‹ Un demi-siècle de notre histoire, 1848-1900Chapitre 40 sur 132 · I. — LA GUERRE AVEC LA RUSSIE · texte numérisé non relu

I. — LA GUERRE AVEC LA RUSSIE

E discours de Bordeaux, qui avait précédé de si près le rétablissement de l'Empire, avait promis la paix. Cette promesse avait été accueillie avec satisfaction par ceux qui croyaient que la parole a été donnée à l'homme pour exprimer sa pensée. Ils ne devaient pas tarder à être détrompés. Celui qui avait pris Napoléon I«'' pour modèle, ne pouvait aspirer à lui dérober un rayon de sa gloire militaire. Il eut pourtant toujours la prétention de montrer qu'il était en tout son héritier.

Un traité de 1740 avait attribué aux Franciscains la clé de la porte principale de l'église du Saint-Sépulcre, et reconnu certains privilèges à la France dans la jouissance des Lieux saints. C'était la consécration de droits qui remontaient aux Croisades. Les moines grecs avaient profité de la Révolution pour contester ou atténuer quelques-uns de ces droits. Sur les réclamations de Lavalette, notre ambassadeur à Constantinople, la Porte avait reconnu et rendu aux Latins leurs vieux privilèges (22 décembre 1852). Mécontent de ces concessions, et toujours prêt à profiter des occasions qui lui permettaient d'intervenir dans les affaires de la Porte, le tzar Nicolas avait concentré des troupes sur les frontières de la Moldavie, et le prince Menschikoff porta à Constantinople un ultimatum menaçant. Il réclamait pour le tzar la protection des chrétiens orthodoxes dans tout l'empire ottoman. La Porte résista ; elle se sentait

encouragée et soutenue par l'Angleterre, dont la politique fut toujours opposée à celle de la Russie, et le tzar, rappelant son ambassadeur, fit franchir le Pruth à ses troupes.

L'Angleterre s'appuyait sur la France, dont les intérêts étaient d'ailleurs directement en cause aux Lieux saints, et qui avait déclaré que s'il survenait quelque complication, elle se considérerait comme engagée par le traité du 13 juillet 1840, reconnaissant au Sultan le droit d'interdire l'entrée du Bosphore à tous les vaisseaux de guerre étrangers. Elle conclut un traité avec l'Angleterre, et les deux flottes réunies se rapprochèrent des Dardanelles. Le maintien de la paix ne paraissait pourtant pas impossible, malgré l'échange de notes assez vives, grâce aux conférences ouvertes à Vienne ; mais la Turquie, ne trouvant pas satisfaisante la note conciliatrice à laquelle elles avaient abouti, déclara la guerre à la Russie, le 21 octobre 1853. Il n'est pas difficile de comprendre sous quelle inspiration elle agissait, et qui la soutenait. Les hostilités s'ouvrirent aussitôt près du Danube, le 4 novembre, et un premier engagement, dans lequel les Russes perdirent douze cents hommes, fut favorable aux Turcs. Le 30, l'amiral Nachimoff détruisit la flotte ottomane dans la rade de Sinope, et quatre mille hommes périrent dans ce désastre,- qui livrait la mer Noire à la flotte russe. Les puissances occidentales furent émues. La France voulait agir immédiatement. L'Angleterre, malgré ses intrigues et son hostilité pour la Russie, redoutait une guerre dont il était difficile de limiter le théâtre, et elle tenait à ménager extérieurement une puissance dont elle avait tout intérêt à poursuivre l'abaissement. Au fond, elle voulait seulement paraître contrainte à l'action. L'opinion publique, habilement soulevée, força le ministère à passer par-dessus ces scrupules, et détermina le premier ministre. Lord Aberdeen, à se prononcer. Une sommation fut adressée à la Russie de faire rentrer sa flotte à Sébastopol. L'Autriche, la Prusse, la France et l'Angleterre signèrent à Vienne un protocole où elles garantissaient l'intégrité de l'Empire ottoman, que l'occupation de la Moldavie et de la Valachie mettait en péril. Mais la Prusse et l'Autriche, retenues par les liens de la parenté, de la reconnaissance ou de l'intérêt, ne voulurent pas rompre avec la Russie. La France et l'Angleterre contractèrent une alliance offensive et défensive (10 avril 1854). Une lettre de Napoléon à Nicolas proposant une négociation directe entre la Russie et la Turquie, pour amener une convention que ratifieraient les quatre puissances, provoqua une réponse hautaine. Cette lettre venait, en effet, après des négociations et des enga-

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gements qui rendaient tout accord impossible. Mais Napoléon voulait paraître avoir épuisé tous les moyens de conciliation, afin de ne pas être accusé d'avoir désiré la guerre.

L'ambassadeur français fut aussitôt rappelé de Pétersbourg, et lorsque le 2 mars i854,à l'ouverture de la session législative, l'empereur annonça la déclaration de guerre, et montra la perspective de la Russie régnant

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