‹ Un demi-siècle de notre histoire, 1848-1900Chapitre 38 sur 132 · ALEXANDRE II, EMPEREUR DE RUSSIE · texte numérisé non relu

ALEXANDRE II, EMPEREUR DE RUSSIE

Chambres leur administration et les projets de loi qu'ils présentaient. Les interpellations furent autorisées, et le gouvernement, renonçant à son pouvoir discrétionnaire, promit une loi sur la liberté de la presse et les réunions publiques. C'était un pas de plus dans la voie libérale où l'Empire s'était engagé, mais aussi une preuve qu'il avait conscience de sa faiblesse, car personne n'était assez aveugle pour croire à une générosité désintéressée.

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A ce moment, la guerre faillit éclater. L'empereur avait été trompé par la diplomatie prussienne, qui, à la veille de la lutte avec l'Autriche, lui avait offert, afin d'enchaîner son action, d'une manière vague mais cependant séduisante, un agrandissement sur les bords du Rhin. La guerre finie, elle avait formellement renié sa promesse. La divulgation des traités offensifs et défensifs de la Prusse avec la Bavière, le Wurtemberg et le grand-duché de Bade, lui révéla une duplicité qu'il avait eu le tort de ne pas soupçonner, et lui fit chercher une compensation et une vengeance. Il demanda au roi de Hollande, grand-duc de Luxembourg, la cession du duché dont il était personnellement souverain, et qui, à sa mort, devait passer à la famille de Nassau. La Prusse, qui, en vertu des traités de 1815, tenait garnison dans la forteresse de Luxembourg, s'opposa à toute modification dans l'état des choses, et il y eut un moment où l'on put croire à la guerre. La France, épuisée par le Mexique, n'était pas prête, et la Prusse sortait à peine du grand effort qu'avait exigé la campagne de Bohême. Ce fut assez pour que la paix fût momentanément conservée. Mais il était facile de voir qu'à la première occasion la guerre éclaterait, alors même qu'elle ne serait pas rendue nécessaire par les vues ambitieuses ou le dépit de l'un des deux États.

Une conférence fut aussitôt réunie à Londres (7-1 1 mai), et il sortit de ses délibérations un traité en vertu duquel la ville de Luxembourg devait être démantelée et évacuée par les Prussiens ; le duché neutralisé restait la possession personnelle du roi de Hollande, sous la garantie des puissances. Le danger fut dès lors éloigné pour le moment, mais la cause n'en était pas supprimée.

L'exposition universelle de 1851, en Angleterre, avait réuni 17.000 exposants ; celle de 1855 à Paris, plus de 20.000. L'empereur, en décidant celle de 1867, comptait sur une plus large adhésion et un concours plus empressé. Elle dura du mois d'avril au mois de novembre, témoignant d'un immense progrès sur celles qui l'avaient précédée. Si les exposants étaient venus en plus grand nombre, les visiteurs dépassèrent toutes les prévisions. Paris renouvelé était l'objet d'une curiosité universelle et les plaisirs de toute sorte y abondaient.

Chacune de ces grandes assises du travail a donné une vigoureuse impulsion aux procédés perfectionnés, réalisé des progrès et préparé de fécondes inventions. La moralité y a perdu ce que gagnait l'intérêt, car, à côté de ceux qui ont étudié, travaillé et cherché à saisir des secrets de construction et de fabrication, combien d'autres sont allés uniquement

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demander à ce rendez-vous de tous les peuples du monde des plaisirs nouveaux, et apprendre à ne pas se contenter de leur situation !

Au mois de juin le tzar était à Paris, où dans les fêtes et dans les cérémonies publiques, comme dans les distractions que l'on multiplia pour l'éblouir et le gagner, rien ne fut négligé de ce qui pouvait l'assurer de l'amitié de l'empereur et des sympathies de la France. Au retour d'une revue au bois de Boulogne, l'attentat d'un Polonais attrista les fêtes, sans altérer l'amitié des deux souverains. Ils ne furent pas atteints, et le danger commun qu'ils avaient couru parut resserrer encore les liens de leur intimité.

