LE GÉNÉRAL FAIDHERBE
Mgr Freppel, s'éleva auprès du roi de Prusse, pour solliciter la modération et, par la perspective des dangers ultérieurs, empêcher un cruel démembrement. ^ La France laissée intacte, disait-il, c'est la paix assurée pour de longues années ; la France mutilée, c'est la guerre dans l'avenir, quoi que l'on dise et quoi que l'on fasse. » Mais l'enivrement de la victoire et les appétits de la politique n'ont-ils pas toujours opprimé la
raison, la justice et même l'intérêt? Cette voix ne fut pas entendue. Ce qu'elle conseillait n'aurait pas moins servi l'Allemagne que la France. Quelles que soient les exigences de la politique, de notre côté la blessure sera toujours saignante, et, de l'autre, la soumission des esprits fût-elle aussi complète que l'assimilation administrative, la conquête cause plus de difficultés qu'elle ne peut donner d'avantages.
Les conditions étaient : cession de l'Alsace et de la Lorraine allemande, comprenant les arrondissements de Sarrebourg, de Château-Salins et la ville de Metz ; indemnité de cinq milliards de francs ; évacuation successive du territoire à mesure des paiements ; entrée de 30.000 hommes, le i^'^ mars, à Paris, dans l'espace compris entre la Seine et le faubourg Saint-Honoré, depuis la place de la Concorde jusqu'au quartier des Ternes. Cette satisfaction donnée à l'orgueil allemand fut le prix de la conservation de Belfort. Paris, qui la subit avec douleur, la supporta noblement, et son silence, dédaigneux dans sa résignation, fut la vengeance qu'il tira de cet acte, qui parut à la vanité teutonique une compensation pour l'occupation de Berlin en 1806, après léna.
La rentrée des prisonniers internés dans les diverses parties de l'Allemagne se fît lentement, comme l'évacuation de la France par l'ennemi. Les peuples s'honorent par des égards pour ceux que la captivité met à leur merci. On ne peut pas dire que les Allemands aient cherché cette gloire, et s'il faut reconnaître qu'il y eut de généreuses exceptions, il est regrettable d'avoir à constater qu'elles ne furent pas nombreuses. On voulut, au-delà du Rhin, épuiser toutes les joies de la victoire. La captivité, comme la guerre, eut ses victimes, et si elles furent plus obscures, elles n'ont pas moins droit à une égale pitié et à un pieux souvenir.
Les pertes en hommes et en argent se réparent. Les ruines se relèvent, et si les regrets vivent dans les cœurs, il n'y a rien au dehors qui les trahisse, lorsque la paix a depuis quelque temps succédé à la guerre. L'Alsace nous appartenait depuis les traités de Westphalie en 1648. Strasbourg s'était donné pacifiquement à nous en 1681, après une décision des Chambres de réunion. L'influence française avait été puissante sans jamais blesser les habitudes, les traditions et les usages du pays, et l'Alsace était entrée,sans effort, dans la grande unité nationale. L'événement le prouva. Après que le traité de paix nous l'eut arrachée, de nombreuses options laissèrent à la France des familles que l'aliénation du territoire lui aurait enlevées. Le nom de la France est toujours resté cher et sacré à beaucoup de ceux qui n'ont pas quitté les pays annexés.
et les efforts d'une politique violente d'abord, puis séductrice, ne parviendront jamais à rompre les liens qui rattachent l'Alsace à la France.
Si la Lorraine n'a été réunie définitivement qu'en 1766, à la mort de Stanislas Leczinski, à qui elle avait été donnée viagèrement en 1737, elle était française par sa langue, ses mœurs, son esprit et plusieurs parties de son territoire. La séparation a donc été aussi douloureuse que celle de l'x^lsace. Notre frontière reste absolument ouverte de ce côté, et la perte de Thionville, comme celle de Metz, qui nous livre sans défense à une attaque imprévue, met à l'abri de toute surprise les États allemands. La victoire a été d'un côté aussi avantageuse que la défaite a été cruelle de l'autre.
La guerre terminée, il restait à la France à panser ses plaies, à refaire son gouvernement, et à reconquérir par la paix et le travail, par la fidélité à ses vieilles croyances et à ses glorieuses traditions, les sources de vie et de prospérité qu'une guerre mal préparée et imprudemment déclarée avait momentanément taries.
Il est impossible de terminer le récit, inévitablement incomplet, de cette période douloureuse, sans laisser échapper du cœur ce cri d'admiration émue que provoquent les efforts généreux et persévérants prodigués par la valeur française. L'armée régulière, les mobiles, les régiments hâtivement formés, les volontaires de l'Ouest, les zouaves pontificaux qui, après avoir offert leur vie à la Papauté, la donnèrent héroïquement à la patrie, firent bravement leur devoir en toute rencontre. L'état-major allemand leur rend ce témoignage dans le compterendu de cette campagne, et si, au point de vue militaire, tout fut perdu, l'honneur resta sauf.
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