‹ Un demi-siècle de notre histoire, 1848-1900Chapitre 33 sur 132 · LE CARDINAL MATHIEU · texte numérisé non relu

LE CARDINAL MATHIEU

sollicitait de la munificence nationale un secours pour le soustraire à ses embarras financiers.

La Rochejaquelein, rapporteur, consulta le grand poète sur la réponse à faire à cette demande. Lamartine refusa de consentir « à être l'oblieé d'un gouvernement qu'il ne servait pas», et dut à la générosité de l'empereur un secours, honorable pour tous les deux. Ainsi purent être

adoucies ses dernières années. La ville de Paris se montra jalouse d'accomplir un acte de reconnaissance pour l'homme de 1848. Elle lui assura un asile indépendant et honorable, dans une de ses villas.

La discussion du budget de 1863 commença le 16 juin 1862. Elle donna lieu à la proposition de l'impôt sur le revenu, à des plaintes contre les préfets, à la demande d'économies devenues nécessaires, à une vive attaque contre l'expédition du Mexique. Il n'en fut pas moins voté. Les deux milliards étaient dépassés, mais on ne paraissait pas s'en préoccuper, tant on comptait sur la prospérité présente, et tant on avait foi en l'avenir.

L'empereur visita les départements de la Nièvre, du Puy-de-Dôme et du Cher. Il fit ducs Morny et Persigny, dont il récompensait une longue fidélité et d'éminents services.

Ces deux hommes avaient uni leur fortune à la sienne, et furent pour lui des amis fidèles et des conseillers indépendants. Le premier, que l'on croyait appartenir à la famille impériale et tenir de près à Napoléon III, pouvait être appelé «l'arbitre de l'élégance». Il avait de l'esprit, de la volonté, et le charme de sa personne lui assurait partout des succès qui ne l'étonnaient pas, tant il croyait y avoir droit. Sa fortune n'avait pas toujours été à la hauteur de son ambition, mais il ne connaissait pas le découragement, et il regardait comme assuré, que l'avenir le dédommagerait. Il fut l'âme du coup d'Etat, et sa résolution éclairée servit utilement l'acte dont il avait mesuré toutes les conséquences. Il fut habituellement écouté, et par sa bonne grâce et des procédés chevaleresques, il essaya plusieurs fois d'atténuer les mesures de rigueur qu'il jugeait nécessaires. Il montra, dans la présidence du Corps législatif, de solides qualités et l'à-propos qui tire des situations le meilleur parti, et en évite les inconvénients ou les dangers.

La fidélité à celui qu'il avait connu et aimé dans l'exil, est le caractère dominant du duc de Persigny. Profondément attaché à l'empereur comme il l'avait été au prince, il le servit avec une entière abnégation, et les distinctions qu'il reçut, comme les preuves d'amitié qui ne se démentirent jamais, furent la juste récompense d'un inviolable dévouement.

Les sévérités contre la presse continuaient au moment même où l'on prétendait en assurer la liberté, et les avertissements, que l'on ne ménageait pas, compromettaient l'existence des journaux les plus modérés. Victor de Laprade, pour une pièce de vers publiée dans Le Correspondant sous le titre de : Les Muses d' État, avait été enlevé à sa chaire de la faculté

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des lettres de Lyon. D'une satire mordante contre des écrivains dévoués au pouvoir, on avait fait un délit politique.

Vers la fin de 1862, Bismarck, investi de la présidence du conseil des ministres de la Prusse, quitta Paris, où depuis plusieurs années il représentait son pays. 11 avait vu la faiblesse véritable de l'Empire, sous l'apparence trompeuse de la grandeur et de la prospérité. Peut-être avait-il déjà conçu des projets que sa situation nouvelle lui permit de poursuivre et d'exécuter. Il ne fallait pas, en effet, être fort clairvoyant pour reconnaître le peu de solidité du dévouement dynastique, se rendre compte du désordre financier, et constater le progrès des idées démagogiques, auxquelles on fournissait un aliment en leur donnant en pâture les intérêts catholiques.

L'empereur montra cependant une satisfaction sans mesure à l'inauguration du boulevard du Prince-Eugène. Les sentiments démocratiques qu'il exprima avec une affectation particulière, ne purent qu'entretenir ou redoubler la défiance des esprits modérés. Ils ne lui gagnèrent pas le peuple de Paris auquel ils s'adressaient. On voyait trop l'intérêt qui les inspirait.

A l'ouverture de la session législative, le 12 janvier 1863, l'empereur parla peu du Mexique, dont il ne voulait pas laisser soupçonner la situation, se vanta d'avoir défendu l'indépendance de l'Italie sans pactiser avec la Révolution ni abandonner le Saint-Père, rappela qu'il n'y avait pas € de contrée si lointaine où une atteinte portée à l'honneur de la France demeurât impunie », s'étendit sur la situation intérieure, calme et prospère, reconnut qu'il y avait encore à perfectionner, et émit l'espoir que la nouvelle Chambre se composerait d'hommes préférant aux luttes stériles des délibérations sérieuses.

Dans la discussion de l'adresse au Sénat, le baron Dupin loua tout dans l'état actuel des choses, excepté la politique religieuse. Thouvenel attribua les difficultés dont il se plaignait, et qui troublaient les catholiques, à la résistance de Pie IX. qui n'avait pas obéi aux inspirations de l'empereur, ni suivi ses conseils. La mise en œuvre des idées libérales aurait tout sauvé. Si la situation inspirait des craintes, ce n'était donc pas à l'empereur qu'il fallait s'en prendre. Il déclara que l'unité de l'Italie étant un fait désormais accompli : € l'empereur regretterait profondément de la voir troublée. » Le général Gémeau et La Rochejaquelein attaquèrent la Révolution italienne, qui violait les droits les plus sacrés et faisait naître les plus tristes appréhensions. BiJlault ayant affirmé que

l'empereur attendait un moment favorable pour une conciliation, qu'il avait toujours désirée et qui n'était pas impossible, l'adresse fut votée à l'unanimité, moins la voix du prince Napoléon, chez qui aucune considération ne pouvait balancer les haines religieuses.

Au Corps législatif, Plichon montra dans le gouvernement un double

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