‹ Un demi-siècle de notre histoire, 1848-1900Chapitre 118 sur 132 · Réflexions sur '.a RévoÏHtion française, 1790, Londres · texte numérisé non relu

Réflexions sur '.a RévoÏHtion française, 1790, Londres

La maçonnerie anglaise avait des complices inconscients dans cette société imprévoyante et futile qui, même à la cour de Louis XVI, s'était affiliée aux loges pour obéir à la mode, et qui, sans se douter de leurs desseins, subissait et propageait leur influence. Les femmes ellesmêmes aidèrent à cette œuvre de destruction, et leur participation à des cérémonies et à des fêtes qui attiraient par une nouveauté étrange, et par cela même puissante, ne contribua pas peu à faire méconnaître le danger qu'elles dissimulaient. La secte cheminait à l'abri de ces aveugles complicités.

La maçonnerie a-t-elle été étrangère aux coalitions qui, de 1792 à 1814, presque sans interruption, nous ont entraînés sur tous les champs de bataille de l'Europe ? On n'en a pas la preuve, mais il n'est pas permis d'oublier que c'est l'Angleterre qui les a toutes nouées, et qu'elle s'est toujours et partout servie des mêmes moyens. Elle avait aidé au renversement de l'ancien ordre des choses, son intérêt l'obligeait à empêcher la reconstitution d'une société nouvelle fondée sur les mêmes principes, et c'est ce qui explique son obstination dans la lutte, aussi bien sous l'Empire que sous la République, et les combinaisons diverses par lesquelles elle s'efforça de repousser, en 18 14, la famille royale de France, rappelée après d'affreux malheurs par le sentiment national.

La franc-maçonnerie est une vaste association cosmopolite, dont l'action n'est bornée ni par le temps, ni par les lieux. Les degrés par lesquels sont désignés ses membres établissent entre eux une hiérarchie, et indiquent jusqu'où va leur initiation dans la connaissance des desseins secrets et des moyens employés pour les réaliser. C'est aux plus avancés seulement, — et ils sont en petit nombre — qu'il est donné de recevoir la pleine lumière,, et de connaître, avec le but suprême poursuivi, la tactique adoptée. Quelques hommes, dans chaque pays, donnent l'impulsion politique et religieuse, que reçoivent et que transmettent docilement les adeptes, instruments dociles et aveugles. Est-il étonnant, dès lors, que les mêmes nouvelles soient propagées, en même temps, dans les contrées les plus éloignées, que les mêmes mouvements d'opinion soient artificiellement provoqués, que les mêmes haines se manifestent, que les mêmes doctrines soient enseignées, et que les hommes qui paraissent les plus étrangers les uns aux autres, expriment les mêmes volontés et travaillent, avec une égale obstination, à la même œuvre ?

On a remarqué que c'est dans les pays catholiques surtout que les idées révolutionnaires, et les mouvements politiques qui en sont la suite, se

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produisent le plus fréquemment et avec le plus d'intensité. 11 ne peut en être autrement. Les pays protestants sont destinés, par l'absence de toute autorité dans leurs croyances, à voir diminuer les vérités qu'ils tiennent de leur origine. Ils doivent donc arriver fatalement, plus tôt ou plus tard, à ne croire et à ne pratiquer que ce qu'acceptera la raison individuelle. Dès lors, ils seront, sans lutte, à la merci de la Révolution, et ils la serviront.

La secte n'a aucun intérêt à hâter le moment où, d'eux-mêmes, ils repousseront absolument le surnaturel, et nieront les droits de Dieu pour affirmer uniquement les droits de l'homme. Ils seront mûrs pour la décadence, et ils deviendront les apôtres de la puissance mystérieuse à laquelle ils auront été livrés sans défense.

Le travail est plus difficile et le résultat moins certain dans les pays catholiques. Si la foi est ferme et éclairée, si l'obéissance à l'autorité légitime est absolue, le principe de la Révolution, qui est la révolte contre Dieu, rencontrera une opposition résolue.

Les moins religieux eux-mêmes résisteront, parce qu'ils ne voudront pas renier la vieille foi de leur pays. Cette résistance, un peu molle et indécise chez quelques-uns, plus ferme et plus active chez d'autres, ne peut qu'irriter la secte, et voilà pourquoi elle fait aux uns et aux autres une guerre sans merci.

Elle a vu l'Eglise, à travers les siècles, renverser les obstacles qui s'opposaient à son expansion, et triompher de toutes les forces qui prétendaient l'anéantir. L'hérésie a été impuissante contre elle, malgré ses subtilités et l'appui qu'elle a trouvé dans les pouvoirs publics. La persécution la plus acharnée et la plus tenace est tombée vaincue devant un héroïsme qu'elle ne comprenait pas. Les martyrs ont de tout temps triomphé dans les supplices et dans la mort. Ni l'ambition des princes, ni la barbarie des peuples, ni la corruption de fausses civilisations, ni les fougueuses prédications des prêtres apostats, ni la lutte violente de la liberté contre l'autorité, n'ont pu l'atteindre dans ses enseignements, son organisation, sa hiérarchie et ses bienfaits. Il semble qu'il y ait en elle une force qui ne vient pas de l'homme. La secte s'en aperçoit, s'en irrite, fait des plans, réunit des forces, et finit par croire, dans sa haine orgueilleuse, que ce qui a été impossible à d'autres sera, grâce aux complicités et aux concours qui lui sont assurés, réalisé par elle.

