‹ Un demi-siècle de notre histoire, 1848-1900Chapitre 62 sur 132 · LE DUC DE GRAMONT · texte numérisé non relu

LE DUC DE GRAMONT

Le 19 juillet, la déclaration de guerre fut portée au roi de Prusse, qui la reçut entouré de toute sa famille, tenant à faire connaître publiquement qu'il n'était pas l'agresseur.

Les réserves furent aussitôt rappelées, les bureaux d'enrôlement ouverts dans toutes les villes, et la population parisienne manifesta, par des chants et des démonstrations bruyantes, avec son enthousiasme traditionnel et son exagération habituelle, l'ardeur guerrière qui l'animait.

Les arsenaux déployèrent la plus grande activité, et partout, jusque dans les campagnes les plus reculées, on put constater, avec le sentiment du danger, la volonté de l'affronter résolument, et l'espoir d'une issue favorable. A Paris, on chantait la Marseillaise , partout, on consultait les cartes de l'Allemagne, pour marquer les étapes de notre armée

LE MARÉCHAL LEHŒUF.

victorieuse, et on aurait considéré comme un insensé et un mauvais patriote, quiconque aurait douté du succès de nos armes.

Les trains de chemin de fer emportèrent aussitôt, dans la direction de l'Est, les troupes destinées à former l'armée d'invasion, car il paraissait être dans les traditions militaires, comme dans les desseins de l'empereur, de prendre l'offensive. Elle avait l'avantage de choisir les champs de bataille futurs, et de répondre aux qualités de notre race. Mais elle ne

pouvait être certaine dans ses résultats, que si tout était sagement préparé, si les forces étaient suffisantes pour l'emporter du premier coup, et si la capacité militaire de celui qui s'était réservé le commandement, s'élevait à la hauteur du courage des soldats.

Huit corps d'armée opérèrent leur concentration à Metz et à Châlons. Ils étaient ainsi composés :

Général en chef : l'Empereur ; Major-général : Maréchal Lebœuf ; Aides-majors généraux : les Généraux de division Jarras et Lebrun. Artillerie : Commandant en chef : Général Soleille ; Génie : Coffinières de Nordeck.

i^"" Corps: Commandant en chef: Maréchal de Mac-Mahon ; Chef d'état-major : Général de brigade Colson. Artillerie : Général de division Forgeot. Quartier général : Strasbourg.

2i"e Corps: Commandant en chef: Général Frossard ; Chef d'étatmajor: Général de brigade Saget. Artillerie: Général de brigade Gagneur. Quartier général : Saint-Avold.

3"^e Corps : Commandant en chef : Maréchal Bazaine ; Chef d'étatmajor : Général de brigade Manèque. Artillerie : Général de division Grimaudet de Rochebouet. Quartier général : Metz.

4'"e Corps : Commandant en chef : Général de division de Ladmirault; Chef d'état-major : Général de brigade Osmont. Artillerie : Général de brigade Lafaille. Quartier général : Thionville.

5'ne Corps : Commandant en chef : Général de division de Failly ; Chef d'état-major : Général de brigade Besson. Artillerie : Général de brigade Liégeard. Il était échelonné sur Bitche, Sarreguemines et Rohsbach.

6™s Corps: Commandant en chef: Maréchal Canrobert; Chef d'étatmajor : Général de brigade Henry. Artillerie : Général de brigade Labastie.

7™e Corps : Commandant en chef : Général de division Douay ; Chef d'état-major : Général de brigade Renson. Artillerie : Général de brigade Liédot. Ces deux corps étaient en formation à Châlons.

S'"'^ Corps : Garde impériale : Commandant en chef : Général de division Bourbaki ; Chef d'état-major : Général de brigade d'Auvergne. Artillerie : Général de brigade Pé dé Arros. Il était rattaché au corps de Bazaine.

L'empereur crut sa présence nécessaire à la tête de l'armée pour donner de la confiance aux soldats, empêcher les rivalités des généraux,

et peut-être montrer que la victoire n'était pas infidèle au nom de Napoléon. C'était une pensée qui le dominait, et que l'expérience de la campagne d'Italie n'avait pas corrigée. Lui seul pouvait, en effet, commander à toutes les volontés ; mais le pouvoir ne donne ni les qualités militaires, ni le génie. Il laissa la régence à l'impératrice, afin de pouvoir être tout entier à la guerre, et donner à sa compagne une nouvelle preuve de sa confiance. Toutes ces mesures et ces précautions prouvaient qu'il avait le sentiment de la gravité de la situation ; malheureusement, elles ne donnaient pas le moyen de la dominer.

Huit jours s'écoulèrent avant l'ouverture des hostilités. L'opinion publique vit dans ce retard la preuve d'une indécision qui lui parut de mauvais augure. Etait-on mal renseigné sur la situation de l'ennemi ? Hésitait-on sur le plan de campagne ? Ce fut peut-être pour répondre à cette impatience populaire, et détruire cette fâcheuse impression, que le général Frossard quitta son quartier général de Saint-Avold, et, se dirigeant vers la Bavière rhénane, engagea une attaque sur Sarrebri'ick. Les Prussiens furent délogés de la ville et des hauteurs environnantes. Ce ne fut qu'une escarmouche (2 août) dont on ne manqua pas d'exagérer l'importance, pour donner satisfaction à l'opinion publique.

La Prusse nous opposait trois armées : celle droite, sous les ordres de Steinmetz, forte de 140.000 hommes, occupait la vallée de la Sarre ; celle du centre, commandée par le prince Frédéric-Charles, neveu du roi de Prusse, était échelonnée entre Landau et Sarrebriick et avait 240.COO hommes ; celle de gauche, de 140.000 hommes, avait pour chef le prince royal Frédéric-Guillaume. De fortes réserves étaient échelonnées, prêtes à se rendre où elles seraient nécessaires. Nous n'avions ni d'égales ressources en hommes, ni une organisation aussi parfaite, ni une pareille mobilité, ni surtout un plan général qui eût prévu toutes les éventualités et y eût pourvu.

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