MONTALEMBERT
Le voyage de l'empereur et de l'impératrice en Normandie et en Bretagne eut un caractère triomphal. Il avait été, comme tous les autres, bien préparé, et rien de ce qui pouvait en assurer le succès n'avait été négligé. Les masses n avaient qu'à obéir à l'impulsion qui leur était donnée. Elles y trouvaient leur satisfaction. Les discours, les acclamations, la prose, les vers, les particuliers, les corps, tous tenaient le même langage,
70 GHAPITRK DEUXIEMK.
témoignaient de la même admiration et promettaient le même dévouement.
Montalembert, dont le gouvernement avait combattu avec succès l'élection, fut traduit devant le tribunal correctionnel pour un article publié dans la Correspondance du 25 octobre sous ce titre : <L Un débat sur l'Inde au Parlement anglais. » Il était prévenu d'avoir contrevenu aux lois sur la presse de 1848 et de 1849. Défendu par Berryer, il fut condamné à six mois d'emprisonnement et à trois .mille francs d'amende. Le gérant, qu'avait assisté Dufaure.eut un mois de prison et mille francs d'amende. Le bruit s'étant répandu que sur l'intervention de Mgr Morlot, archevêque de Paris, l'empereur avait gracié le condamné, Montalembert écrivit pour protester. Mgr Morlot n'était pas intervenu, mais l'empereur trouva piquant de faire de Montalembert un obligé malgré lui. Le Moniteur publia le 2 décembre la note suivante : « L'Empereur, à l'occasion du 2 décembre, fait grâce à M. le Comte de Montalembert de la peine prononcée contre lui. » Montalembert écrivit au Moniteur qu'il avait relevé appel de la condamnation du 24 novembre, et qu' « aucun pouvoir n'avait eu jusqu'alors, en France, le droit de faire remise d'une peine qui n'était pas définitive. » L'affaire fut portée en appel et la condamnation atténuée. L'empereur n'en imposa pas moins sa clémence.
Le Chapitre de Saint-Denis fut rétabli par une bulle, et l'État assura une allocation convenable à ceux qui devaient le composer. L'institution canonique fut donnée, en qualité de primicier, au cardinal Morlot. Il se composait de chanoines-évêques et de chanoines de second ordre.
Le i^"" janvier 1859, l'empereur, à la réception du Corps diplomatique aux Tuileries, dit au baron de Hubner, ambassadeur d'Autriche, qu'il regrettait que ses relations avec l'empereur d'Autriche ne fussent pas aussi cordiales que par le passé. On n'était pas habitué à pareil langage le jour où, à défaut d'affection, on montre de la courtoisie. Il y eut un mouvement universel de crainte, et en rapprochant ces paroles des entretiens de Plombières, personne ne douta de l'intervention de la France en Italie.
Le 22 janvier, le maréchal Niel demanda à Victor-Emmanuel la main de la princesse Clotilde pour le prince Napoléon. La négociation avait -été laborieuse, et la résistance du descendant des ducs de Savoie fort longue, mais l'ambition parlait et il l'écouta. Le contrat fut signé le 29,
et le 3 février, les nouveaux époux s'installaient au Palais-Royal. Cette alliance de famille en révélait une autre. Elle était une des conditions du pacte secrètement conclu à Plombières, et qui autorisait les vues ambitieuses et révolutionnaires du Piémont, en lui assurant le concours armé de la France.
fc
-Sn? .9^ :> 5^0^ P r^>9