‹ Un Démoniaque. Espagnes. Histoires du bord de l'eauChapitre 30 sur 62 · LES RIES CHAUDES · texte numérisé non relu

LES RIES CHAUDES

Connaissez-vous dans Barcelone Une andalouse au sein bruni !

A. PE Musset.

C'est cette Andalouse que nous cherchons à travers un Barcelone sillonné de tramways, de fils télégraphiques et téléphoniques, mais dans laquelle, en dehors des cafés-concerts, ne sonnent ni bourdonnement, ni guitares, ni mandolines; nous étions beaucoup plus riches en couleur locale, à Paris, durant l'Exposition.

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Qui ne se souvient du fameux théâtre, dit Palais des Enfants, où se succédèrent tour à tour, endiablées et enivrantes, la Pepa, la Soledad et la iMacarona, la gitane applaudie de toutes les Espagnes et qui danse aujourd'hui à Madrid.

Mais voilà!... ces enragées danseuses de boléros, de flamencos et dejotas, vives comme des étincelles, souples comme des couleuvres, étaient qui des Grenadines, qui des Sévillanes, toutes de race gitane d'ailleurs avec leurs yeux de braise et leur peau de citron, et, en dehors de l'Andalousie, on ne danse plus en Espagne. La guitare et les castagnettes, les flamencos et les rotas, ce sont là plaisirs grossiers laissés à la canaille et aux paysans, passe-temps de posadas ou de corps de garde : le corps de garde où il n'est pas rare de voir un soldat des provinces du sud assis sur une chaise, devant la porte même de la caserne, gratter du jambon en uniforme, tandis qu'à deux pas plus loin, assis à califourchon sur d'autres

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chaises, les sous-officiers du poste grillent des cigarettes tout en causant négligemment.

Nous quitterons donc Barcelone sans avoir vu danser, quel désappointement!

L'n Barcelonais rencontré à l'hôtel a pitié de notre navrement : c'est un samedi, il nous offre de nous guider dans une posada, située aux portes de la ville, où les soldats des casernes se réunissent aux filles des manufactures voisines pour y danser le flamenco les samedis et dimanches soirs; les autres jours de la semaine, la posada est morne, rentrée au rang de simple débit de refrescos pour ouvriers et paysans.

Nous acceptons. « Mais il ne faut pas vous enthousiasmer d'avance, nous prévient notre guide, vous ne verrez là ni jolies filles ni costumes llamboyants, mais la lie du peuple, des ouvrières de fabrique et des filles de cuisine, des charretiers et des soldats, des soldats surtout a cause du voisinage des casernes; on danse de cinq à sept heures, dès la soupe

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avalée dans les chambrées. La soupe, je veux dire le verre d'eau et le pain sec, régime ordinaire de l'armée espagnole, sauf le jour de la fête de la reine-régente, le 14 Juillet de tra los montes, où l'on célèbre cette réjouissance par une bisque aux pois chiches et un verre de vin pur (sic), et deux heures après les musiques cessent, tous les soldats n'étant pas permissionnaires. 11 faut donc nous hâter, si nous voulons voir quelque chose, car voici la nuit. — « Mais c'est l'arrière-boulique du troquet de Vincennes ou de Grenelle, où la troupe danse deux fois La semaine, le bal-musette de l'ancien Salon de Mars, hasarde un Français de la bande. » Nous le faisons taire, il ne fait pas bon plaisanter, même à Barcelone, avec la susceptibilité espagnole; d'ailleurs la nuit est tout à fait tombée, et la Rambla toute blanche de lumière électrique, fourmillante de promeneurs, resplendit, car c'est ainsi, la lumière électrique éclaire tout Barcelone, elle est à Madrid, on est en train de

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