisons ne furent soumises, pendant cinq ans, ni à l'impôt foncier, ni à l'impôt des portes et fenêtres. Assurer à l'ouvrier un domicile qui lui appartienne, c'est le mettre à l'abri des excitations malsaines qui l'assiègent. Il serait heureux que les tentatives faites jusqu'à présent ne restassent pas isolées, et que le pouvoir, tout en leur laissant une entière liberté, leur rendît la tâche aussi facile que possible. L'ouvrier propriétaire devient plus économe, plus moral et plus heureux.
Des communications sur notre organisation militaire, la mobilisation et les armes nouvelles, avaient été faites à des gouvernements étrangers. Un capitaine, Alfred Dreyfus, fut accusé, reconnu coupable par le conseil de guerre et condamné, au mois de décembre, à la déportation à vie et à la dégradation. Pour donner satisfaction à l'opinion publique, que cette affaire avait vivement émue, le ministre de la guerre demanda que la peine de mort, pour des causes de cette nature, fût de nouveau inscrite dans le code. Cette affaire, qui n'aurait eu qu'un retentissement
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passager si l'auteur du crime n'avait pas été un juif, a eu de lono-ues et graves conséquences, dont on n'a peut-être pas encore vu la fin.
Le 14 janvier 1895, ^^ Chambre vota une enquête sur la mise en accusation de Raynal, qui, comme ministre, avait négocié et conclu les conventions avec les compagnies des chemins de fer du Midi et de l'Orléans. Un procès avait été engagé sur certaines conditions du contrat, diversement interprétées. Le Conseil d'État avait donné raison aux compagnies. Krantz proposa un ordre du jour qui, en « réservant les droits de l'État », attaquait la chose jugée. Il fut voté par trois cent vingt voix. Le cabinet, qui se trouvait atteint, donna sa démission.
On apprit avec stupéfaction, le lendemain, que le président de la République se retirait aussi. Les motifs de cette retraite sont restés mystérieux. Les diverses explications qui ont été données ne paraissent pas suffisantes pour justifier cette détermination. Si elles ne peuvent être qu'honorables pour Casimir-Périer, — et personne n'en doute, — elles prouvent combien est dangereuse, pour la prospérité et la sécurité de l'État, l'instabilité qui résulte de la domination exclusive du réeime parlementaire.
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