‹ Un demi-siècle de notre histoire, 1848-1900Chapitre 115 sur 132 · EMILE LOUBET · texte numérisé non relu

EMILE LOUBET

n'a rien conservé des vieilles et chevaleresques traditions du pays. Le 16 février 1899, mourait subitement le président de la République Félix Faure. Cette mort donna lieu à des suppositions de toute sorte. Il paraît cependant qu'elle fut naturelle. Le Congrès, réuni le 18 à Versailles, lui donna pour successeur, par quatre cent quatre-vingt-trois voix, Emile Loubet. Méline, qui n'avait pas brigué les suffrages du Congrès, eut une minorité imposante, dont les membres n'avaient pas perdu le souvenir du Panama.

Le 23, à la suite des obsèques de Félix Faure, Déroulède essaya d'entraîner vers l'Elysée les régiments que commandait le général Roget. Il n'y parvint pas, grâce à l'attitude du général, et se trouva compromis

LE CAPITAIXE MARCHAND.

avec Marcel Habert pour provocation à la révolte. Cette tentative faite par un député populaire, mais qui obéissait à un élan spontané de patriotisme contre une élection qu'il considérait comme préjudiciable aux intérêts de la France, plutôt qu'à une résolution réfléchie et concertée, détermina la dissolution légale de la ligue des Patriotes et de celles qui

avaient été formées à son imitation, non pour renverser la République, mais pour lui donner une autre base, une autre direction et un autre chef.

Au mois de juin, aux courses d'Auteuil, se produisirent des manifestations contre le Président de la République. Accueilli à son arrivée par des cris hostiles, il reçut, sur son chapeau, un coup de canne porté par un homme que ses habitudes de vie et ses relations du monde n'auraient pu faire croire capable de se livrer à un acte, inoffensif sans doute, mais, à la fois, insultant et ridicule. Il le paya par une condamnation à quatre ans de détention.

Cet incident fut suivi de manifestations plus graves et de violences plus coupables. La police les réprima un peu tard, .soit parce qu'elle était occupée à protéger le Président, soit parce que des ordres avaient tempéré son zèle, mais encore trop énergiquement au gré des groupes avancés de la Chambre. Le cabinet fut interpellé à ce sujet, et on lui attribua la responsabilité d'une répression que les honnêtes gens avaient trouvée molle et insuffisante. Trois cent vingt-et-une voix se prononcèrent contre lui, et cent soixante-treize seulement le soutinrent. Il donna sa démission.

Sol.

Page 1