Le roi de Prusse, le sultan, l'empereur d'Autriche, reçurent successivement l'hospitalité de la France. L'empereur entrait dans la famille des souverains, on recherchait son alliance, on témoignait d'une entière confiance en ses propositions, et on ne mettait pas en doute ses intentions pacifiques ; ceux qui ne l'aimaient pas le redoutaient, et les concessions qu'il avait faites, en lui amenant quelques-uns de ceux qui avaient été ses ennemis, paraissaient consolider son trône.

Il y avait pourtant une cause permanente d'inquiétude. L'unification de l'Italie laissait intacte la question du pouvoir temporel. La France avait des engagements séculaires, auxquels l'empereur, quelles que fussent ses complaisances pour la Révolution, ne pouvait se soustraire. Les demimoyens auxquels il s'était arrêté ne satisfaisaient personne, et le moindre incident pouvait tout remettre en question.

La guerre parut un moment inévitable avec cette contrée que notre or, notre sang et notre honneur avaient donnée à la maison de Savoie. Le 15 septembre 1864, une convention avait stipulé que les soldats français quitteraient Rome dans l'intervalle de deux ans, et que Victor- Emmanuel s'engageait à protéger le Souverain Pontife. Le spoliateur était chargé d'assurer au spolié la jouissance de ce qu'il n'avait pu lui enlever !

Au mois de septembre 1867, Garibaldi quitta Caprera pour envahir ce qui restait des États de l'Église. Il fut arrêté, sur l'injonction de la France, par le gouvernement, son complice. En octobre, les volontaires italiens passèrent les frontières pontificales, et Garibaldi les rejoignit après s'être montré à Florence, capitale du nouveau royaume. L'armée italienne s'avançait, de concert avec eux, pour les soutenir.

Une expédition française partit aussitôt. L'armée italienne s'arrêta, et les volontaires, ayant attaqué l'armée pontificale, furent repoussés dans

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un brillant combat à Mentana (3 novembre). Les volontaires pontificaux avaient encore une fois bravement fait leur devoir. Le nouveau fusil français acheva la défaite. C'est à la suite des discussions provoquées au Corps législatif par cette participation de nos bataillons à l'échec des aventuriers, secrètement soutenus par les armes italiennes, que Rouher renouvela l'affirmation que le gouvernement français n'abandonnerait « jamais » le Pape.

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DE 1868 à 1870.

LE 14 janvier 1868, le Corps législatif vota la nouvelle loi militaire ^ qui portait le service à neuf ans, cinq sous les drapeaux, quatre dans la réserve, substituait au remplacement l'exonération par l'État, créait une garde nationale mobile, composée des favorisés du sort, et augmentait, dans une très large proportion, le nombre des hommes sous les armes. C'était une charge nouvelle pour la France. Elle était déterminée par les armements considérables de la Prusse. Jusqu'en 1866, on avait vu sans trop d'inquiétude les dépenses militaires de cet État. L'empereur avait, sans doute, reçu à Biarritz des assurances de son astucieux et séduisant visiteur. Après Sadowa, et la réponse faite au gouvernement français relativement aux engagements contractés, il n'y avait plus à hésiter. Il fallait prévoir une guerre, et se mettre en état de l'engager ou de la soutenir.

Les lois promises sur la presse et sur les réunions publiques où l'on pouvait traiter de matières politiques et religieuses, furent votées le 1 1 mai et le 6 juin. C'était un moyen de se concilier l'opinion publique, sans pourtant se dessaisir entièrement d'armes que l'on croyait nécessaires.

Les élections pour le renouvellement du Corps législatif eurent lieu le 23 et le 24 mai 1869. Les progrès du parti libéral et du parti démocratique, auxquels l'empereur tenait par des liens nombreux et anciens, le portèrent vers Emile OUivier, qu'il croyait capable d'appliquer avec intelligence et fermeté sa politique nouvelle, et qu'il avait abandonné après des avances significatives. Le 1 1 juillet, un message annonça

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d'importantes réformes dans la Constitution. Le 6 septembre, un sénatusconsulte établissait la responsabilité des ministres, le droit d'initiative, d'interpellation et d'amendement, la nomination par le Corps législatif de son bureau, l'ouverture des Chambres au public. La liberté donnée au Sénat de s'opposer par le veto à la publication des lois qui lui paraîtraient

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