‹ Un demi-siècle de notre histoire, 1848-1900Chapitre 59 sur 132 · LE MARÉCHAL BUGEAUD · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL BUGEAUD

les trois départements d'Alger, d'Oran et de Constantine, avec une hiérarchie de fonctionnaires entièrement semblable à celle de la mèrepatrie. Des sénatus-consuls réglèrent la situation de la propriété, difficile à maintenir, à cause de la situation nouvelle, dans les conditions anciennes. Les habitants, arabes ou Israélites, purent acquérir la qualité de Français, sans être encore assimilés, pour les droits civiques, aux

habitants de la France, dont on s'efforçait pourtant de les rapprocher de plus en plus.

Des voies de communication furent ouvertes.des lignes de chemins de fer s'étendirent sur ces vastes territoires, et firent naître ou développèrent l'activité industrielle ou commerciale. Le sol, dont la fertilité avait été stérilisée pendant de longs siècles par l'incurie musulmane, commençait à répondre aux efforts des colons, et ses produits nombreux contribuèrent à sa prospérité et à celle de la métropole. Malheureusement, les gouverneurs qui se succédaient n'avaient ni les mêmes préoccupations ni le même système, et des réformes entreprises avec une grande ardeur se trouvaient subitement abandonnées, et remplacées par d'autres qui ne devaient pas tarder à subir le même sort.

D'un autre côté, la population française de l'Algérie ne s'accroissait que lentement, et ne réunissait qu'imparfaitement les conditions qui font la fortune des colonies. L'armée et les- fonctionnaires en formaient la plus grande partie. Ce n'était pas de nature à donner au présent des résultats avantageux, ni pour l'avenir des espérances séduisantes. L'Algérie recevait plus d'individus que de familles, et plus de spéculateurs ou d'agioteurs que de véritables colons et de travailleurs. Les Espagnols abondent dans le département d'Oran, les Maltais et les Italiens dans celui de Constantine. Comment l'influence française pouvait-elle dominer à la fois les anciens possesseurs du sol et ces étrangers européens, que certains métiers appelaient et retenaient dans nos possessions .''

Des explorations étaient dirigées vers le Sud, afin de déterminer jusqu'à quel point pouvait s'étendre notre influence, et quelles limites il fallait donner à nos possessions afin de garantir leur sécurité contre de subites et fugitives invasions. A la veille de nos désastres, le général de Wimpffen avait poussé des reconnaissances fort avant dans le Sud, afin que les frontières avec le Maroc fussent nettement déterminées, et que les tribus belliqueuses et pillardes, qui se répandaient indistinctement des deux côtés, pussent être maintenues par la crainte de nos armes, ou découragées par de promptes et vigoureuses répressions.

Cette situation explique comment l'Algérie a dû être toujours, excepté sous le gouvernement du prince Napoléon, soumise au régime militaire, et comment l'état de guerre, malgré la soumission générale, y a été constant.

La France a eu à protéger, sinon à défendre, une de ses plus anciennes

colonies, située sur la côte occidentale de l'Afrique : c'est le Sénégal, où nous avions des intérêts et des colons dès 1635, et que nous perdîmes en 1763, par le désastreux traité de Paris qui termina la guerre de Sept Ans. Nous le reprîmes en 1783, après le traité de Versailles, qui consacra l'indépendance des États-Unis et fut le fruit de la résurrection de notre marine. La Restauration ne négligea rien pour donner de l'importance à cette colonie, que le gouvernement de 1830 laissa dépérir.

L'Empire comprit les avantages que pouvait offrir un pays malsain et stérile sur quelques points, mais salubre et propre à des cultures riches et diverses sur d'autres. 11 voulut en assurer d'abord la sécurité, et dans ce but il organisa, sous la direction de Faidherbe, des expéditions qui se renouvelèrent régulièrement de 1855 à 1S60, et qui se sont reproduites fréquemment jusqu'en 1870. il fallait refouler des populations barbares, ouvrir des routes vers le centre de l'Afrique, et relier la côte à un fleuve qui, par un cours accidenté, va du Sud au Nord pour redescendre ensuite, et aller se perdre dans le golfe de Guinée. Des postes fortifiés furent établis sur un grand nombre de points. Par leur communication facile, ils garantissaient leur sécurité mutuelle, et par une occupation constante de points stratégiques, ils devaient décourager des incursions qui étaient à la fois une atteinte à notre prestige et la perte des fruits du travail de nos colons.

Ainsi l'Empire a fait continuellement, soit la guerre en Europe et pour des intérêts politiques, soit des expéditions dans les autres parties du monde pour la création et l'extension de ses colonies, ou pour le maintien du prestige de la France, nécessaire à son influence morale et à ses intérêts matériels.

De ses grandes guerres, celle qui aboutit à la prise de Sébastopol fut impolitique, et ne nous donna que de la gloire militaire. Celle de 1859, condamnable dans son principe, fut aussi funeste au point de vue politique qu'au point de vue religieux et social. Celle du Mexique, mystérieuse dans ses causes, eut des conséquences déplorables au point de vue financier et militaire. Les expéditions de la Chine, du Japon, de l'Annam, de la Cochinchine, de la Syrie et de notre colonie algérienne, ont été déterminées par des motifs généreux ou de grands intérêts. Si l'histoire militaire de l'Empire se bornait à ces luttes rapides et brillantes, on pourrait l'en féliciter et l'en louer. Moins nécessaires, moins nobles dans leur inspiration et dans leur but, désastreuses dans leurs conséquences,

les grandes guerres d'Italie et du Mexique ont préparé la catastrophe finale de 1870.

Le prince-président avait pourtant dit à Bordeaux comme programme du pouvoir qu'il convoitait : « L'Empire, c'est la paix !»

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