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Il n'en reste plus pour un seul repas. « Quel trisle rôle 1 Plus un seul drôle, Dit l'intondant ; Il m'en faut cependant... »
11 cherche en vain : tous les berceaux sont vides. Tous les enfants ont fui ce lieu maudit, Ou sont tombés sous les dents homicides De Béalrix, dame de grand appétit.
Comment donc faire
Pour satisfaire
A ce besoin Dont il doit prendre soin .'
Il va, tremblant, confesser à sa dame
Qu'il ne trouve plus de provision...
« Eh quoi! vieux sot, répond l'horrible femme,
N'as-tu pas plus que ça de prévision.'
Ton fils Clitandre
Paraît fort tendre.
Prends ce petit, Et sers-le-moi rùlil »
A ce barbare ordre de sa maîtresse, Le pauvre père est resté confondu.
Mais par prudence et malg-ré sa détresse, A son discours il n'a pas répondu :
Son cœur de père
Bientôt l'cclaire :
H trouve, pour Sauver son fils, un tour.
En effet, pour agir avec malice, D'accommoder son drôle il fait semblant, Puis, par un ingénieux artifice.
En sa place il met un chien blanc
Qui joue le rôle,
Dans la casserole,
De son enfant Qu'il conserve vivant.
Mais (î'est en vain : ail. poivre, oignon, cannelle, De Béatrix n'ont pu tromper le né; « Par Salanas ! dit cette criminelle
A l'intendant pâle et tout consterné, Quelle ratatouille !
Le cœur m'en brouille :
Jamais chrétien N'eut aussi fort goût de chien!
— Oui, c'est du chien, tous l'avez dit, Madame, D'un innocent j'ai causé le trépas :
Je voulais tuer mon enfant, mais ma femme S'y opposait et ne le voulait pas.
J'ai fait un crime.
Mais de ma victime
Jusqu'à ma mort Je pleurerai le sort! »
A ces accents partis du cœur d'un père, Déatrix sent son âme s'attendrir.
Un pleur furlif perle sur sa paupière, Et dans son âme entre le repentir :
« La mort, dit-elle.
D'un chien, qu'est-elle
Auprès du sort D'un enfant mis à mort?
« Ah! quel malheur d'être mal élevée!
Que nos parents ont tort de nous gâter! Car si les miens m'avaient bien corrigée. D'avoir bon cœur je pourrais me vanter :
La gourmandise
Qu'ils m'ont apprise
Durcit mon cœur, Et je me fais horreur!
0 J'ai m.crité les flammes éternelles.
Mais pour tâcher d'échapper au démon.
Je veux aller, pieds nus, des Fontenellus Jusqu'au manoir du seigneur de Talmoiil.
Que des épines
Longues et fines
Soient, dès demain.
Semées sur le chemin. «
Le lendemain, couverte d'un cilice,
Les yeux en pleurs et les cheveux épars.
Elle accomplit son cruel sacrifice
Aux yeux des gens venus de toutes parts.
Son sang: qui roule, Fait sur la foule Qui la suivait Un salutaii'c eft'et.
Eu contemplant son angjisse cruelle, Chacun se sent pris de compassion; Les assistants prient le bon Dieu pour elle De pardonner à sa componction.
Mais elle tombe,
Et puis succombe
A sa douleur.
En s'écriant : « Seigneur I »
Son âme au ciel aussitôt fut ravie.
Et désormais, par un juste retour.
Aux pauvres mères elle donne la vie En conservant de leurs enfants les jours.
Elle les aime,
Mais pas de même
Qu'elle faisait Quand elle les mangeait.
C'est ma première œuvre poétique. Je ne comptais pas la publier, me réservant de la joindre à d'autres s'il m'en venait. Mais un Vendéen, ne pouvant résister au désir de voir fixer cette légende patriotique, me demanda la permission de la faire imprimer, et la distribua aux chanteurs ambulants^ J'y consentis avec beaucoup de plaisir. Elle fut imprimée sur papier vergé avec titre en gros caractères. J'en ai un exemplaire unique, qui, depuis le temps, doit être devenu une rareté. Quelque temps après il en fut imprimé une nouvelle édition à Napoléon, à l'occasion d'une fête locale où on l'imprima sur le char de l'imprimerie, qui roulait dans le cortège. Je regrette de ne pas en avoir demandé un exemplaire : on n'en trouverait probablement qu'au dépôt de la Bii)liothèque nationale, car les pièces de ce genre deviennent vite les ])lus •introuvables de toutes les curiosités qu'un bibliophile puisse s'aviser de rechercher.
