V. — LA POLITIQUE INTÉRIEURE DE 1859 A
LA session du Sénat et du Corps législatif fut ouverte par l'empereur, ^ au Louvre, le 7 février 1859. Il se plaignit de voir l'opinion trop facilement émue, et la politique de paix et de modération méconnue. Il reconnut qu'il y avait eu, entre la France et l'Autriche, des divergences de vues, prétendit que la situation de l'Italie était anormale, se félicita de son union plus intime avec le Piémont, et finit par émettre l'espoir que la paix ne serait pas troublée. Le Corps législatif, la presse ministérielle, le Moniteur, fidèles à la même politique sans sincérité, insistèrent sur ces perspectives pacifiques, et ne négligèrent rien pour rassurer le pays; mais les signes d'une guerre prochaine n'échappaient à personne. Le Piémont s'attachait, d'ailleurs, à dire ce que l'on cachait à la France, et à faire connaître ce qui avait été résolu entre l'empereur et Cavour. Des négociations engagées à Paris, dans l'intérêt de la paix, entre les plénipotentiaires de France, d'Autriche, d'Angleterre, de Russie, de Turquie et de Prusse, réunis pour s'occuper de l'organisation des principautés danubiennes, n'aboutirent pas. La bonne volonté de plusieurs de ces cours fut impuissante en présence des résolutions combinées de la France et du Piémont, auxquelles s'associait, avec sa duplicité ordinaire, la politique anglaise.
Le plan concerté à Plombières s'exécutait, le Piémont faisait des armements considérables et provoquait l'Autriche, qui, poussée à bout, adressa un ultimatum à Turin, et pénétra sur le territoire sarde. C'est ce qu'on avait prévu et voulu. L'Autriche s'était mise ainsi elle-même en état de guerre avec la France.
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Le contingent de cent quarante mille hommes et un emprunt de cinq cents millions furent votés par le Corps législatif. La guerre fut vivement critiquée par les catholiques, qui en redoutaient avec raison les conséquences pour le Saint-Siège. Jules Favre, qui n'obéissait pas aux mêmes inspirations, et dont les motifs étaient purement politiques, condamna cette politique par de sages considérations. Mais l'empereur avait résolu la guerre, et les députés ne croyaient pas pouvoir être d'un autre avis. Leur mission paraissait, surtout à ceux qui devaient leur élection à la recommandation officielle — et c'était le grand nombre — devoir se borner à homologuer les volontés impériales'.
Pendant que la question se décidait sur les champs de bataille de l'Italie, le Corps législatif approuva les conventions passées avec les grandes compagnies de chemin de fer par l'Etat, qui leur accordait une garantie d'intérêt de 4 fr. 65 pour les embranchements secondaires. Quelques-uns de ces embranchements répondaient à un besoin et devaient être productifs ; mais combien d'autres n'avaient qu'un intérêt électoral ! C'est la monnaie avec laquelle, depuis lors, on s'est si souvent assuré la docilité, au scrutin, des populations intéressées. Cet exemple du Corps législatif a eu depuis des imitateurs qui ont dépassé leurs modèles.
Le Corps législatif vota le budget, qui dépassait dix-huit cents millions, et l'extension des limites de Paris. Les deux assemblées allèrent ensuite porter à l'impératrice régente, pendant que l'empereur était en Italie, des protestations de dévouement pour la dynastie impériale.
De retour à Saint-Cloud après une rapide et brillante campagne, où il avait vainement cherché à se montrer habile stratégiste, l'empereur y reçut les félicitations des grands corps de l'État. Le président du Corps législatif, Morny, sortit de la banalité des harangues ordinaires, et après avoir célébré les victoires remportées, il loua l'empereur de s'être arrêté au point où s'arrêtaient les intérêts de la France. Une médaille fut accordée à tous ceux qui avaient pris part à l'expédition, et lorsque, le 14 août, l'armée rentra à Paris, elle reçut un accueil universellement chaleureux.
La France n'a jamais marchandé son enthousiasme à la valeur, lors même qu'elle ne pouvait approuver, comme en cette circonstance, la cause que l'armée avait eu à défendre et à faire triompher.
Le 16 août, l'empereur accorda une amnistie pleine et entière « à tous les individus condamnés pour crimes ou délits politiques, ou qui avaient
été l'objet de mesures de sûreté générale ». C'était une réparation tardive pour des actes arbitraires justement blâmés, et dont le pouvoir était forcé de reconnaître l'iniquité. Les avertissements donnés aux journaux furent considérés comme non avenus. C'était peut-être avouer qu'il eût été difficile de les justifier. L'amnistie fut favorablement accueillie par l'opinion