‹ Un demi-siècle de notre histoire, 1848-1900Chapitre 37 sur 132 · IV. — DE 1866 A · texte numérisé non relu

IV. — DE 1866 A

CEPENDANT, lorsque l'empereur ouvrit la session, le 22 janvier 1866, il voyait la gloire et la paix au dehors, la prospérité et le progrès au dedans. Ce qu'il refusait à la liberté, il voulait le donner à l'amélioration du sort matériel et moral du peuple. C'est par la manifestation de cette sollicitude qu'il avait longtemps donné le change, et adouci, sinon éteint, une violente hostilité. Les temps n'étaient plus les mêmes. Les ennemis avaient plus d'audace et les amis moins de confiance. Il semblait que l'Empire eût lassé la fortune, à force d'abuser des avantages de toute sorte qu'elle lui offrait. On commençait à croire qu'il pouvait avoir le sort des gouvernements précédents.

L'opposition se manifestait même parmi les plus dévoués au régime impérial, et l'empereur se flattait vainement de l'empêcher de devenir

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dariCTereuse, en ouvrant avec précaution les portes à la liberté. L'échec de quelques candidatures officielles ardemment soutenues, et le succès de certaines candidatures indépendantes, quoique non ouvertement hostiles, encourageaient à entrer et à persévérer dans une voie qui n'était pas celle d'une admiration constante et d'une soumission absolue.

La discussion de l'adresse révéla cette situation, et le succès apparent des orateurs officiels confirma, dans le gouvernement, l'espérance trompeuse que les concessions qu'il faisait donnaient une entière satisfaction, et que les dissidents ne seraient pas moins utiles à sa politique nouvelle, que ses amis ne l'avaient été à l'ancienne.

Au Corps législatif, Thiers renouvela avec beaucoup de force et d'autorité ses critiques générales. Dans la discussion des divers paragraphes, Jules Favre. Garnier- Pages, Guéroult, Kolb- Bernard, Chesnelong, Lanjuinais, Hallez-Claparède, Jules Simon, traitèrent de l'extradition entre la France et l'Angleterre, du pouvoir temporel, de la question des duchés d'Oldenbourg et de Sleswig-Holstein réglée après la guerre entre l'Autriche et la Prusse, de l'Algérie, des colonies, des maires, de l'agriculture, de l'instruction publique, des libertés ravies par le coup d'État, des réformes nécessaires. Rouher et de Parieu soutinrent la politique impériale, sans porter dans les esprits une conviction qu'ils n'avaient peut-être pas eux-mêmes. Dix-sept voix se prononcèrent contre la rédaction proposée.

A l'occasion de la discussion du contingent militaire, Emile Ollivier demanda au gouvernement de faire connaître son sentiment sur les affaires d'Allemagne. L'expédition combinée de la Prusse et de l'Autriche contre le Danemark avait soulevé de graves questions, qui ne se trouvaient pas résolues dans le sens du droit par la convention de Gastein. Rouher signala les inconvénients que présenterait une discussion, et Thiers, après avoir démontré que l'Allemagne n'avait aucun droit sur les duchés, demanda le maintien des traités de 1815, qui étaient et devaient rester la garantie de la paix en Europe.

L'empereur lui répondit indirectement dans un discours qu'il prononça au concours régional d'Auxerre, et dans lequel il déclara qu'il détestait ces traités de 1815, «dont on voulait faire aujourd'hui l'unique base de notre politique extérieure. '^ L'inquiétude augmenta, et la conviction où l'on était que l'empereur persistait dans une politique à double face, qui ne donnait de sécurité à personne, fit entrevoir un danger immense et prochain. La guerre de Crimée et celle d'Italie avaient porté très haut le

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prestige militaire de la France, mais sa politique incertaine et tortueuse avait peu à peu aliéné les sympathies et altéré la confiance. Aussi, lorsque l'empereur, d'accord avec l'Angleterre et la Russie, proposa de soumettre à un congrès les questions relatives à l'Italie, aux duchés de l'Elbe et à la Confédération germanique, il ne rencontra pas une opposition formelle, mais des réserves, des restrictions, et en définitive une abstention générale. Après les paroles d'Auxerre, le congrès aurait été une imprudence, en supposant qu'il ne fût pas un piège.

Le débat sur les crédits supplémentaires de 1866 amena Rouher à lire une lettre dans laquelle l'empereur concluait, après avoir exposé la situation de l'AUemao-ne : « Restons donc dans une neutralité attentive. »

Cette neutralité paraissait louche, après ce que l'on soupçonnait des entretiens de Biarritz. Jules Favre déclara que «la France avait le droit de savoir où on la menait ». Les explications données n'avaient fait qu'accroître les obscurités et les incertitudes. Le Corps législatif termina brusquement la discussion, et se déclara satisfait. La question du Mexique fut de nouveau soulevée par Jules Favre, mais sans succès. Il importait cependant de savoir quelles avaient été exactement les causes de l'expédition, et quel était le but que l'on poursuivait. Toutes les questions posées jusqu'alors étaient restées sans réponse. On apprit seulement que l'armée rentrerait en trois corps en novembre 1866, en mars et en novembre 1867, ce qui était l'aveu d'un échec et le signal de catastrophes. L'impératrice Charlotte, femme de Maximilien, que Napoléon était allé chercher à Miramar pour lui donner un trône dans le nouveau monde, venait de quitter Mexico et s'était rendue à Paris. Elle espérait obtenir le maintien des troupes françaises, sans lesquelles il était impossible de résister à l'insurrection. L'empereur, oubliant ses promesses et dominé par l'opinion publique, dont l'écho avait retenti au Corps législatif, se montra inflexible, et la malheureuse impératrice s'en retourna sans avoir rien obtenu.

Avant de se séparer, le Corps législatif reçut l'assurance que la loi du dimanche était maintenue, mais que « le gouvernement en userait avec modération ». Les questions des candidatures officielles, des fonds secrets, de la liberté individuelle, de la presse et de l'inamovibilité des professeurs de Faculté, donnèrent lieu à de vifs débats. Le budget des dépenses fut voté le 26 juin, et celui des dépenses extraordinaires le 30. La guerre entre la Prusse et l'Autriche, qui devait aboutir à la bataille de Sadowa et au traité de Prague {24 août 1866), par lequel était déplacée

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l'hégémonie en Allemagne, était terminée après une campagne de six semaines. Elle ne devait pas être sans influence sur les relations de la France et de la Prusse, et sur les destinées de l'Empire.

Le 19 janvier 1867, l'empereur, dans une lettre adressée à Rouher, annonça qu'il enverrait les ministres défendre eux-mêmes devant les

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