Je n'aurais à rappeler, de mon séjour à Napoléon, que
— Godes souvenirs agréables, si la famille Gassin, après la mort de deux de ses enfants, n'avait été encore frappée, cette fois, dans un intérêt de carrière, par un de ces coups de politique qui surgissent contre un fonctionnaire au moment où il s'y attend le moins. La plupart du temps, la cause est futile, mais malheur si la politique s'en mêle, car l'esprit de parti arrive parfois à faire d'un grain de sable un pavé pour le fonctionnaire engagé dans l'affaire. Or c'était le cas.
Au commencement de l'Empire, une partie du clergé menait une vraie guerre contre le gouvernement. Un des évêques les plus haineux était celui de Luçon en Vendée, Mgr Baillés. Fanatique comme un moine du moyen âge, lils d'un boulanger de Toulouse, ne connaissant ni égards pour les fonctionnaires ni pitié pour les honnêtes gens, quand il croyait tenir un grief contre le pouvoir laïque. L'instruction primaire était sa tête de Turc, non seulement parce quelle était gouvernée par l'Etat, mais parce que lui-même, ayant fait bâtir un collège à Luçon, ne demandait qu'à prendre en faute liiistruction publique pour attirer des élèves aux écoles religieuses.
Un jour, je ne sais à quel propos, on avait, du ministère de l'instruction pul^lique , suggéré aux instituteurs une souscription qui impliquait leur dévouement à 1 Empire. Ces pauvres diables n'eurent pas un instant l'idée de délibérer : une pareille invitation, imaginée sans doute par quelque zélé gros bonnet de l'Université, était un ordre souligné d'une menace en cas de refus. Mais quand arrivèrent aux mains de M. Cassin, en sa qualité de recteur de la Vendée, les listes de souscription, seul dans l'unanimité des souscripteurs manquait le nom d'un des instituteurs de sa circonscription. L'imbécile qui agissait de la sorte se jetait devant une disgrâce ou pire que cela, car on n'aurait pas manqué de lui trouver tôt ou tard un grief quelconque. M. Cassin paya pour lui, croyant, en excellent homme qu'il était, rendre un service à ce malheureux.
Je ne sais comment la chose vint à la connaissance de l'évêque, mais il s'empara de la bonne action de M. Cassinpour en tirer un coup de partie abominable : il fit l'instituteur porter une plainte en faux contre M. Cassin. Il n'}^ aurait pas eu un honnête homme pour le blâmer : ce qu'il faisait là était un acte de charité qui méritait plutôt une récompense. Mais l'affaire était administrative et, qui plus est, politique : il y avait une plainte en forme, il fallut faire une enquête. Sans doute il n'y avait pas crime, puisqu'il n'y avait pas mauvaise foi, mais ceux mêmes qui lui auraient dit en lui serrant la main : « Vous avez bien fait, » ne pouvaient plus, une fois saisis, l'approuver officiellement. On le déplaça, en l'envoyant dans une résidence plus importante. Mais le coup avait porté : peu de temps après, il en est mort de chagrin.
Lorsque je fus nommé à Fontenay, je ne tardai pas à avoir affaire à l'évêque. Pour soutenir son collège, qui n'avait pas d'élèves et qu'il menait en dépit du bon sens, il avait fini par s'aviser, afin de se procurer de l'argent, d'éditer des paroissiens et des rituels, au préjudice des imprimeurs de la ville, qu'il rainait par sa concurrence, car il ne manquait pas d'abuser de ses pouvoirs épiscopaux pour obliger les prêtres, les frères et les religieuses à s'approvisionner de livres à l'évêché. Les imprimeurs se défendirent si bien qu'une plainte me fut adressée. Avec le concours de l'excellent curé de la cathédrale de Fontena}', j'arrivai, en le menaçant doucement de le poursuivre pour contrefaçon et concurrence illégale, à lui faire adresser une circulaire à son clergé les invitant à ne plus acheter leurs livres à l'évêché.
Cet abus, joint à de plus graves désordres dans son administration des fonds épiscopaux, permirent enfin au gouvernement de se débarrasser de cet intolérable pasteur, et on obtint du pape de le faire renoncer à son siège. On le garda à Rome, -et pour l'empêcher de recommencer ses folies dans un autre diocèse de France, on l'y retint dans la congrégation de l'Index, où il pourrait
défendre la foi, tout en laissant un libre cours à son humeur batailleuse et sans risquer, comme il venait de le faire, de tuer son homme.
Tels furent les seuls incidents de mon séjour à Napoléon. Ma mère, qui passait avec moi la belle saison, ne s'y déplut pas, mais nos regrets de quitter celte paisible résidence ne jjesèrent pas une once lorsque, le 15 novembre 1854, je me vis noaimer procureur impérial à Fontenay-le-Comte, une des plus enviées résidences du ressort de Poitiers.