‹ Un demi-siècle de notre histoire, 1848-1900Chapitre 74 sur 132 · V. — LA GUERRE A METZ ET SUR LA LOIRE · texte numérisé non relu

V. — LA GUERRE A METZ ET SUR LA LOIRE

PENDANT que Paris résistait à l'armée allemande, la guerre s'étendait dans la province. Toul s'était rendu le 23 septembre, et Strasbourg le 29. Les troupes occupées à ces sièges, libres alors, se dirigèrent vers le centre de la France. Elles avaient assuré, sur toutes les lignes, leurs communications avec la frontière. Le 6 octobre, le général Von der Tann rencontrait à Toury, non loin d'Étampes, un corps qu'il attaqua et qui, impuissant à résister, fît sa retraite en ordre. Le 10, à Arthenay, le général de La Motterouge soutint avec 20.000 hommes l'effort de 50.000 soldats protégés par une puissante artillerie. Il défendit bravement le terrain, et s'il ne put empêcher l'occupation d'Orléans, s'il laissa 2.000 prisonniers entre les mains de l'ennemi, il lui infligea des pertes considérables.

Le 18, Châteaudun fut attaqué. La ville n'était pas protégée par des ouvrages réguliers. Des barricades furent élevées et vigoureusement défendues par une poignée d'hommes contre 12.000 Prussiens, que soutenaient 24 pièces de canon. Châteaudun eut le sort de Bazeilles et prouva, une fois de plus, combien il y a de barbarie au fond de la civilisation actuelle. L'incendie allumé par le vainqueur, et que les malheureux habitants n'eurent pas la liberté de combattre, dévora la plus grande partie de la ville. L'ennemi comptait que ces terribles exemples ralentiraient ou empêcheraient la résistance. Il y voyait peut-être des représailles d'excès qui remontaient à plus de soixante ans, et dont la tradition a été entretenue, par des récits exagérés, dans les écoles et dans les garnisons de toute l'Allemagne, afin que la haine pût un jour engendrer la vengeance.

Metz était étroitement bloqué. Bazaine avait essayé, le 31 août, d'opérer sa jonction avec Mac-Mahon, mais, repoussé dans ses campements et entouré de forces considérables, il y resta immobile pendant

tout le mois de septembre. Il était convaincu que tous ses efforts pour percer les lignes qui l'enveloppaient seraient vains, et que les engagements partiels de jour et de nuit, renouvelés afin de maintenir l'esprit du soldat contre le découragement, ne pouvaient, auraient-ils été tous heureux, modifier sensiblement la situation générale.

Les approvisionnements étaient insuffisants, et les réserves, parcimonieusement gardées, parce qu'il n'y avait aucun espoir de les renouveler, ne tardèrent pas s'épuiser. Le 1 2 octobre, le général Boyer fut envoyé auprès du prince Frédéric-Charles, pour traiter des conditions de la capitulation. Mais comme le prince n'avait pas des pouvoirs suffisants, le général fut invité à se rendre à Versailles. Là, l'état de la France lui fut présenté sous les couleurs les plus tristes : le désordre était partout ; les armées, mal organisées, mal conduites, devaient partout succomber, le gouvernement de la défense nationale ne présentait aucune garantie, puisqu'il n'était pas maître, même à Paris. Dans ces conditions, on ne reconnaissait comme pouvoir légitime que celui de l'impératrice régente.

C'était enlever tout espoir au négociateur et changer absolument la situation : par l'incertitude, en augmenter la gravité, et par des renseignements exagérés, la faire croire absolument perdue.

Après avoir rendu compte de sa mission à Bazaine, le général Boyer fut envoyé à Londres auprès de l'impératrice. Y avait-il eu des négociations antérieures, ou le général en chef obéissait-il seulement à l'ouverture faite par l'ennemi ? Il est difficile de se prononcer, car les moyens d'information manquent, des projets de cette importance ne se traitant pas par écrit, et les témoins ou les acteurs se renfermant dans un secret commandé par l'honneur, peut-être aussi par la responsabilité.

Pour la capitulation, elle a été jugée par le conseil de guerre de la première division militaire, qui, le lo décembre 1873, ^ déclaré le maréchal Bazaine coupable de n'avoir pas épuisé tous les moyens de défense dont il disposait. La sentence qui frappa le général en chef n'atteignit pas l'armée, qui resta, jusqu'au bout, prête à faire son devoir, et dont le courage, l'abnégation et l'esprit de sacrifice ne se sont jamais démentis.

Cette capitulation fut laborieuse. Lorsque le général Boyer fit connaître, le 24 octobre, en réponse aux conditions qui lui avaient été posées, que l'impératrice ne consentait pas à venir au milieu de l'armée de Metz pour y convoquer l'ancien Corps législatif, afin qu'il pût traiter de la paix, trois généraux, Changarnier, de Cissey et Jarras se rendirent successivement auprès du prince Frédéric-Charles. Ils essayèrent, mais

en vain, de résister aux exigences impérieuses du vainqueur. Il ne voulut rien abandonner des droits que lui créait la force. Il fallut donc se soumettre.

La convention fut signée le 28 octobre. Metz était abandonné aux Allemands, l'armée était prisonnière de guerre, les armes et les drapeaux

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