IX. — LA GUERRE DU MEXIQUE
DEPUIS que le Mexique s'était soustrait à la domination de l'Espagne, en 1821, il avait épuisé la série des révolutions. En 1860, Juarez, nommé président après de longues luttes, mécontenta les puissances européennes par ses provocations et ses injustices. Une convention du 30 octobre 1861, entre la France, l'Angleterre et l'Espagne qui avaient des griefs communs, décida une action énergique contre lui, afin d'obtenir des réparations proportionnées aux préjudices. L'Espagne agit la première, et le général Prim s'empara de Saint-Jean d'Ulloa. L'amiral Jurien de la Gravière et la flotte anglaise arrivèrent au mois de janvier 1862, et Juarez, en présence de ces forces, contre lesquelles toute résistance était impossible, demanda aussitôt à négocier. La convention de Soledad fut rapidement conclue, mais son exécution ne pouvait être assurée que par la production et l'examen de documents établissant les droits. Pour éviter
tout retard ou toute complication, et se mettre à l'abri de la fièvre jaune, nos troupes durent monter dans les hautes terres, pendant que les plénipotentiaires délibéraient. Les alliés ne s'entendaient pas sur l'interprétation de la convention qui les liait, et Juarez n'avait rien négligé pour diviser leurs intérêts. Prim se retira, ne consentant pas à partacrer les bénéfices de l'intervention, qu'il estimait fort aléatoires. Les Ancrlais. déclarant qu'ils n'avaient plus aucun intérêt au Mexique, suivirent son exemple. La France resta seule avec une petite armée, à laquelle le général Lorencez amena des renforts qui la portèrent à cinq mille hommes, ce qui indiquait que l'empereur n'entendait pas se borner à ce qui avait déterminé l'expédition.
Napoléon avait-il déjà la pensée de fonder un empire au Mexique, et de placer à côté de la république des États-Unis l'influence de la race latine, longtemps prépondérante en Amérique ."* C'est une grande pensée qu'on lui a prêtée, et qui était digne de la France. Il eût été aussi honorable qu'utile de le dire, et dans ce cas, il fallait en poursuivre l'exécution avec des forces suffisantes pour la faire réussir.
Le motif était-il moins noble ? Y a-t-il eu, pour faire concevoir et continuer cette expédition lointaine et aventureuse, pour laquelle l'or et le sang ont été prodigués, des motifs d'intérêts financiers personnels à ses conseillers et inavouables? La vérité est difficile à démêler, mais ce qui est certain, c'est que la résolution de l'Espagne et de l'Angleterre aurait dû nous donner à réfléchir, que l'éloignement imposait d'immenses sacrifices, et qu'une connaissance imparfaite du pays et de l'état des partis rendait l'issue fort incertaine. Tout cela ne pesa pas dans les délibérations impériales.
AprC-s avoir fait de la ville d'Orizaba son centre de ravitaillement, Lorencez traversa les défilés de Cumbrès, où il battit Juarez le 28 avril, et arriva devant Puebla, ville considérable, défendue par les deux forts de Guadelupe et de San-Loretto, et protégée par une armée nombreuse. Il échoua dans une attaque tentée avec des forces insuffisantes, et fut obligé de rentrer à Orizaba (i8 mai 1862), où il passa la saison pluvieuse, subvenant avec peine aux besoins de ses soldats, et gardant difficilement ses communications avec Vera-Cruz, où abordaient les vaisseaux de France.
L'opinion publique s'inquiétait, malgré les nouvelles optimistes que donnait le ministère, mais elle n'était pas assez forte encore pour peser sur les délibérations du gouvernement. Que de fautes cependant
CHAPITRK QUATRIÈME.
elle aurait pu empêcher ! Rien n'aurait été compromis, et l'exemple de nos deux [alliés'^aurait justifié le retrait de nos troupes, sage quoique tardif.
Au mois de septembre, le général Forey amena des renforts et remplaça Lorencez. Il courut aussitôt assiéger Puebla, pour réparer