‹ Un demi-siècle de notre histoire, 1848-1900Chapitre 23 sur 132 · IV.— LA POLITIQUE INTÉRIEURE DE 1858 à · texte numérisé non relu

IV.— LA POLITIQUE INTÉRIEURE DE 1858 à

LA session de 1858 fut solennellement ouverte aux Tuileries le 18 janvier. L'empereur parla dans son discours des grands travaux publics, de l'inauguration du Louvre, de la soumission de la Kabylie, de l'enseignement, de la médaille de Sainte-Hélène, du camp de Châlons, de l'expédition de Chine, de la réorganisation du Collège de France, de

Cancu

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ses relations avec les alliés anciens et nouveaux ; il se plaignit des dernières élections, dans lesquelles on avait vu, malgré leur résultat satisfaisant, «quelques hommes, s'avouant hautement ennemis des institutions nationales, tromper les électeurs par de fausses promesses, et, après avoir brigué leurs suffrages, les rejeter ensuite avec dédain. »

Cette plainte parut peu convenable, et on la trouva injuste.On n'avait pas la liberté de le dire. On la rapprocha du langage tenu par Charles X à la veille de sa chute, et par Louis- Philippe dans le discours du trône qui précéda les journées de Février.

La presse tout entière avait énergiquement flétri la tentative d'Orsini. Il y eut des nuances dans la formule de réprobation. Il paraît que la Revue de Paris et le Spectateur ne s'élevèrent pas à la hauteur voulue. On le leur fit bien voir, et on les supprima. En même temps, le Moniteur réclama des poursuites contre deux journaux belges qui avaient justifié l'assassinat.

Le i^"^ février, un décret, complétant le sénatus-consulte relatif à la régence, déclara que l'impératrice pourrait en exercer les fonctions dès l'avènement de son fils mineur. On évitait ainsi toute interruption dans l'exercice du pouvoir, si la mort de l'empereur survenait inopinément. Le même jour, fut constitué un conseil privé qui devait, en cette circonstance, former avec deux princes français le conseil de régence.

Des mesures de rigueur parurent nécessaires après la tentative criminelle d'Orsini, aui avait profondément ému tout le monde officiel.

Le général Espinasse fut nommé ministre de l'intérieur et de la sûreté générale. En rattachant au ministère ces fonctions importantes et délicates, l'empereur fit pressentir d'autres mesures. Les préfets reçurent des instructions étendant leurs droits et donnant une direction à leur surveillance ; le Corps législatif vota la loi de sûreté générale, qui permettait de se débarrasser des hommes dont les intentions étaient criminelles, mais qui pouvait aussi, dans un moment d'effervescence et d'affolement politique, ou à la suite de dénonciations intéressées, atteindre les personnes les plus paisibles et les plus honorables. On le vit dès les jours suivants, et ceux qui, par principe, sont les adversaires des lois de circonstance, purent constater ce qu'elles produisent. Des arrestations furent faites à Paris et dans les départements, selon « une règle numérique 1). Chaque préfet reçut l'ordre d'arrêter un nombre déterminé de personnes. Il avait le choix, mais le mandat était formel, et le chiffre fixé. Les arrestations s'élevèrent en moyenne à six par département. A

distance, on n'ose pas croire à une pareille iniquité. On expédiait immédiatement à Cayenne sur une dénonciation anonyme, sur un soupçon, d'après les vagues indications de l'opinion publique ; et comme l'administration ne doit jamais se trompçr, on ne revenait pas sur les décisions. Après le coup d'État, tout était à la merci de l'autorité. C'était un abus de la force, et aucune loi ne le sanctionnait. Des administrateurs sans scrupule pouvaient porter, pour des motifs autres que celui de l'intérêt général, le désordre et le désespoir dans une famille. Il n'y avait contre eux aucun recours, et, en supposant qu'il fût possible de leur signaler Terreur qu'ils avaient commise, on ne pouvait espérer une réparation qui aurait été un démenti donné à l'infaillibilité des agents du pouvoir.

Les généraux Changarnier et Bedeau furent autorisés à rentrer. C'était un contre-poids aux mesures arbitraires édictées. Leur loyauté les rendait inoffensifs pour celui qui les avait proscrits, et il se donnait l'apparence de la générosité.

