LE GÉNÉRAL DE LA MOTTEROUGE
demander si de pareils désastres ne sont pas mérités, et s'il ne faut pas y voir la rançon des fautes commises. L'humiliation est, dans les vues providentielles, le contre-poids de l'orgueil, et ceux qui la subissent pourraient, s'ils avaient le sentiment de leur devoir, y trouver un principe de régénération.
Les maréchaux, par l'ordre du roi de Prusse, durent se rendre à Cassel,
OÙ ils furent internés. Les corps de troupes reçurent des destinations diverses et la captivité fut dure pour tous.
La capitulation de Metz, en rendant disponibles des forces ennemies considérables, diminuait l'espoir que Paris pouvait encore conserver, et plaçait dans une situation périlleuse l'armée de la Loire, qui risquait d'être enveloppée ou écrasée.
Cette armée, composée du 15^ et du 16^ corps, qui avaient pour chefs les généraux Martin des Pallières et Chanzy, était placée sous le commandement du général d'Aurelle de Paladines, successeur du général de La Motterouge. Ces deux corps, réunis à Marchenoir, se dirigèrent sur Orléans, que les Allemands occupaient depuis le 8 octobre. Le 7 novembre, ils battirent une colonne bavaroise, que soutenaient une cavalerie nombreuse et de l'artillerie. Le succès de Marchenoir, peu important en lui-même, exerça une influence morale salutaire sur des troupes récemment formées, et peu confiantes en elles-mêmes. Elles comprirent qu'elles pourraient vaincre et servir utilement. Le général d'Aurelle profita de ces dispositions pour attaquer, dès le lendemain, l'armée ennemie dans ses retranchements.
Les deux corps d'armée donnèrent avec une grande vigueur. Le 15^ enleva successivement Baccon, les châteaux de la Renardière, de Huisseau-sur-Mauve, du Grand-Lus, les fermes et la lisière du bois de Montpineau. Le 16^ prit Coulmiers, Gémigny, Rosières et Bois- Buisson après une lutte acharnée, dans laquelle la division Barry fit des prodiges de valeur.
Le général Von der Tann abandonna ses positions retranchées en avant d'Orléans, laissant sur le champ de bataille ses blessés, et entre nos mains 2.000 prisonniers. Nous reprîmes Orléans, et le général d'Aurelle forma auprès de cette ville un camp retranché, où il appela ses réserves et où, quinze jours après, il réunissait cinq corps d'armée. C'était plus que l'on n'aurait osé espérer,avec des ressources si restreintes, des soldats si peu exercés, une absence complète d'unité dans la conduite générale de la guerre, et un désordre absolu dans tous les services.
On lui a reproché de n'avoir pas marché sur Paris, et attaqué par derrière l'armée d'investissement. Ce mouvement hardi eût été possible avec une armée mieux formée, mieux pourvue et maîtresse de ses mouvements. Il ne pouvait pas être tenté avec des corps de création récente, en l'absence de réserves et de ravitaillements assurés, en face d'ordres
réitérés, souvent contradictoires, et déterminés moins par les exigences stratégiques, que par des impressions vives et fugitives du pouvoir civil d'où ils émanaient. Il ne faut pas d'ailleurs oublier que l'ennemi avait pour lui le nombre.et que tous ses mouvements se rattachaient à un plan d'ensemble, tandis que toutes nos opérations restaient isolées.
L'état-major prussien fut sans doute ému par la défaite de Coulmiers, mais, toute glorieuse qu'elle fût pour nous, elle ne pouvait avoir les conséquences qu'une connaissance imparfaite de la situation leur fit d'abord attribuer. Tout le monde était alors général, et obtenait, loin des champs de bataille, les résultats les plus merveilleux, et grand était le nombre de ceux qui se mettaient, avec une confiance audacieuse en leur incompétence, à la place des hommes du métier.
On ne sait pas ce qu'aurait pu faire à la tète du gouvernement, en dehors de Paris, un général chargé de la direction des opérations. Le désordre était tel, que la plus profonde connaissance des choses de la guerre et l'énergie la plus méthodique n'auraient pu y remédier. Mais il est certain que si Gambetta a eu le mérite de ne pas désespérer, et d'inspirer la confiance que la France ne succomberait pas, il a, par ses ordres successifs et contradictoires, donnés loin des opérations, empêché ou atténué certains succès, et inévitablement amené des revers.
L'ordre de marche sur Paris fut cependant envoyé par la délégation de Tours au i6= corps. Le général Chanzy se mit en marche le i^"" décembre. Il rencontra l'ennemi fortement retranché dans Guillonville, Terminiers et Gommiers, l'attaqua, enleva ses positions et s'empara de Nonneville, de Villepion et de Faverolles. La lutte avait duré six heures.
Le lendemain, le 15° et le 16^ corps, qui occupaient la ligne d'Arthenay à Nonneville, avaient devant eux l'armée du grand-duc de Mecklembourg, que devaient bientôt appuyer les troupes du prince Frédéric- Charles. Commencée à 9 heures, la bataille fut acharnée. Les mêmes positions furent plusieurs fois prises et reprises, mais l'artillerie allemande écrasait la division Barry, celle de l'amiral Jauréguiberry, et le 16^ corps dut engager ses dernières réserves.
Le général Cl'anzy avait appelé par des messages réitérés le 1 7^ corps, que commandait le général de Sonis. Cet officier, récemment appelé à la tête de ce corps, qu'il avait hâtivement formé, grâce à son incomparable énergie, arriva sur le champ de bataille après une longue marche, accomplie au milieu de difficultés de toute sorte et sans les approvisionnements indispensables. Il prit position aussitôt en présence d'un
corps bavarois. Ni la fatigue de ses soldats, ni le nombre des ennemis, ni la démoralisation d'un régiment que ses paroles, ses supplications et son exemple ne purent enlever et entraîner à sa suite, ne le firent reculer devant la lutte. Il courut vers un corps de zouaves pontificaux qui avait déjà fait ses preuves à Arthenay, et qui, sous le commandement de Charette, servait la France comme il avait servi le Pape.