VII. — L'ANNAM Et LA COCHINCHINE
L'Empire avait donné à nos relations commerciales une grande activité. , Des débouchés s'ouvraient de toutes parts, et chaque nouveau marché exigeait une protection efficace. La Chine et le Japon ne pouvaient nous assurer des avantages sérieux qu'à la condition d'être surveillés de près, l'observation des traités étant toujours subordonnée à la crainte inspirée par les signataires. Il importait donc pour nous d'avoir des établissements fixes dans le voisinage, et d'y fixer solidement notre domination.
Les Anglais nous avaient devancés dans la partie de l'Asie qui s'étend au sud de la Chine, et qui a constitué longtemps le grand Empire annamique. Leurs relations y sont actives, et chaque jour en accroît l'importance et l'étendue. La Birmanie occidentale, le royaume de Siam, le Tonkin, l'Annam, le Cambodge, la Cochinchine pouvaient, à des titres divers, attirer l'attention des puissances européennes, et leur offrir d'importants avantages. Toutes n'y ont pas mis le même empressement, mais toutes ont compris que leurs intérêts religieux, politiques et commerciaux les obligeraient un jour à intervenir par les armes ou par des moyens pacifiques.
La persécution contre les chrétiens fut pour l'Annam, comme pour la Chine et le Japon, l'occasion, avidement saisie, d'une intervention diplo-
matique appuyée d'une démonstration militaire. Les Jésuites avaient été les missionnaires dévoués de ces contrées orientales. Ils y avaient fondé de florissantes chrétientés qui avaient, même après leur suppression, ou des persécutions sanglantes, conservé la foi. Des évêques étaient devenus les conseillers des souverains, et les sympathies pour la France avaient suivi la pratique des vertus chrétiennes. L'empereur Gialong avait sollicité des secours de la France contre ses provinces révoltées, et en échange de l'appui qui lui avait été donné, il avait cédé à Louis XVL en 1787, la baie de Tourane. C'était beaucoup d'avoir un point d'appui dans ces contrées lointaines.
Mais la chute de la royauté, à la fin du XVI II« siècle, nous enleva le prestige et l'autorité. Ces peuples ne vont qu'à ceux qu'ils croient forts ou dont ils espèrent recevoir quelque chose pour la satisfaction de leurs intérêts. Lorsque les affaires de Chine et du Japon appelèrent nos forces dans l'Extrême-Orient, Napoléon III comprit l'importance d'un établissement dans des contrées où le nom de la France était connu et aimé. Les chrétiens y étaient en grand nombre. Nous étions leurs protecteurs naturels, et nous prîmes avec résolution la protection et la défense de leurs intérêts. La France restait ainsi fidèle à sa vieille politique chrétienne et civilisatrice.
L'empereur Tu-Duc signa en 1862, avec nous, un traité par lequel il s'engageait à laisser aux missionnaires une entière liberté, et garantissait les chrétiens contre toute persécution ; il nous cédait, dans la basse Cochinchine, les provinces de Saigon, de Bienhoa et de Mytho. Trois autres provinces nous furent abandonnées en 1867. Elles pouvaient devenir importantes pour nous ; elles étaient sans valeur pour celui qui nous les abandonnait, ce qui nous promettait une possession assurée et durable.
Cependant cette possession n'a jamais été complètement tranquille, mais le danger est venu du dehors, et il n'a pas été moins grand. Ces contrées sont troublées par de constantes révolutions. Des pirates infestent les côtes, pénètrent par les fleuves dans l'intérieur du pays, et joignent leurs ravages à ceux des bandes armées que la misère forme et que l'impuissance de la répression entretient. Il faut une vigilance constante pour prévenir le mal, et une main vigoureuse pour le punir.
Notre protectorat s'est étendu depuis sur le Cambodge, et bientôt le Tonkin s'est ouvert devant nos armes. Mais l'empire colonial de l'Extrême-Orient a été ouvert sous le second Empire. Si Napoléon III
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aimait à faire parade de ses forces militaires, s'il ne négligeait aucune occasion de montrer nos vaisseaux, partout où il y avait une réclamation à faire contre la mauvaise volonté d'un peuple, il avait une grande sollicitude pour les intérêts commerciaux de l'Empire, et il secondait activement toutes les initiatives. Cette politique ne pouvait pas être toujours pacifique. Elle coûtait de l'argent et des hommes, mais ces sacrifices imposés au présent ont, pour l'avenir, de longues et souvent fécondes conséquences. Ce prolongement de la France dans des contrées lointaines est d'ailleurs toujours utile à son prestige et à la civilisation chrétienne, dont, quelle que soit la conduite de ses gouvernants, elle est l'apôtre dans le monde.
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