‹ Un demi-siècle de notre histoire, 1848-1900Chapitre 60 sur 132 · I. — LES PRELIMINAIRES DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

I. — LES PRELIMINAIRES DE LA GUERRE

^N 1866, la Prusse avait fait en Bohême, contre l'Autriche, - " Jt t une campagne de six semaines, qui se termina par la F^^Wfe;'} bataille de Sadowa, livrée le 4 juillet. La déclaration de jg^f^^l^: ;]■ guerre avait été précédée de pourparlers avec la France. X Le ministre des affaires étrangères de Prusse, le comte de Bismark, avait fait des ouvertures à notre cabinet, et s'était mis en relation personnelle avec l'empereur. Si on ne sait pas ce qui fut dit et convenu dans ces entretiens mystérieux, qui rappelaient ceux de Cavour, on peut du moins le soupçonner après les événements. Au fondateur de l'unité italienne, le ministre prussien pouvait parler avec confiance de l'unité allemande, que cet esprit chimérique devait envisager sans trop de craintes, et, à son ambition toujours éveillée, faire entrevoir un rôle plus considérable à jouer en Europe, et des acquisitions territoriales à réaliser, qui seraient une protestation nouvelle, et non pas peut-être encore la dernière, contre les traités en 18 15, objet constant de sa haine. Le terrain était préparé pour recevoir de nouvelles confidences et de dangereuses excitations.

Lorsque notre neutralité eut permis l'accomplissement des projets de la Prusse et l'abaissement de l'Autriche, les perspectives se refermèrent brusquement, et l'empereur vit, à la fois, qu'il avait été joué, et que la confédération des États du Sud, qui était pour la Prusse une force dans

le présent, deviendrait un danger pour la France dans un prochain avenir.

Le ministre des affaires étrangères, Drouyn de Lhuys, conseillait une attitude diplomatique menaçante et une action militaire rapide, capable de la soutenir. L'occasion était favorable. La Prusse était sans doute au lendemain d'une victoire propre à lui inspirer une grande confiance en elle-même, mais elle était affaiblie par l'effort qu'elle venait de faire, et l'Allemagne était encore frémissante. L'union qu'elle avait violemment subie était peu solide, et il y avait des États qui ne se résignaient à la situation nouvelle que par l'impossibilité de s'y soustraire.

Il ne fut pas écouté, soit que l'on ne se crût pas prêt à cause des vides faits dans l'armée et dans les arsenaux par l'expédition jju Mexique, soit que l'on conservât encore des illusions, et que l'on comptât sur la loj'auté de la diplomatie prussienne. Le comte de Bismark s'était montré si jaloux de conserver l'amitié de la France, et de promettre entière satisfaction à l'empereur pour ses rancunes passées et ses vues vaguement, mais obstinément ambitieuses !

Des relations correctes et même cordiales furent entretenues entre les deux États, mais il était facile de voir, d'un côté, une arrière-pensée de revanche, et de l'autre une défiance soupçonneuse. On s'observait, et tout pouvait devenir, malgré les précautions, un prétexte ou une occasion de conflit. Le vieil antagonisme se réveillait, et on pouvait aisément deviner que tout contribuerait à l'exciter.

La Prusse continuait sans éclat et sans interruption le développement de ses forces militaires. Nous y mettions moins de mystère et plus de hâte, et, selon nos habitudes, nous considérions comme accompli, ce qu'un décret ou une loi venait d'ordonner. On croyait pouvoir se passer du temps, qui est cependant un grand maître dans les affaires humaines. Les dissentiments qui s'étaient élevés dans les négociations relatives aux chemins de fer belges et à l'affaire du Luxembourg, témoignaient de l'état des esprits, et ne permettaient pas de se faire illusion sur la durée de la paix. Il est des cas où, quelque besoin que l'on en ait, il est impossible de la conserver, et où la logique de la situation est plus puissante que la volonté des hommes.

