‹ Un demi-siècle de notre histoire, 1848-1900Chapitre 32 sur 132 · IL - DE 1862 A · texte numérisé non relu

IL - DE 1862 A

LA session de 1862 fut ouverte le 27 janvier. Tout allait bien, disait l'empereur. La visite des souverains étrangers avait resserré les liens d'amitié et consolidé la paix. Il éloignait toute crainte pour l'état financier, mieux organisé et plus prospère que jamais, énumérait les réformes accomplies, se félicitait des progrès réalisés sous l'inspiration d'un pouvoir vigilant et fort, rappelait les prérogatives dont il s'était volontairement dépouillé, et ajoutait : « Nous ne serions en lutte avec personne si, au Mexique, les procédés d'un gouvernement sans scrupule ne nous avaient obbligé de nous réunir à l'Espagne et à l'Angleterre, poiir protéger nos nationaux et réprimer des attaques contre l'humanité et le droit des gens. »

Cette démonstration collective prit bientôt un autre caractère et devint une guerre dont le poids retomba tout entier sur la France. L'Espagne et l'Angleterre, après une convention qui leur donnait satisfaction, se retirèrent. La France, qui poursuivait un autre but, resta au Mexique, €t cette démonstration, qui n'avait demandé que quelques vaisseaux et un petit nombre de troupes de débarquement, devint une expédition qui

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dura deux ans, vida nos arsenaux, engloutit nos finances, nous coûta beaucoup de sang et affaiblit notre prestige.

La discussion de l'adresse amena au Sénat l'intervention, au nom des intérêts religieux, de Ségur-d'Aguesseau, de La Rochejaquelein et de Leverrier, à qui Baroche répondit en glorifiant les principes de 1789. C'était un argument toujours à la disposition des ministres pour combattre les catholiques et conquérir la bienveillance des indifférents, des libéraux et des révolutionnaires. Le prince Napoléon fit des déclarations que le Moniteur trouva compromettantes, et atténua : i. La Révolution, répondit-il à une interruption, oui, je la défends et je m'en glorifie. Nous sommes des révolutionnaires, des révolutionnaires honnêtes. » Il lui était réservé de rapprocher des termes si nettement opposés.

La Société de Saint- Vincent de Paul, fondée en 1833 par des jeunes gens qui avaient voulu mettre leur foi et leurs mœurs sous la protection de la charité, s'était rapidement répandue en France et en Europe. Elle se composait de chrétiens dévoués, dont les amis du gouvernement ne formaient pas la majorité. Aussi, devint-elle suspecte. Peut-être ne fut-elle attaquée que pour fournir au gouvernement l'occasion de mettre la main sur une autre société dont l'inspiration et le but n'étaient ni aussi désintéressés ni aussi purs. L'injustice n'en était pas moins flagrante.

La question fut portée au Sénat, et la Société, qui ne demandait qu'à faire obscurément le bien, y fut défendue par Amédée Thayer, les cardinaux Morlot, Mathieu et Donnet. Une circulaire ministérielle, après avoir dénoncé le péril qu'elle faisait courir à l'Empire, avait voulu la soumettre à un régime qui lui enlevait sa liberté, c'est-à-dire le moyen de faire le bien. Comment aurait-elle pu se plaindre? En même temps qu'on lui imposait un chef, on donnait un grand-maître à la franc - maçonnerie. Le ministre ne paraissait pas se douter de ce qu'avait d'injurieux pour les catholiques une pareille assimilation. Il est vraisemblable qu'il connaissait aussi peu l'une de ces sociétés, que l'autre.

La question du Mexique, dont on signalait la gravité, et dont on indiquait les conséquences inévitables, ne provoqua aucun éclaircissement Le paragraphe relatif à Rome et à l'Italie donna lieu à des déclarations peu rassurantes pour ceux qui avaient souci des droits des princes et des conditions d'indépendance nécessaires au chef de l'Eglise. Le prince

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Napoléon demanda le retrait des troupes de Rome, « afin que les aspirations légitimes d'un peuple ne fussent pas plus longtemps comprimées. » L'adresse fut votée à l'unanimité moins six voix, parmi lesquelles on comptait celles des cardinaux et archevêques de Paris, de Besançon, et de Bordeaux ; mais si le gouvernement obtenait cette approbation, la France avait entendu des voix indépendantes.

Au Corps législatif, le vote de l'adresse fut précédé de l'adoption de lois relatives à la conversion facultative de la rente 4 1/2 et 4 °/o, et des obligations trentenaires en 3 °/o. La demande d'une dotation de cinquante mille francs en faveur du général Cousin-Montauban, commandant de l'expédition de Chine, fut mal accueillie. Le général sollicita immédiatement le retrait de la proposition. L'empereur, par une lettre insérée au Moniteur, s'y refusa. La situation devenait grave, et un conflit paraissait inévitable. Le gouvernement l'évita en déclarant qu'il y avait un «malentendu», et une récompense de six cent mille francs pour les services rendus fut substituée à la dotation annuelle. Le Corps législatif, un peu étonné d'une résistance à laquelle il n'était pas habitué, s'empressa d'accepter cette transaction.

La discussion de l'adresse amena l'examen de la question financière par Plichon, de l'indépendance italienne par Kœnigswaster, du pouvoir temporel du Pape par Kolb- Bernard, d'abus portant atteinte à la liberté par le marquis de Pierre, dont l'esprit alerte volait de sujet en sujet, les effleurant tous, mais inquiétant les ministres ; de la taxe du sel par Lafond de Saint-Mur, de la presse et des franchises municipales par Ernest Picard, de la pression administrative dans les élections par Anatole Lemercier, de l'occupation romaine par Jules Favre, des droits du Saint- Siège par Keller, du Mexique par Jules Favre, des traités de commerce par Pouyer-Quertier. Les critiques étaient plus ou moins vives, selon les orateurs, mais chez tous on trouvait, avec la satisfaction d'avoir conquis un peu de liberté, le désir de ne pas s'en tenir là. Les fautes signalées étaient réelles, mais il y aurait eu une grande naïveté à espérer que l'on s'empresserait de les réparer.

Billault défendit le gouvernement avec plus d'habileté que de sincérité. Le marquis de Pierre dit le dernier mot de ces longs et imposants débats, en exprimant la crainte que le régime impérial eût un jour plus besoin «d'amis courageux que d'admirateurs obséquieux ».

Le grand poète que la France avait longtemps admiré, le député qui sous Louis-Philippe avait prononcé des discours auxquels on reconnut la

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portée d'un événement, le membre du gouvernement provisoire qui maîtrisa par moments la Révolution menaçante, Lamartine, était dans une situation de fortune très difficile. Une pétition inspirée parle désir de ne pas laisser dans le besoin celui qui avait rendu de si éminents services,

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