LE GÉNÉRAL DUCROT
été établi, d'ailleurs, avec une telle précision et une connaissance si parfaite des lieux, qu'on ne pouvait espérer le trouver en défaut. L'ennemi avait été bien servi par ses espions.
Ces insuccès et la capitulation de Metz, que les Allemands prirent soin de faire connaître à Paris, provoquèrent une nouvelle tentative insurrectionnelle. Ceux qui étaient au pouvoir voulaient le garder, et ceux qui n'avaient pu y parvenir se demandaient de quel droit d'autres détenaient
ce qu'ils ambitionnaient eux-mêmes. Après tout, n'étaient-ils pas également révolutionnaires? II s'agissait de trouver'un mot pour rallier les mécontents, offrir aux avides une perspective séduisante et tromper les naïfs. La Commune devait être le remède à tous les maux, puisqu'elle aurait donné le pouvoir à ceux qui trouvaient que tout allait mal parce qu'ils n'étaient pas les maîtres. La Commune avait été le cri de guerre contre la royauté au XIV^ siècle, après le désastre de Poitiers ; elle s'était imposée à la Convention, à la fin du XVIIJe ; elle devait être le cri de ralliement au XIX^ après la capitulation de Sedan et la chute de l'Empire.
Le 31 octobre, vers onze heures, les bataillons de Belleville et de Ménilmontant se dirigeaient vers l'Hôtel-de-Ville.où siégeait le gouvernement, et envoyaient des délégués pour exposer leurs prétentions. On ne pouvait s'entendre, puisqu'il s'agissait pour les uns de détourner à leur profit le pouvoir que détenaient les autres. Des coups de feu furent tirés, et les portes cédèrent sous les efforts d'une multitude ameutée. L'Hôtel-de-ville fut envahi. Les membres du gouvernement, à la disposition des envahisseurs, subirent les plus cruelles injures. Mais les vainqueurs perdirent leur temps et ne surent pas profiter de leur succès. Le ministre des finances, qui s'était échappé, avait convoqué les bataillons fidèles de la garde nationale, et, à huit heures du soir, le 106^ bataillon et les mobiles bretons chassaient les chefs du mouvement, Flourens et Blanqui, et rendaient la liberté à Trochu et à ses collègues.
L'ennemi, parfaitement informé de ce qui se passait dans Paris, trouvait ainsi des auxiliaires inattendus parmi ceux qui auraient dû tout sacrifier à leur patrie, s'ils l'avaient véritablement aimée.
Pendant cette lutte contre l'anarchie et l'ennemi étranger, Thiers allait, au nom du gouvernement, essayer d'intéresser les puissances européennes à notre cause. Il rencontra des sympathies ; il put constater que les appétits prussiens provoquaient de justes craintes, et que l'Europe avait un immense désir de paix ; mais s'il recueillit des vœux, il n'emporta ni une promesse, ni une espérance. Le rôle de la France, sous l'Empire, nous avait attiré plus d'envieux que d'alliés. Les relations avec les puissances étrangères étaient correctes, faciles et même en apparence cordiales ; mais on ne nous aimait pas. Les uns nous enviaient, les autres nous redoutaient, et personne n'avait foi en une politique dont la franchise n'était pas le caractère dominant, et que ne dirigeaient ni des vues précises ni des principes.
Sur quoi d'ailleurs aurait pu reposer l'espoir ? Il n'y a plus d'Europe. Chaque Etat pense à lui-même, à son repos, à ses intérêts. Il n'y a plus de vues communes, plus de politique générale. Le principe de nonintervention, qui convient si bien à l'égoïsme, domine tout, et ceux-là seuls le combattent qui en souffrent. La solidarité si puissante et si féconde que l'esprit chrétien avait établie entre les États n'existe plus, et les faibles n'ont plus rien à espérer ni de la justice, ni de la pitié.
L'échec de cette mission à travers l'Europe, les incertitudes intérieures et les rigueurs du blocus, qui faisaient craindre la disette, déterminèrent un changement dans les résolutions militaires de Paris. On résolut de prendre une offensive vigoureuse, de renouveler avec des forces plus considérables les tentatives déjà faites, et, en combinant les projets avec ceux des généraux qui commandaient en dehors de Paris, d'essayer de rompre le cercle.
Trois armées furent formées : la première.qui se composait de la garde nationale, avait pour commandant le général Clément Thomas ; les deux autres étaient sous les ordres de Vinoy et de Ducrot.