Voilà pourquoi l'attaque doit être incessante. Il faut qu'elle porte sur tous les points, qu'elle soit renouvelée à tout propos, qu'elle prenne toutes

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les formes, qu'elle soit ouverte ou cachée, qu'elle diminue les vérités quand elle ne pourra les nier, qu'elle discrédite les usages, qu'elle rompe les traditions et que, par un mouvement violent ou une lente désagrégation, elle lasse la patience, énerve les courages, étouffe les consciences, afin de détruire brusquement, ou peu à peu, ce que les siècles ont fait.

Telle est l'œuvre que la Révolution tente d'accomplir dans notre patrie. Elle y met de la lenteur, de l'activité, de l'hypocrisie et de l'audace. Rien ne la détourne de son but, et elle épuise pourl'atteindre tous les moyens. C'est le spectacle dont nous sommes témoins depuis plus d'un siècle, et les ruines accumulées font craindre une destruction complète, si les efforts réunis de tous les catholiques ne soutiennent l'édifice social et religieux.

On a pu croire, pendant longtemps, que la franc -maçonnerie était plus ridicule que dangereuse. On ne la voyait qu'à la surface, et son langage singulier, les ornements de ses membres, les épreuves auxquelles ils étaient soumis, ne permettaient pas de soupçonner son but réel. L'erreur ou l'illusion n'est plus possible aujourd'hui. Enhardis par le succès, convaincus que leur triomphe est assuré, les maçons ont jeté le masque. Ils disent tout haut ce qui n'était révélé qu'aux initiés privilégiés, et ils tracent hardiment le programme que doivent exécuter les hommes politiques inféodés à la secte. Il n'est pas une loi persécutrice, il n'est pas une mesure attentatoire à la liberté des catholiques et à l'existence de leurs œuvres, qui n'ait été préparée, annoncée, commandée dans les loges, et on a pu dire avec vérité que nous sommes, non en République, mais en franc-maçonnerie.

En 1866, le Congrès des étudiants de Bruxelles définissait la Révolution : « Le triomphe du travail sur le capital, de l'ouvrier sur le parasite, de l'homme sur Dieu. »

Un adepte des loges appelait la franc-maçonnerie « l'Eglise de la Révolution ».

Le 25 février 1884, le frère Fleury disait : « Il faut briser Église et les religions. Plus de Dieu et plus d'églises. Arrière, Crucifié qui, depuis dix-huit siècles, et grâce à la connivence du pouvoir, tiens le monde courbé sous son joug ! Ton règne est fini, laisse la place à l'avenir, dont la science est le lumineux flambeau. »

Et dans la même tenue le frère Masson ajoutait : « Il faut que, dans ces édifices élevés de toutes parts, depuis des siècles, aux superstitions religieuses et aux suprématies sacerdotales, la franc-maçonnerie soit

appelée à. prêcher ses doctrines, et que ce soient les maillets, les batteries et les acclamations maçonniques qui fassent retentir les larges voûtes et les vastes piliers, au lieu des psalmodies cléricales qui y résonnent encore. »

Un des chefs de la secte disait, le 27 mai 1885, au Congrès maçonnique de Nantes : « Pas une œuvre ne doit échapper à la direction maçonnique. Il faut que nous ayons voix à tous les conseils, que le. code maçonnique triomphe sur le catéchisme, que la solidarité maçonnique remplace la charité chrétienne, que le temple maçonnique remplace l'église, et que la société civile remplace la société religieuse. »

Le stage scolaire, la spoliation des congrégations, l'exclusion des catholiques de tous les secours de la bienfaisance officielle, le refus de toute fonction à ceux qui ont conservé leur antique foi, la dénonciation du concordat, toutes les mesures de persécution, font partie du programme tracé par les loges avec une audace et une confiance incomparables. Et les hommes politiques leur ont fidèlement obéi !

En 1898, le Grand-Orient a expédié aux loges et aux instituteurs une carte de l'augmentation des biens immobiliers connus des contrégâtions religieuses depuis 1882. La notice qui l'accompagne dit que, après l'application des décrets du 29 mars, les immeubles occupés par les congrégations sont montés de 800 millions à deux milliards, « en ne comptant que les biens connus, car si on faisait le compte de tout ce que détiennent les congrégations, on arriverait à dix milliards

» Si l'Etat recouvrait cette fortune, dont il est le propriétaire légitime et unique, il y aurait de quoi payer la moitié du budget de la guerre, diminuer les impôts de 300 millions par an, assurer aux instituteurs le traitement de 1.800 francs que réclame pour eux le parti républicain, et encore, élever les enfants privés de famille et constituer la caisse des invalides du travail. »

Ce que le Grand-Orient a dit, les hommes politiques l'ont répété, et la spoliation indiquée, avec l'attrait de ces chiffres mensongers, est ' fidèlement poursuivie. Il s'est bien gardé de dire que certains Juifs possèdent une grande partie de la fortune territoriale de la France, et que leur fortune mobilière est plus considérable encore. Il ne propose pas de mettre leurs biens à la disposition de l'Etat, et il a raison, car Ce serait un vol. Mais la chose change-t-elle de nom parce qu'il s'agit des congrégations .'*

L'Autriche, l'Italie, l'Espagne, le Portugal ne sont pas moins tra-

Canet.

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vailles par la secte que la France. Au convent de 1900, le frère Delput recevait le grand-maître du Grand-Orient espagnol, le frère Morayta, qui répondit à son discours. « J'espère que la République espagnole pourra bientôt saluer la République française. Vous serez la mère et nous la fille. Je crois en la durée de la République française parce que, si elle est la forme du gouvernement, c'est la maçonnerie qui en constitue le fond. »

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