Les moyens de communication, si utiles pendant la paix aux intérêts des populations, ne le sont pas moins, en temps de guerre, pour les combinaisons de la stratégie. La Belgique, dont la neutralité est garantie par l'Europe, avait causé des inquiétudes, par rapport à l'usage qui

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pouvait être fait de ses chemins de fer, dans un cas de Guerre entre la France et l'Allemagne. L'affaire fut réglée par une affirmation nouvelle de la neutralité de la Belgique, garantie par l'Europe. Aucune des deux grandes nations n'eut à se plaindre, et le nuage, un moment menaçant, ne tarda pas à être dissipé.

La question du Luxembourg était plus grave, parce qu'elle était liée aux changements qui venaient de s'accomplir en Allemagne. En 1815, le Congrès de Vienne avait fait entrer le Luxembourg dans la confédération germanique, mais il l'avait annexé aux Pays-Bas. A la suite de la séparation de la Belgique et de la. Hollande, la partie orientale du Luxembourg resta à son ancien maître, comme une possession exclusivement pjprsonnelle, l'autre fut rattachée au royaume nouveau.

Après les événements de 1866, la situation du Luxembourg hollandais subissait un changement important. La confédération germanique dont il faisait partie, n'existait plus. Des traités secrets, conclus après la bataille de Sadowa entre la Bavière, le Wurtemberg et le grand-duché de Bade, mettaient en cas de guerre les armées sous le commandement du roi de Prusse. C'était une menace pour les petits États voisins, la Hollande et la Belgique, et pour la France, qui voyait ainsi, et contre elle, cette fois, les traités de 1815 méconnus sinon violés.

Le roi de Hollande possédait le Luxembourg à titre personnel. Il craignit une dépossession, comme celle d'un certain nombre de souverains allemands, qui avaient été victimes de la guerre entre la Prusse et l'Autriche sans y avoir librement participé. La ville de Luxembourg, place de premier ordre, avait une garnison prussienne, qui aurait dû être spontanément retirée, puisque le duché ne faisait plus partie de la confédération. Mais la Prusse ne voulait renoncer à aucun de ses avantages, au moment où elle dominait en Allemagne ; en présence de sa volonté de tenir sous sa main, par une garnison, la place de Luxembourg, comment le roi de Hollande aurait-il pu faire valoir ses droits, et se soustraire à cette dangereuse protection ?

Des négociations avaient été ouvertes par la France, qui proposait au roi de Hollande de lui acheter son duché. Il semblait qu'aucune puissance n'eut le droit de s'y opposer, puisqu'il s'agissait d'une propriété personnelle. Mais il eût fallu enlever de force la ville de Luxembourg à la Prusse, et c'était la guerre. L'Europe la craignit un moment. La Prusse croyait de son honneur de ne pas céder, et la France ne voulait pas avoir sur ses frontières une menace perpétuelle.

CHAPITRK CINQUIÈME.

L'intervention des puissances amena une transaction. La conférence de Londres, en date du ii mai 1867, formula des conclusions qui devinrent un traité, auquel adhérèrent l'Angleterre, l'Autriche, la France, la Prusse et la Russie. Les Prussiens durent évacuer la ville de Luxembourg, dont les fortifications furent démantelées, et le duché, restant la

EENEDETTI.

propriété personnelle du roi de Hollande, fut déclaré État neutre,sous la protection des grandes puissances.

Le ministère libéral, constitué le 2 janvier 1S70 sous la présidence d'Emile Ollivier, avait fait naître des inquiétudes sur la solidité de l'Empire, Napoléon avait dû sa force à son attitude résolue en présence des partis. Les concessions qu'il leur faisait, quoique préparées, ne s'expliquaient que par une défiance qui devait être bien grande, puisqu'on

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l'avouait. Ce désaveu du passé, de quelques motifs qu'on le colorât, était considéré comme très dangereux par ceux qui avaient fait l'Empire, ou s'étaient attachés à sa fortune. Le plébiscite du 8 mai, quelque peu significatif qu'il fût, malgré une énorme majorité qui n'étonna personne, redonna de la confiance à ceux qui l'avaient proposé, plus qu'à ceux qui

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