Le 8 février, un sénatus-consulte avait déclaré inéligible quiconque, huit jours avant l'élection, n'aurait pas déposé au secrétariat de la préfecture du département où il se présentait, un écrit signé de lui et contenant le serment « d'obéissance à la constitution et de fidélité à l'empereur. » Ceux qui aspiraient à remplacer au Corps législatif les deux membres qui avaient refusé de prêter serment, durent se soumettre à cette exigence nouvelle. Ernest Picard et Jules Favre furent nommés. L'opposition républicaine comptait dans le Corps législatif cinq membres : Darimon, Jules Favre, Hénon, Emile Ollivier et Ernest Picard. Numériquement, c'était peu, mais ces cinq députés avaient l'intelligence de leur situation, et leur action ne fut pas inutile.

Paris était devenu un immense chantier. Partout s'élevaient des constructions, s'ouvraient de larges voies, s'étendaient des squares, et la vieille ville, sombre, entassée, tortueuse, disparaissait. L'air et la lumière y circulaient. La cavalerie et l'artillerie pouvaient les parcourir et les balayer. L'empereur inaugura solennellement le boulevard de Sébastopol. L'Etat avait aidé la ville ; il intervenait pour soixante-seize millions dans cette transformation, qui embellissait la capitale et rendait, sinon impossibles, du moins plus difficiles, les insurrections qui l'avaient si souvent ensanglantée.

Une loi avait substitué l'exonération par l'État, au remplacement direct par l'initiative privée, ou des compagnies. Une autre loi supprima

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le droit d'échange de numéro entre les conscrits d'un même canton. Le budget, qui grossissait d'année en année, était de moins en moins contrôlé. L'examen des dépenses eût paru un acte de défiance envers le gouvernement. Il fut voté, en cinq jours, à l'unanimité moins trois voix. On était habitué à cette presque unanimité, qui montrait dans le Corps législatif le désir de plaire, plutôt que la volonté de contrôler, d'une manière sérieuse, les finances de l'Etat.

L'article 259 du Code pénal, punissant d'un emprisonnement de six mois à deux ans, et d'une amende de cinq cents francs à mille francs, quiconque se serait attribué sans droit un titre de noblesse, n'eut qu'un effet fiscal, et n'avait peut-être pas d'autre but. Le conseil du sceau des titres travailla bien plutôt à augmenter les ressources du budget, qu'à vérifier l'exactitude des généalogies. Sans doute, les titres étaient fort bien accueillis à la cour et dans les salons, mais on se gardait bien d'y regarder de trop près. On aurait eu trop à faire, et on aurait risqué de dépouiller ceux dont le commerce était agréable, ou la fréquentation productive.

Le 15 juin, le général Espinasse fut remplacé au ministère de l'intérieur par Delangle, premier président de la Cour impériale ; c'était une détente. Une autre nomination montra que l'empereur ne voulait pas que les honnêtes gens se réjouissent trop. Quelques jours après, le prince Napoléon devint ministre de l'Algérie.

L'empereur avait-il voulu lui donner l'occasion de manifester ses capacités, ou le compromettre ? L'opinion publique, qui ne lui était pas favorable et qui avait ses raisons, vit avec peine en de pareilles mains les destinées de notre belle colonie.

Pendant son séjour à Plombières, Napoléon reçut la visite du comte de Cavour, ministre des affaires étrangères de Sardaigne. Il y eut entre eux de longues conférences, dont on soupçonnait l'objet, sans pouvoir en mesurer la portée, et bientôt des indiscrétions, probablement calculées, apprirent que l'Italie allait changer de face. On préparait l'opinion, mais rien ne pouvait justifier l'imprudent et inique projet élaboré, et ceux qui manifestèrent alors leurs craintes n'eurent que trop raison.

Dans les derniers jours de juillet, l'empereur inaugura le nouveau bassin de Cherbourg ; le port, dont l'importance ne fut comprise que dans la dernière partie du règne de Louis XIV, avait été, de la part de Louis XVI, l'objet de travaux personnels. Napoléon les avait continués et étendus. Son neveu tenait à honneur de les achever, et l'intérêt de

notre marine l'exigeait. L'Angleterre affecta de ne pas s'en inquiéter, malgré les avantages que la France pourrait en retirer pendant une guerre maritime. La reine Victoria prit part aux fêtes célébrées à cette occasion. La politique a ses exigences, et le meilleur moyen de prouver que l'on ne redoute rien, c'est de montrer, quand on croit avoir le droit de se plaindre, une satisfaction spontanée.

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