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IL — LA PRISE DE SEBASTOPOL

Tous les efforts de l'attaque étaient dirigés sur la tour Malakoff, que les Russes avaient rasée jusqu'au premier étage et qu'ils avaient entourée de défenses. C'était en effet la clé de Sébastopol. Le 17 février, une armée russe attaqua les Turcs, qui venaient de s'établir à Eupatoria. Ils furent comme les Anglais, au moment où, après avoir énergiquement résisté, ils allaient succomber, secourus par les Français, qui repoussèrent les Russes et leur infligèrent des pertes considérables. C'était une seconde tentative qui échouait et rendait, sinon impossible, du moins improbable le salut de Sébastopol.

Le 2 mars 1855, le tzar Nicolas mourait presque subitement. Les désastres de son armée l'avaient atteint au cœur. La paix qu'il ne pouvait faire semblait facile à son successeur, Alexandre II, et les conférences de Vienne permirent un moment de l'espérer ; mais elles ne suspendirent pas les hostilités. On ne s'entendait pas sur les conditions du traité. La Russie, qui avait accepté les garanties qu'on lui demandait, ne consentait pas à limiter le nombre de ses vaisseaux dans la mer Noire.

Le général Pélissier, qui commandait en Afrique, fut envoyé en Crimée et chargé de la direction du siège. Canrobert, qui avait soutenu contre le découragement une armée cruellement éprouvée, resta sous ses ordres après lui avoir cédé son commandement le 16 mai, faisant preuve d'une modestie égale à sa ferme et vigilante prévoyance. Ménager du sang des soldats, il reculait devant des attaques dont le succès lui paraissait problématique, et se trouvait dans la situation la plus difficile entre les exigences du siège et celles de l'empereur. De son cabinet des Tuileries, celui-ci prétendait diriger les travaux, marquer les points d'attaque et imposer les moyens à employer. Ces prétentions furent certainement

au nombre des plus douloureuses que le modeste et brave général eut à essuyer, pendant huit mois d'une campagne laborieuse à tous les points de vue. Même éloigné du champ de l'action, Napoléon prétendait encore au rôle de général. Ce n'est pas seulement dans cette guerre que son intervention eut de fâcheux résultats.

Dans la nuit du 22 au 23 mai, une grande place d'armes, formée par les Russes entre la mer et le bastion central, fut emportée et gardée. Pélissier donnait, dès son arrivée, une impulsion vigoureuse aux opérations. Les lignes de la Tchernaia furent prises quelques jours après, et à ces défaites subies par l'ennemi se joignait, après le bombardement de Taganrog, l'occupation de l'entrée de la mer d'Azof, qui rendait de plus en plus difficile le ravitaillement de Sébastopol. L'état des routes de l'empire russe, en imposant aux soldats, qui avaient d'immenses espaces à parcourir, de longues fatigues, augmentait parmi eux d'une manière effrayante la mortalité. Ceux qui survivaient arrivaient épuisés et découragés.

Le 7 juin, les ouvrages blancs et le mamelon vert furent pris après d'héroïques efforts, et on crut le moment venu de tenter l'assaut. Le 18, une attaque générale fut ordonnée sur le grand redan, la tour Malakoff et les batteries voisines. Elle échoua, par suite du défaut d'entente, après d'énormes pertes. Le choléra, qui faisait d'une manière continue de nombreuses victimes dans les quatre armées alliées, enleva le 28 juin le commandant en chef de l'armée anglaise, lord Raglan, dont l'action n'avait jamais été considérable, mais qui n'avait négligé aucun moyen pour conserver, grâce à des soins matériels persévérants, l'énergie morale de son armée.

Le 16 août, les Russes prirent l'initiative, et essayèrent de repousser les alliés au-delà de la Tchernaia. Ils rencontrèrent la division sarde, qui fit une belle résistance, mais qui aurait succombé si elle n'avait été promptement et vigoureusement soutenue. Le pont de Traktir, sur lequel portait tout l'effort de l'attaque, ne put être franchi, et les Russes, écrasés par l'artillerie, se retirèrent après avoir vainement tenté de lutter contre les Anglais, les Turcs et les Sardes. Les Français étaient toujours arrivés à temps pour transformer en succès éclatant une défaite probable.

La lutte suprême eut lieu le 8 septembre. La tour Malakoff, qui était la clé de la ville, fut prise par la division Mac-Mahon après un combat acharné, qui eût fini par une catastrophe si les mines creusées sous un

sol que les Russes se sentaient impuissants à défendre, avaient pu être enflammées. Trois jours d'un effroyable bombardement par les vaisseaux et les batteries de terre avaient précédé l'assaut. Les Anglais, qui s'étaient rendus maîtres du Grand Redan,ne purent le conserver. Nous fûmes plus heureux à la tour Malakoff, d'où une résistance obstinée, des retours

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