‹ Un Démoniaque. Espagnes. Histoires du bord de l'eauChapitre 2 sur 62 · LA MARCHANDE D'OUBLIES · texte numérisé non relu

LA MARCHANDE D'OUBLIES

C'était une petite vieille femme à la face rose et unie sous deux bandeaux d'un blond sale ; cheveux teints ou perruque, ils avaient l'air surtout terriblement faux, ces deux bandeaux à la vierge, et tout en elle d'ailleurs avait un air artificiel et fané, qui d'abord amusait à la façon d'une poupée et puis peu à peu, à la longue, intriguait.

D'une vieille poupée en effet, d'une jeanncton à monter les bonnets elle avait les yeux

bleu pâle et sans cils, la paupière bridée, le petit nez insignifiant et le sourire stéréotypé à peine souligné par deux petits traits roses, un sourire béat et amène. Coiffée d'un éternel bonnet blanc tuyauté, les deux brides nouées juste sous le menton, sa taille de mannequin dissimulée sous un caraco de percale, sournoise et proprette, elle errait le long des jours à travers le parc de Saint-Cloud, sous les hauts couverts de la grande allée comme par les massifs du jardin réservé, offrant d'une petite voix fluette sa marchandise aux passants.

M""* Alfred vendait du coco, un coco plus frais et plus corsé de goût que celui de ses concurrentes; et malgré son âge nullement ployée sous sa fontaine à robinets d'étain, à son bras gauche un panier d'oubliés recouvert d'un linge, dès le mois d'avril, on la voyait reparaître à la grille de Sèvres et au Pavillon bleu, toujours accorte et effacée pourtant, son sourire de miel rance aux lèvres, la peau de son visage un peu moins rose peut-être, mais

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