LE MARÉCHAL PÉLISSIER, DUC DE MALAKOIF
rent plus de cinquante personnes. L'empereur et l'impératrice n'assistèrent pas moins à la représentation, et, en se retirant à minuit, ils trouvèrent les boulevards illuminés. C'était moins un acte de dévouement personnel, qu'une éclatante protestation contre un crime qui avait fait tant de
victimes. Mais la popularité de l'empereur et de l'impératrice s'en accrut.
Les auteurs de cet attentat, quatre Italiens, Pieri, de Rudio, Gomez et Orsini, furent arrêtés presque immédiatement. Après une rapide et minutieuse instruction, qui eut pour but, moins d'établir leur culpabilité, qui était certaine, que de rechercher et de découvrir leurs complices, ils comparurent, le 25 février, devant les assises de la Seine. Une lettre d'Orsini, adressée à l'empereur, et lue à l'audience par Jules Favre, son défenseur, exposait la cause de l'attentat et renfermait une menace qui fut trop écoutée : € Que Votre Majesté se rappelle, disait Orsini, que tant que l'Italie ne sera pas indépendante, la tranquillité de l'Europe et celle de Votre Majesté ne seront qu'une chimère. » La peine des parricides fut prononcée contre Orsini, de Rudio et Pieri. Gomez fut condamné aux travaux forcés à perpétuité. La peine de Rudio fut commuée. Orsini et Pieri furent exécutés le 13 mars. Dans une nouvelle lettre à l'empereur, Orsini avait dit : « L'autorisation "donnée par Votre Majesté Impériale à l'impression de ma lettre du i i février, est une preuve de sa générosité. Elle me montre que les vœux qui y sont exprimés en faveur de ma patrie, trouvent un écho dans son cœur. Les sentiments de sympathie de Votre Majesté ne sont pas pour moi un mince réconfort au moment de mourir. » On a vu rarement des rapports de cette nature entre un assassin et celui qu'il avait voulu frapper. Ce qui serait plus étrange encore, ce serait que l'empereur, d'après des renseignements qui ne furent pas démentis, aurait eu avec Orsini une entrevue dans sa prison.